juin 2009


Sébastien Schuller me l’avait confié, lors de l’interview accordé il y quelques mois, le rendez-vous de la Cigale était marqué d’une pierre blanche dans l’agenda du parisien. L’attente était réciproque, ne serait-ce que pour découvrir le rendu live des titres de « Evenfall » mais également pour voir si Sébastien serait accompagné de cordes et de projections vidéos, comme il l’avait sous-entendu lors de cette même interview.

L’objectif est à moitié atteint puisque, comme c’était le cas dans cette même salle il y à 4 ans, les morceaux de Sébastien Schuller seront accompagnés des superbes vidéos de François Lespes mais point de cordes à l’horizon. La Cigale a presque fait le plein et réserve un bel accueil à Sébastien et son groupe, parmi lequel on reconnait les fidèles Guillaume de Chirac (Landscape) au synthé et Richard Cousin (Overhead) à la basse. Le set démarre avec Open Organ, sur lequel on peut apprécier les talents de trompettiste de celui qui est également en charge des guitares. The Border et Balançoire lui font suite pour un début de set un peu apathique, sur lequel le public semble presque hypnotysé par les vidéos, il est vrai magnifiques, de François Lespes. Le groupe ne semble pas non plus très à l’aise, certainement un peu impressionné par un évènement qu’ils attendaient depuis longtemps. Il faut attendre Sleeping Song, le premier extrait de « Happiness » joué ce soir, afin de voir la Cigale sortir de son sommeil léthargique. Cela tombe plutôt bien puisque c’est le bien nommé Awakening qui se charge de réveiller la belle endormie. Le concert peut enfin démarrer.

La quasi-totalité d’ »Evenfall » est interprétée par Sébastien et son groupe mais c’est encore les titres d’ »Happiness » qui récoltent les plus belles ovations, à l’image de Tears Coming Home et Where We Had Never Gone, magnifique voyage sur les routes du grand ouest américain. En 2 albums, Sébastien Schuller a su se créer un univers qui lui est propre, fait de mélancolie et de rêveries solitaires, et à embarquer dans ses valises un public qui ne demande qu’à rêver éveillé. C’est chose faite avec les instrumentaux New-York et Edward’s Hand, dont les percussions limpides sont comme des reflets à la surface du lac projetée en arrière-plan.

La fin du set évoque quelques unes des influences du francilien, à commencer par le Radiohead de Thom Yorke sur Battle. C’est pourtant l’enchaînement Last Time/Midnight que l’on retiendra le plus, tant ces 2 titres que l’on trouvait un peu en retrait sur  l’album prennent en live une autre dimension. On savait depuis l’interview que Sébastien était un grand fan (et ami) d’Animal Collective et de Panda Bear notamment et l’interprétation électro-tribale de Last Time (voir vidéo ci-dessous) notamment n’a fait que confirmer cet état de fait. Pour la première fois de la soirée ou presque un sourire inonde les visages de chaque côté de la scène.

Surfant sur cette ambiance électrique, le groupe revient pour un premier rappel avec notamment le très attendu Weeping Willow (voir vidéo ci-dessous) et son crescendo final morriconien. Le superbe High Green Grass, l’un des plus beaux titres de son répertoire, conclut ce rappel, tout en poésie et en délicatesse. Le public qui a mis du temps à se réveiller n’est maintenant pas décidé à aller se coucher et réserve une véritable ovation au groupe, au point que celui-ci décide de revenir pour un ultime titre. Sébastien nous explique qu’ils ont joué tout ce qui leur était possible de faire mais qu’ils vont réinterpréter Last Time, l’un des titres qui a le mieux marché pendant le set. Malgré les injonctions de certains leur demandant de rejouer tous les morceaux de la setlist, le groupe quitte la scène pour la dernière fois de la soirée.

Sébastien SchullerWeeping Willow (Live@ La Cigale)

Sébastien SchullerLast Time (Live@ La Cigale)

D’autres vidéos sur sa page Youtube.

