octobre 2009


Pour une raison que j’ignore, je m’étais détourné de la carrière de Dominique A.  Mon premier contact avec lui remonte pourtant au début des années 90, à l’époque de son deuxième album (« La Fossette« ), encensé à l’époque par « l’Inrockuptible » Bernard Lenoir, dont je buvais les paroles sur les ondes de ma radio. Je m’immergeais dans le monde de la musique indé, après des années à écouter les tubes du Top50, comme tout adolescent pendant les 80’s. C’était aussi l’époque de mes premiers concerts. Les Cure de Robert Smith pour commencer… et puis Dominique A peu de temps après. Pour tout dire on venait plutôt voir les Little Rabbits et on avait eu en prime Dominique A et les Afghan Whigs.

Je me souviens d’un garçon timide, seul sur scène, qui chantait des chansons mélancoliques et minimalistes, le parfait exemple étant donné par son tube Le Courage des Oiseaux et sa boite à rythme un peu cheap. Est ce le fait de voir son nom aux Victoires de la Musique en 1995 qui m’a fait penser ça ? Toujours est il que j’ai ensuite associé Dominique A à de la « chanson française à texte », un genre que je ne supporte pas (ne venez pas me parler du nouvel album de Benjamin Biolay). On dit que seuls les imbéciles ne changent pas d’avis.

Est ce la curiosité ou le remords qui m’a fait jeter une oreille à « La Musique« , son dernier album ? Peu importe. J’ai tout de suite compris mon erreur. Dominique A est un très grand compositeur français, un très grand compositeur tout court. Son dernier album est parait-il une tentative de refaire « La Fossette« , 15 ans après. Le minimalisme et les synthés un peu cheap sont en effet de sortie mais le bonhomme a fait du chemin depuis Le Courage des Oiseaux. Les morceaux de bravoure se nomment ici  Nanortalik, Le Sens, Des Etendues, Hôtel Congress, La Musique et Immortels, l’une des chansons de l’année à n’en pas douter.

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A un moment où on ne parle, à juste titre, que de la qualité de la scène clermontoise, on découvre un somptueux album de pop-folk qui n’a pas pris sa source dans le Massif Central mais dans le Ballon d’Alsace. C’est en effet à Strasbourg que l’on trouve trace de Jacques Speyser et de ses acolytes du projet Original Folks, un projet en gestation depuis 4 ans. « Common Use » est un témoignage de ces 4 années de la vie d’un groupe, avec ses joies, ses peines, ses doutes et le départ de 2 membres (Pierre Walter et Stephan Nieser, qui apparaissent tout de même sur la pochette de l’album).

C’est donc désormais sous la forme d’un quintette qu’Original Folks œuvre pour le label strasbourgeois Herzfeld. Ce premier album, s’il ne reflète plus la situation actuelle du groupe, a permis de rassembler, de fédérer, autour de Jacques Speyser, instigateur du projet et songwriter des 12 titres qui composent l’album. C’est également lui la pierre angulaire des compositions de « Common Use », lui que l’on entend au milieu des arpèges de guitares, sa voix chaude à la Matt Berninger nous rassurant dans cet océan de mélancolie.

Ni vraiment pop, ni vraiment folk, ce premier album d’Original Folks navigue entre les influences d’Outre-Manche et d’Outre-Atlantique, sans que l’on sache vraiment laquelle a sa préférence. Ce que l’on sait en revanche, c’est que Jacques Speyser s’y connaît pour trousser des mélodies qui n’ont rien à envier à ce qui se fait de mieux hors de l’Hexagone. De l’introductif Daze, sobre et aérien, au diptyque Six-wired bird of paradise dans une version chantée et une instrumentale, en passant par Holy Ghost, slowcore tendance Great Lake Swimmers, ou encore Passer-By et Golden Age, « Common Use » tutoie l’excellence et nous fait croire en de beaux lendemains qui chantent du côté de l’Alsace.

Original Folks on Myspace.

Il y à 5 ans, les Pixies annonçaient leur reformation, réalisant ainsi le fantasme de nombreux indie-boys & girls qui n’avaient jamais eu la chance de voir les Bostoniens en concert. L’émotion avait été grande pour tout ceux qui, comme moi, avaient vu pour la première fois la bande à Black Francis, lors de leurs 2 passages au Zénith. L’émotion avait occultée le fait que le concert n’avait pas été aussi bon que l’on aurait pu le souhaiter, la faute à un groupe qui avait vieilli et surtout manquait de cohésion après ces nombreuses années de séparation. Le groupe laissait planer à l’époque la possibilité de composer un successeur à « Trompe le Monde », autre fantasme de fans. Après nous avoir tenu le bec dans l’eau pendant pratiquement 5 années, les Pixies ont finalement décidé de regarder derrière plutôt que devant et de nous faire faire un bond dans le passé, en 1989 précisément, date de sortie de leur album « Doolittle ».

