Quel meilleur endroit que l’ancienne friche industrielle de la Villette pour accuellir le passage à Paris des I Like Trains, le quintet post-rock atmosphérique de Leeds. Les anglais étaient accompagnés par les français de Kim Novak, adeptes de sonorités cold-wave. La soirée était donc placée sous l’égide de l’excellent label bordelais Talitres et promettait une ambiance sombre et des voix caverneuses.

On peut pas dire que ça se bousculait au portillon pour voir Kim Novak et c’est bien dommage. Malgré l’heure tardive pour une 1ère partie (21h passé), le Glaz’Art sonne un peu le creux.  A la manière de l’actrice à qui ils ont emprunté le nom (choisie par Columbia pour détrôner une certaine Marilyn M.),  les caennais ont peu de chance de détrôner Interpol ou Joy Division. Cependant leur cold-wave fait mieux que se défendre et n’a pas à rougir de la concurrence de quelques corbeaux anglo-saxons.

Affublés de leurs classiques tenues de cheminots britanniques (trés classe soit dit en passant), les I Like Trains prennent ensuite possession de la petite scène du Glaz’Art sur quelques mots dans la langue de Molière « Nous sommes J’aime les trains ». Un vidéoprojecteur, géré par Ashley Dean l’homme au cornet (sorte de trompette), est installé afin de diffuser des images en super 8 et diapos derrière le batteur. Le set débute par un inédit, Spencer Perceval, qui démontre un peu plus le goût prononcé du quintet pour les mélodies obscures mais également leur attachement aux destins tragiques. Ce titre fait la part belle à l’unique Premier Ministre Britannique à avoir été assassiné. Les photos du personnage et les mots « Murdered » s’affichent sur le mur, le ton est donné.  Avec « The Accident« , sur lequel le cornet fait des merveilles, on s’attend presque à entendre un chien hurler à la mort dans les toilettes du Glaz’ Art. Le groupe enchaîne ensuite avec « A rook House for Bobby« , un des meilleurs titres de leur 1er album, qui narre l’histoire du champion d’échecs Bobby Fischer, aux idées politiques déviantes, qui fut poursuivi jusqu’en Islande.

« Before the Curtains Close part II » est l’occasion pour David Martin, le chanteur au nom bien de chez nous, de rendre un bel hommage à Serge Gainsbourg, dont de superbes photos ornent les murs du Glaz’Art. Le second inédit de la soirée met de nouveau en valeur un personnage de l’histoire Britannique, le « Dr William Brydon« , célèbre pour avoir réchappé à un massacre pendant la la 1ère guerre Anglo-Afghane. C’est l’occasion pour le groupe de nous proposer un chant à 3 voix particulièrement réussi. Les I Like Trains ou l’art de se cultiver tout en écoutant de la bonne musique. Des images de neige annoncent « Terra Nova » (expédition de Scott en Antarctique), l’un des titres les plus attendus par le public. La voix caverneuse de David fait des merveilles, on sent presque le froid polaire nous glacer le sang. Le set se termine avec « Stainless Steel« , lente montée en puissance de plus de 8 minutes qui s’achève dans un mur du son apocalyptique.

L’unique rappel a pour nom « The Beeching Report« , le morceau qui clôture de belle manière l’album « Progress/Reform« . Ce titre prend la forme d’une condamnation ou un jugement envers Mr Beeching, l’instigateur de la réforme (« Mr Beeching I’m talking to you… ») et le progrés en général, qui envoya des milliers de Britanniques au chômage à la suite d’une réforme des chemins de fer. « Reform Reform », les mots résonnent encore longtemps dans mes oreilles en rejoignant le métro, parmi la froideur du paysage industriel de la Villette.