Lundi 03 novembre 2008 :

Réveil difficile vers 6h, j’ai la crêve depuis hier et ça s’est aggravé pendant la nuit. J’ai déjà consommé tous les kleenex que j’avais amené (3 paquets), à ce rythme le papier toilette va aussi y passer. Patraque toute la journée, pas d’appétit, pas envie de parler, juste marcher mécaniquement… La journée s’avère rude, depuis Chyamche (1430m) on monte et on descend pendant 5h avant de s’arrêter manger à Khotro. L’après-midi est plus tranquille avec « seulement » 3h de marche. On arrive à la tombée de la nuit à Danakyu (2300m), plus loin que ce qui était initialement prévu. J’ai bien choisi mon jour pour tomber malade. Tout le monde se retrouve dans la cuisine autour du poêle, comme sur les photos jaunies de nos parents et grands-parents. Au menu, soupe de nouilles et pizza maison. Le rhum local est réquisitionné par les malades (nombreux) pour un grog bienvenu…

Mardi 04 Novembre 2008 :

Journée plus tranquille que la veille avec réveil à 7h. La piste monte pas mal mais mon état s’est amélioré pendant la nuit. On se retrouve bien souvent bloqué par des convois de mulets qui refusent d’avancer. Le mulet népalais est aussi têtu que son cousin européen. Le paysage a changé avec l’altitude, les forêts de résineux ont remplacé les rizières. La pluie fait son apparition (la seule fois du voyage) et l’on se réfugie dans une lodge pour boire un thé chaud. Le plafond est bas, on ne voit pas les sommets. La montée est tranquille même si le souffle devient court plus rapidement avec l’altitude. On arrive tôt à Chame (2710m), le froid et l’humidité règnent par ici. Le village est équipé d’une connexion internet, on prend quelques nouvelles de France puis atelier lessive à l’eau froide. Petite ballade jusqu’au soi-disant sources d’eaux chaude…que l’on ne trouvera jamais. Le repas du soir est comme souvent frugal (une soupe et une tarte aux pommes) et se fait à la bougie. L’électricité est un luxe dans les montagnes, recharger les batteries de l’appareil photo va vite tourner au chemin de croix…

Mercredi 05 Novembre 2008 :

Debout à 6h30, le ciel est complètement dégagé, la journée s’annonce belle. On arrive enfin près des premiers sommets de la chaîne des Annapurnas. On quitte Chame couverts de la tête aux pieds car le froid est encore tenace le matin. La route monte à travers des forêts de pins et l’on voit les sommets enneigés : Lamjung Himal (6983m) et Annapurna II (7937m) sont les plus beaux. Déjeuner à Dikhur Pokhari (3060m) après une montée assez raide où l’oxygène se faisait rare. On longe la rivière jusqu’au village de Lower Pisang (3200m), on prend nos quartiers dans la lodge puis on monte jusqu’au village d’Upper Pisang, 100m plus haut, où l’on a une superbe vue sur l’Annapurna II. Le village est littéralement accroché à la montagne, le Pisang Peak, qui le domine de ses 6091m. On reste quelques minutes à contempler ce paysage, devant le stupa du village, puis retour à la lodge pour une douche chaude. Il est 16h et le soleil a déjà disparu. Il fait très froid dans les chambres, on se réfugie dans la pièce commune, autour du poêle…Après la traditionnelle partie de Uno, on rejoint nos chambres glaciales, la température est d’environ -5°C.

Jeudi 06 novembre 2008 :

Dur, dur de sortir du sac de couchage ce matin. Pas d’eau pour se laver car elle est gelée. Les chaussettes humides oubliées dehors sont dures comme du béton. On a le choix entre une route longue et difficile ou une plus courte et facile pour rejoindre Manang. On choisit la difficile. Vous avez signé, c’est pour en chier…et effectivement on en a chié. Après avoir flâné un peu autour d’un lac aux eaux turquoises, on aborde la longue montée vers Ghyaru (3670m). Le groupe est essaimé le long des nombreux lacets, on se croirait sur le Tour de France à l’Alpe d’Huez. Il fait chaud dès que le soleil darde ses rayons et l’altitude rend les efforts plus difficiles. Le jeu en vaut la chandelle puisque arrivés en haut on a une superbe vue sur toute la chaîne des Annapurnas. On mange à Nawal et on repart vers 14h30, un peu à la bourre puisqu’il reste encore 2h30 de marche. On arrive à Manang (3540m) vers 17h, le soleil nous ayant quitté depuis une bonne heure. La lodge n’est pas très confortable mais elle appartient à un ami de notre guide. Business is business, même à plus de 3000m d’altitude. Pas d’eau chaude pour nous réchauffer et faire un brin de toilette et l’eau froide est vraiment très froide. On se couche plus tôt que d’habitude, toujours pas d’électricité, on a bien besoin de repos.