Pour les 20 ans de celui que beaucoup considèrent comme leur meilleur album, les Pixies proposent donc un « Doolittle tour v2.0 », une opération marketing qui laisse le fan partagé entre le sentiment d’être pris pour une vache à lait (après leur coffret « Minotaur » remarquez, ça va de soi) et l’envie d’entendre sur scène les titres de cet album majeur de l’histoire du rock indé. La raison l’emportant rarement dans ce genre de cas de conscience, c’est le portefeuille délesté de quelques 44 euros (sauf moi, merci Fred !) que l’on franchit les portes du Zénith parisien.

Le public est, comme on peut s’y attendre pour ce genre de concerts, majoritairement composé de trentenaires et de quadras dynamiques. Il réserve un accueil poli aux jeunots de Dinosaur Pile-up, trio US en charge de la première partie, dont la reprise d’un titres des Beatles ne peut masquer le fait que c’est bien Kurt Cobain qui devait orner les murs de leurs chambres d’ados. Le set des Pixies commence, lui, de façon surréaliste avec la diffusion accélérée du court-métrage « Un Chien andalou », co-écrit par Luis Bunuel et Salvador Dali, et source d’inspiration avouée de « Doolittle », à commencer par Debaser (« Slicin’ up eyeballs/I want you to know »), le premier titre de l’album. Ce n’est pourtant pas avec lui que les Bostoniens ouvrent le bal mais avec une série de faces B de l’époque « Doolittle ». Dancing The Manta Ray, Weird at My School, Bailey’s Walk et Manta Ray, bien connus des plus fans d’entre nous, ont du mal à enflammer un public décontenancé, qui s’attendait à entendre un certain album et se coltine un film bizarre et des morceaux qu’il ne (re)connait pas. Kim Deal se fend d’ailleurs de quelques « Face B » en français entre les morceaux pour prévenir les plus intrigués parmi l’assistance.

Le set démarre donc vraiment au niveau de l’ambiance avec l’apparition de « Doolittle » sur l’écran géant et le riff si caractéristique de Debaser, point de départ annoncé de l’album joué dans son intégralité. Le son est bon, voire même très bon, bien meilleur en tout cas qu’il y à 5 ans. Le groupe est toujours aussi statique et disert (hormis Kim Deal) entre les morceaux mais peu importe, le plaisir est bien là. Les premiers rangs sont agités par quelques pogos sur Debaser et Tame avant que Wave of Mutilation ne fasse quelque peu retomber le soufflet. Des vidéos créées pour l’occasion sont projetées sur l’arrière de la scène, un petit plus non négligeable par rapport aux précédents concerts post-reformation. On admire donc les gouttes de sang qui perlent sur I Bleed ou le singe ornant la superbe pochette signée Vaughan Oliver sur Monkey Gone To Heaven. Kim Deal continue de jouer avec le public entre les morceaux en annonçant le dernier morceau…de la face A.

La Face B commence donc avec Mr Grieves et une nouvelle vidéo fort sympathique. David Lovering (le batteur) a son petit moment de gloire avec La, La, Love You sur laquelle il remplace Frank Black au chant, tandis que Kim Deal calme le jeu avec Silver. Un très bon Gouge Away conclut le set dans une ambiance enfin digne de celle entendue il y à 5 ans pour la reformation du groupe. Les 4 acolytes se congratulent et saluent le public à la manière d’acteurs de théâtre…avant de revenir quelques minutes plus tard pour un premier rappel. On y retrouve la version surf de Wave of Mutilation et surtout un Into The White dantesque, joué dans un écran de fumée blanche. Le groupe profite de l’occasion pour s’éclipser en douce…puis revient après de longues minutes. Les lumières ont été rallumées dans le Zénith, on se dit qu’on est quitte pour en rester là…mais les premières notes de Bone Machine résonnent. S’en suit Nimrod’s Son, Caribou et un Where’s My Mind trés attendu par le public mais au final un peu décevant. Re-salut théatral puis une sortie de scène, définitive cette fois-ci. Rendez-vous dans 5 ans pour le « Surfer Rosa ou Bossanova tour » ?