Si vous aviez décidé d’acheter l’album de Danger Mouse & Sparklehorse en pré-commande sur leur site, vous avez certainement reçu le livret de photos de David Lynch accompagné d’un superbe CD…vierge, à utiliser comme bon vous semble, la faute à un vilain différent entre les artistes et EMI. Alors super-projet ou super-fiasco ? S’il faudra attendre un peu pour avoir entre les mains le support physique de ce « Dark Night of The Soul« , on peut d’ores et déjà savourer les 13 titres en streaming sur le site de NPR et avec un minimum de recherche trouver une utilité au CD si généreusement offert.

Dés les premières écoutes, on se rend compte à quel point ce différent entre les 2 songwriters et leur maison de disques est un véritable gâchis car il vient ternir l’image et la promo d’un sublime album. Comme si la présence de Danger Mouse (Gnarls Barkley, Gorillaz) et Mark Linkous (Sparklehorse) ne se suffisait pas à elle même, on retrouve sur les 13 pistes de cet album une partie de la crème indé essentiellement américaine (James Mercer, Julian Casablancas, Iggy Pop,  Black Francis, Jason Lytle…). La tonalité de début d’abum est plutôt psyché tendance soul, à l’image du petit bijou Revenge, en collaboration avec Wayne Coyne (The Flaming Lips), plus à l’aise ici que lors de sa baston verbale avec Win Butler (The Arcade Fire). La patte de Sparklehorse se fait clairement sentir sur ce début d’album et notamment sur Just War (avec Gruff Rhys des Super Furry Animals).

Après un intermède mené de main de maître par l’ex-Grandaddy Jason Lytle (Jaykub), l’album prend une tournure plus rock grâce à l’enchaînement Julian Casablancas/Black Francis/Iggy Pop. Si les titres des 2 vieilles gloires sont tout à fait respectables, ma préférence va clairement au Little Girl du leader des Strokes. La première moitié de ce « Dark Night of The Soul » s’achève par Star Eyes (I Can Catch It), un magnifique interlude de 3 minutes interprété par…David Lynch himself !! La perfection mélodique de Mark Linkous est ici mise au service de guests aussi prestigieux que James Mercer (The Shins) sur la berceuse pop Insane Lullaby et Jason Lytle (encore lui) sur Everytime I’m With You. La seule petite déception vient des invités féminines (Nina Persson et Suzanne Vega), dont les titres, bien que dans le ton de l’album, souffrent de la comparaison par rapport à ceux de leurs collègues masculins.

La fin de l’album est plus sombre avec Grain Augury et la voix torturée de Vic Chesnut et le retour de David Lynch au micro sur un Dark Night Of The Soul qui ne dépareillerait pas sur la B.O de « Twin Peaks », « Mulholland Drive » ou « Lost Highway », pour ne citer que quelques unes des œuvres de l’un des plus grands réalisateurs américains. Ce projet, qui avait pu passer pour un poisson d’avril lorsque l’on avait appris la nouvelle en avril dernier, s’avère au final une magnifique réussite et d’une grande cohérence pour un album collaboratif. L’une des perles de l’année 2009.

Danger Mouse & SparklehorseRevenge (feat. Wayne Coyne) [mp3]

Danger Mouse & SparklehorseLittle Girl (feat. Julian Casablancas) [mp3]

C’est clairement mon coup de coeur du moment, au point d’enchaîner 2 posts coup sur coup pour en parler. J’ai donc déjà dit tout ce que j’avais à dire sur Lacrosse et leur nouvel album dans le post précédent mais je ne pouvais pas vous épargner la 2ème couche avec la vidéo de We Are Kids, le remède absolu contre la morosité et l’ennui.  Toto-lly addict.

Si vous avez déjà effectué un séjour au Canada, vous avez certainement entendu parler de Lacrosse,  l’ancêtre du hockey inventé par les Amérindiens. Quel rapport avec le groupe suédois du même nom me direz-vous ? Aucun, j’aime seulement étaler ma science comme de la confiture. Lacrosse est donc un groupe suédois, composé de 5 garçons et d’une chanteuse. Déjà auteurs d’un album au succès confidentiel en 2007 (« This New Year Will Be For You And Me« ), le groupe effectue son retour avec « Bandages For The Heart« .