Vendredi 07 Novembre 2008 :

Le groupe est pour la première fois scindé en deux. Manang sert de traditionnelle journée de repos ou plutôt de journée d’acclimatation. Nous sommes à 3500m et l’organisme a besoin d’une journée pour s’acclimater à l’altitude. Les trekkeurs sont donc nombreux dans le village mais en ce qui nous concerne pas question de rester à rien faire. La majorité des trekkeurs mettent à profit cette journée pour monter en altitude afin d’habituer l’organisme à ce qui nous attend dans les prochains jours. 3 personnes de notre groupe partent avec 2 porteurs jusqu’au Ice Lake, à prés de 5000m. Je décide sagement de ne pas y aller, les 1500m positifs en une journée me rebutent un peu. Le reste du groupe (7 personnes) accompagne Krishna jusqu’au glacier du Gangappurna. On passe à côté d’un superbe lac au pied du glacier puis on grimpe un sentier assez raide jusqu’au glacier. Séance photo de rigueur puis on continue de grimper jusqu’à un peu plus de 4000m. On improvise une séance de méditation, assis à flanc de montagne, un paysage de carte postale face à nous. L’après-midi est consacré à la toilette (douche froide) et à une lessive sommaire…Les troupeaux de yaks passent juste à côté de la fenêtre de notre chambre, éclat de rire général quand l’un d’eux pousse un cri. On sait maintenant où Georges Lucas est allé piocher le cri de Chewbacca !! Notre voisine de chambre a la désagréable surprise de voir un yak débarquer dans sa chambre en pleine nuit.  Selon ses dires, elle nous aurait appelé à l’aide…J’ai dormi comme un bienheureux !

Samedi 08 Novembre 2008 :

Plus que 2 jours avant de franchir le col. Il est dans toutes les têtes, on s’interroge sur notre capacité à supporter l’altitude, aucun de nous n’ayant atteint de telles hauteurs. Le mal des montagnes apparait généralement à partir de 3000m, notre guide est à l’affût de tous les symptômes. La fatigue commence à se faire sentir chez 2 personnes de notre groupe, autant physique que psychologique. La piste monte raide jusqu’à Ghusang puis on atteint Yak Kharka (4018m) en fin de journée. On arrive tôt donc après le repas on part faire un tour plus haut, au milieu des troupeaux de yaks qui paissent tranquillement. La descente est raide et toujours pas d’eau chaude pour se décrasser.

Dimanche 09 novembre 2008 :

La nuit a été fraiche au dessus de 4000m. La matinée est consacrée à la montée au pied du col.  La seule difficulté à souligner est l’occasion pour nous de voir 2 japonais exploser en pleine montée pour avoir voulu grimper à un train trop rapide. Ils nous doublent comme des avions en début de montée mais on les retrouvent quelques centaines de mètres plus loin, à bout de souffle. Après le déjeuner, 8 d’entre nous montent au High Camp afin d’exorciser la montée du lendemain et apprécier en plein jour des paysages qui seront dans l’obscurité. Ca monte très raide jusqu’au 4925m du High Camp mais le paysage est superbe. A cette altitude on est déjà plus haut que le Mont-Blanc et ce n’est pas fini. Dès que le soleil disparaît derrière les sommets, le froid est saisissant. Qu’est ce que ça va être en pleine nuit ? Je redescends rapidement afin de me mettre au chaud. Les 3 autres membres du groupe sont partis seuls se faire un sommet à 5000m. Au bout de quelque temps, alors que la nuit est presque tombée, 2 d’entre eux reviennent. On leur demande où se trouve celui qui manque à l’appel. Ils sont étonnés qu’il ne soit pas encore rentré car il est parti 1 bonne heure avant eux. Inquiétude générale…de courte durée puisqu’on le voit arriver au loin. Sa démarche est chaotique, il est visiblement au bord de l’épuisement. S’est il perdu ? Est il tombé ? Il refuse de dire quoi que ce soit. On apprend quelques jours plus tard qu’une dispute l’a poussé à rebrousser chemin et à se perdre dans ce dédale de montagnes. On se couche tôt afin de dormir un peu, le réveil est prévu à 3h30…