S’il y en a bien un à qui on ne va pas reprocher de ne pas tout faire pour que la power-pop américaine retrouve le rang qui était le sien dans les 90’s, c’est bien Chris Walla, l’une des deux têtes pensantes des excellents Death Cab For Cutie, auteur l’an passé d’un album solo honnête. Quand il ne compose pas pour DCFC, Chris Walla travaille pour les autres, fouine sur internet à la recherche d’artistes à produire. La production, c’est son dada…et vu le flair et le talent du bonhomme, ça à l’air moins risqué que le tiercé.

Le dernier poulain déniché par l’écurie Walla se nomme Michael Benjamin Lerner, une sorte de Ben Gibbard (DCFC) en plus jeune et en moins talentueux mais au potentiel intéressant. Il a en effet composé à lui tout seul la totalité des titres de « Telekinesis ! », son premier album. Lui le batteur de formation, assure ici les parties de guitares, le chant, le piano, sans que l’on trouve matière à redire. Enregistré en à peine 15 jours (Chris Walla partait ensuite en tournée avec DCFC), l’album jouit d’une grande homogénéité mélodique et d’un savoir-faire indéniable au niveau du songwriting.

En 11 titres et 31 petites minutes, Michael Lerner nous fait voyager quelques dizaines d’années en arrière, à une époque où la power-pop US roulait des mécaniques dans les charts. A l’écoute de cet album de Telekinesis, on pense immédiatement aux Fountains of Wayne (Imaginary Friend ; Awkward Kisser), aux Posies (Look To The East ; Foreign Room)…et à Death Cab for Cutie sur Great Lakes, sur lequel on croirait entendre chanter Ben Gibbard. A côté de ça, on trouve également quelques titres moins évocateurs mais tout aussi réussis, voire meilleurs, à l’image de Coast of Carolina et Tokyo, deux excellents singles qui prouvent que la power-pop US a encore de beaux jours devant elle.

Telekinesis on Myspace.

Je vous avais parlé l’an passé de mon coup de foudre pour un groupe de Portland, The Dimes, auteur d’un premier album que je jugeais très bon, auquel il ne manquait qu’un peu d’éclairage de la part de la blogosphère. Malgré une maille de plus en plus fine, il y a toujours des groupes pour réussir à passer à travers les filets des multiples audioblogs, webzines et autres sites de musique. Parmi ceux là, il y à quelques perles et The Dimes est vraiment un groupe qui mériterait de connaître un meilleur sort.

Leur deuxième album est en préparation et l’on peut d’ores et déjà écouter quelques titres d’un EP sorti en décembre dernier, sur leur page Myspace. Les 12 titres de l’album « The King Can Drink the Harbor Dry » seront tous en rapport avec l’histoire de la ville de Boston, lieu de résidence de Pierre Kaiser, l’un des membres de The Dimes. Le groupe poste également sur son site officiel des démos des nouveaux titres, accompagnées pour la plupart par un petit topo sur l’historique de la chanson. On y apprend notamment que le titre Save Me, Clara (qui ne figurera pas sur l’album) est un hommage à Clara Barton, institutrice et infirmière du XIXème, qui s’illustrât pendant la guerre civile américaine en portant assistance aux blessés, ce qui lui valut le surnom de « l’ange du champ de bataille ». Elle fonda par la suite l’entité US de la Croix Rouge.

The DimesSave Me, Clara (démo) [mp3]

The DimesSave Me, Clara (New England EP) [mp3]

The Dimes Boston (2ème album) [mp3]

The DimesPaul Kern Can’t Sleep (1er album) [mp3]

The DimesBattle of San Jacinto (1er album) [mp3]

Site Officiel.

The Dimes on Myspace.

Bon je continue un peu mon recyclage de chroniques publiées sur Indiepoprock, pour ceux qui ne les auraient pas lu là-bas (si si, j’en connais), avec « Humbug » le troisième album des Arctic Monkeys.


Que l’on ait fait partie des fans de la première heure, vouant un culte quasi-religieux à Alex Turner et sa bande, ou que l’on ait été un farouche détracteur de la baudruche hype Arctic Monkeys, surcôtée par une presse musicale en mal de « stars », il y a en tout cas peu de chances que l’on soit resté indifférent au sort du quatuor de Sheffield au cours des 3 dernières années. Pour couronner le tout, le temps d’une escapade avec son ami Miles Kane au sein de The Last Shadow Puppets, Alex Turner a pondu un petit bijou de pop orchestrale qui a eut le mérite de mettre d’accord fans et détracteurs des Monkeys. On guettait donc avec impatience le nouveau rejeton du quatuor, d’autant plus qu’il était précédé d’un énorme buzz suite à l’annonce de la participation de Josh Homme (Queens of The Stone Age) aux manettes.