Si leur premier album contenait quelques titres raffraîchissants, il se situait clairement loin derrière la concurrence dans le créneau « pop festive » qui est le leur. Avec ce nouvel opus, je serais beaucoup moins catégorique tant les suédois n’ont plus grand chose à envier aux Spinto Band et autres Los Campesinos, voire à leurs compatriotes de I’m From Barcelona. Il suffit d’une écoute du single We are Kids pour être contaminé et avoir envie de sauter partout dans un trip régressif en chantant « We are kids and we can’t decide. No, no, no ».

Entre disco, twee pop, krautrock et flamenco (?!), les chansons de Lacrosse n’ont qu’un but, vous faire oublier les tracas du quotidien, dans une veine proche des allumés néo-zélandais d’Architecture in Helsinki. L’album regorge de friandises, de l’acidulé qui pique avec You Are Blind ; I See A Brightness ou It’s Always Sunday Around Here et du qui colle aux dents avec les ballades Bandages For the Heart et Song In the Morning. Délicieusement addictif.

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LacrosseI See A Brightness [mp3]

Le titre du nouvel album de Phoenix, le pompeux « Wolfgang Amadeus Phoenix » aura finalement été la seule faute de goût des Versaillais dans l’entreprise de leur 4ème album. Comme le temps passe. On se souvient des débuts tonitruants de ce groupe versaillais, apparu en pleine Daft Punkmania avec un « United » mélangeant habilement rock, funk et électro. La suite de leur carrière a été un peu décevante (notamment « Alphabetical« ), mais marquée par un souci constant de proposer des pop songs imparables, une tâche que le groupe a rempli haut la main si l’on en juge par les If I Ever Feel Better ; Everything is Everything et autres Consolation Prizes.

Avec ce nouvel album, la bande à Thomas Mars a souhaitée revenir à ce qui avait bien marché à leurs débuts et notamment la collaboration avec Philippe Zdar de Cassius. On lui doit probablement le retour des petites touches électro, dont le groupe s’était peu à peu éloigné sur les précédents albums. Emmené par un Lisztomania qui a tout du tube de l’été, voire mieux, « Wolfgang Amadeus Phoenix » est ce que les Versaillais ont fait de mieux depuis leurs débuts. 9 titres seulement mais presque rien à jeter hormis peut être un Fences un peu trop lisse.

Avec 1901, Lasso et Rome, Phoenix démontre tout son savoir-faire en matière de pop-songs dansantes. On leur avait reproché (à juste titre) sur leurs deux précédents opus de trop vouloir copier les Strokes, cette fois-ci les Versaillais ont laissé aux Belges de Ghinzu la panoplie de la bande à Casablancas. Love Like a Sunset voit même le groupe arpenter un territoire jusque là inconnu dans leur discographie, le rock progressif. Longue montée aux accents krautrock en 2 parties bien distinctes, ce titre a également le mérite de proposer une alternative aux pop songs certes redoutablement efficaces mais un poil toutes formatées sur le même modèle. C’est pourtant avec regret que l’on accueille Armistice, le dernier titre du meilleur album de Phoenix jusque là, qui devrait permettre aux français de signer un long bail avec le succès, dans l’hexagone et à l’international, comme le prouve leur récent passage au Saturday Night Live, l’un des shows les plus regardés outre-Atlantique.

Lire d’autres chroniques de l’album sur Words & Sounds et Playlist Society.

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Voilà maintenant plus de 10 ans que les jumeaux Williams (Jez et Andy), accompagnés de Jimi Goodwin, nous régalent de leur savoir-faire mélodique et voilà plus de 10 ans que la France boude de façon incompréhensible le groupe mancunien, là où elle a déroulé le tapis rouge à des formations bien moins talentueuses. La fameuse « exception culturelle » chère à nos politiques probablement. Au Royaume-Uni, on a pas attendu 10 ans pour se rendre compte que ce trio avait du talent à revendre, un seul album (« Lost Souls » en 2000) a suffi à mettre à genoux les sujets de sa gracieuse majesté. Son successeur (« The Last Broadcast« ) a enfoncé le clou 2 ans plus tard, avant que « Some Cities » en 2005 ne refroidisse quelque peu les ardeurs.