Ce genre de super-collaboration ayant, par le passé, souvent débouché sur un « tout ça pour ça ? », on se gardait bien de crier victoire, malgré toute l’estime et l’admiration que l’on porte au petit surdoué Turner. Pourtant, le quatuor n’a pas perdu son temps dans le désert de Mojave, même si l’influence de Josh Homme sur les compos des Anglais est moins évidente au premier abord que les t-shirts Black Sabbath arborés par le groupe sur les photos officielles. N’allez pas croire pour autant que les Arctic Monkeys nous ont refait le coup de « Whatever People Say I Am, That’s What I’m Not » et à un degré moindre « Favourite Worst Nightmare », à savoir un album bourré de tubes joués pieds au plancher, prêts à être beuglés en chœur par les loyaux sujets de sa gracieuse majesté dans tout bon pub qui se respecte. Autant leurs deux premiers albums sentaient la bière et le fish & chips à plein nez, autant « Humbug » respire plutôt le mezcal et les beignets de crotale. On savait Turner fan de Morricone depuis l’épisode Last Shadow Puppets, on en a la confirmation.

L’influence de leur séjour dans le désert se fait sentir dès l’introductif My Propeller, dans la ligne de basse très lourde, les riffs incisifs et la mélodie hypnotique. On ira pas jusqu’à parler d’un virage stoner mais on a du mal à reconnaître le son britpop-punk des débuts sur un Potion Approaching ou Fire and The Thud (avec Alison Mosshart de The Kills). Le reste est plus nuancé, à commencer par le premier single, Crying Lightning, qui illustre à merveille l’évolution mélodique donnée par Turner à son groupe. Tempo moins rythmé, chant plus posé, riffs de guitares anguleux, basse vrombissante, l’ambiance est ici plus sombre que sur les précédents albums. Cornerstone, le second single, est l’occasion pour Alex Turner de se prendre pour Morrissey et nous montrer ses talents de crooner. On peut d’ores et déjà prédire sans risque que « Humbug » sera, des trois, l’album des Arctic Monkeys qui se vendra le moins bien ; pas que l’on remette en doute sa qualité, loin de là, mais contrairement à ses prédécesseurs, il ne contient pas de véritables tubes fédérateurs comme pouvait l’être un I Bet You Look Good on The Dance Floor ou un Fluorescent Adolescent.

Au final, « Humbug » peut être considéré comme une étape dans la carrière des Arctic Monkeys, une transition, un passage obligé vers un son différent afin de se défaire d’une étiquette hype un peu trop collante. On reparlera d’Alex Tuner et des Arctic Monkeys dans les années à venir, soyez en sûr.

Lire les avis de Benjamin sur Playlist Society et Thibault sur la Quenelle Culturelle.

Je préparais ce post il y à un mois déjà, juste avant mon voyage, et puis je me suis laissé emporter par les préparatifs de dernière minute et le post est resté dans le tiroir dévolu à cet effet. Un mois plus tard j’ai toujours autant envie de vous en parler mais pas forcément pour les mêmes raisons. En effet ce qui m’a attiré en premier dans ce morceau de Miike Snow c’est son clip, une incitation au voyage en Inde, un pays pour lequel j’éprouve un mélange d’attraction et de répulsion (bien aidé en celà par tous  les commentaires négatifs de routards croisés au Népal). Au départ je lui préférais le titre Animal (voir ici), mais le clip était plus quelconque que celui de Burial. Les écoutes répétées pendant ces 3 dernières semaines m’ont finalement fait changer d’avis… Je parle, je parle et vous ne savez toujours pas qui est ce fameux Miike Snow. Derrière ce pseudo se cache un trio composé du chanteur américain Andrew Wyatt et de la paire de producteurs suédois Bloodshy & Avant, apparemment connue pour ses travaux avec Kylie Minogue, Madonna, Kelis et Britney Spears (le tube Toxic, c’était eux). Bon, depuis, ce beau monde a viré sa cutie et propose désormais une électro-indie qui n’est pas sans rappeler par moment celle des New-Yorkais de Passion Pit.

Miike Snow on Myspace.

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