Les Doves nous devaient donc une petite revanche et l’on attendait avec impatience de pouvoir jeter une oreille à « Kingdom of Rust« . Le moins que l’on puisse dire c’est que les mancuniens ont rectifié le tir. Sans atteindre les sommets de « The Last Broadcast » et sa ribambelle de tubes, ce nouvel opus voit le groupe revenir à des considérations plus rock que sur le somme toute décevant « Some Cities« . Une simple écoute du single Jetstream nous avait rassuré sur la tonalité à venir du nouveau Doves. On y discernait la petite touche électro apportée par le groupe avec ses boucles synthétiques, résurgence d’une époque pas si lointaine où le trio s’appelait Sub Sub et dont l’électro était le fonds de commerce. Qu’on se rassure, les Doves n’ont pour autant pas viré leur cutie et c’est bien de pop-rock briton dont il est question sur ce quatrième album.

Kingdom of Rust, le titre qui a donné son nom à l’album, symbolise à lui seul le talent des mancuniens pour les grandes chevauchées mélodiques, à l’instar des meilleurs titres de la discographie du trio (There Goes The Fear ; Catch the Sun ; Walk in Fire…). On a bien du mal à saisir pourquoi ce groupe ne trouve pas son public en France alors qu’une bonne partie de ses compositions n’a pas grand chose à envier aux ténors pop-rock britons (Oasis, Coldplay et à un degré moindre Radiohead). Il suffit d’ailleurs de jeter une oreille à la ligne de basse de The Outsiders ou aux riffs de Spellbound pour immédiatement penser au groupe de Thom Yorke. Mention spéciale également à Compulsion, simple et funky comme disait l’autre, et House of Mirrors, un western spaghetti se déroulant sous les fenêtres de l’Haçienda.

S’il n’est pas ce qu’ils ont fait de meilleur, « Kingdom of Rust » se situe pour autant dans le haut du panier des productions anglaises. On vous conseille vivement de vous plonger sans plus tarder dans la discographie de ce groupe aussi discret qu’efficace.

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Lire la chronique de Cécile sur Words & Sounds.

Doves Kingdom of Rust et Winter Hill live @Jools Holland

J’ai appris à me méfier des pochettes d’albums qui ne veulent rien dire ou qui n’encouragent pas forcément à insérer la galette dans le four, sans quoi je n’aurais jamais osé écouté l’album de Impossible Hair. Si l’on a fait, pas plus tard que cette année, beaucoup mieux en terme de visuel, on a pas fait beaucoup mieux que ce quatuor américain dans la catégorie « titres efficaces ne dépassant pas les 3 minutes ».

Composé de membres ayant déjà pas mal écumé les salles autrefois enfumées, au sein de formations plus ou moins connues de ce côté-ci de l’Atlantique (Buttsteack ; The Oranges Band ; Spoon ; The Andalusians), Impossible Hair propose une power-pop/rock nerveuse, mélodique, efficace et sans frou-frou. Le traditionnel name-dropping de la bio officielle évoque conjointement XTC, Devo et Guided by Voices, je rajouterais volontiers une louche de Pixies époque « Bossanova » pour le mélange noisy/surf music.

Je l’ai dit, les Impossible Hair aiment aller à l’essentiel, ne font pas trainer leurs morceaux en longueur (14 titres pour 35 minutes). Ils parviennent pourtant, en moins de temps qu’il n’en faut à certains pour faire une intro digne de ce nom, à ficeler un titre efficace, à la fois mélodique et déstructuré. C’est le cas de Kettles ou Tamburines of Fury, tous deux inférieurs aux 2 minutes. C’est également le cas de l’introductif Accidental Claustrophobes et X-Ray Man, clairement les 2 meilleurs titres de l’album, entre surf music, western spaghetti et vieille SF old-school. Le prochain opus de ces petits surdoués ne devrait, à n’en pas douter, plus figurer au rayon Autoproduction.

Impossible HairX-Ray Man[mp3]

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