Bon je continue un peu mon recyclage de chroniques publiées sur Indiepoprock, pour ceux qui ne les auraient pas lu là-bas (si si, j’en connais), avec « Humbug » le troisième album des Arctic Monkeys.


Que l’on ait fait partie des fans de la première heure, vouant un culte quasi-religieux à Alex Turner et sa bande, ou que l’on ait été un farouche détracteur de la baudruche hype Arctic Monkeys, surcôtée par une presse musicale en mal de « stars », il y a en tout cas peu de chances que l’on soit resté indifférent au sort du quatuor de Sheffield au cours des 3 dernières années. Pour couronner le tout, le temps d’une escapade avec son ami Miles Kane au sein de The Last Shadow Puppets, Alex Turner a pondu un petit bijou de pop orchestrale qui a eut le mérite de mettre d’accord fans et détracteurs des Monkeys. On guettait donc avec impatience le nouveau rejeton du quatuor, d’autant plus qu’il était précédé d’un énorme buzz suite à l’annonce de la participation de Josh Homme (Queens of The Stone Age) aux manettes.

Ce genre de super-collaboration ayant, par le passé, souvent débouché sur un « tout ça pour ça ? », on se gardait bien de crier victoire, malgré toute l’estime et l’admiration que l’on porte au petit surdoué Turner. Pourtant, le quatuor n’a pas perdu son temps dans le désert de Mojave, même si l’influence de Josh Homme sur les compos des Anglais est moins évidente au premier abord que les t-shirts Black Sabbath arborés par le groupe sur les photos officielles. N’allez pas croire pour autant que les Arctic Monkeys nous ont refait le coup de « Whatever People Say I Am, That’s What I’m Not » et à un degré moindre « Favourite Worst Nightmare », à savoir un album bourré de tubes joués pieds au plancher, prêts à être beuglés en chœur par les loyaux sujets de sa gracieuse majesté dans tout bon pub qui se respecte. Autant leurs deux premiers albums sentaient la bière et le fish & chips à plein nez, autant « Humbug » respire plutôt le mezcal et les beignets de crotale. On savait Turner fan de Morricone depuis l’épisode Last Shadow Puppets, on en a la confirmation.

L’influence de leur séjour dans le désert se fait sentir dès l’introductif My Propeller, dans la ligne de basse très lourde, les riffs incisifs et la mélodie hypnotique. On ira pas jusqu’à parler d’un virage stoner mais on a du mal à reconnaître le son britpop-punk des débuts sur un Potion Approaching ou Fire and The Thud (avec Alison Mosshart de The Kills). Le reste est plus nuancé, à commencer par le premier single, Crying Lightning, qui illustre à merveille l’évolution mélodique donnée par Turner à son groupe. Tempo moins rythmé, chant plus posé, riffs de guitares anguleux, basse vrombissante, l’ambiance est ici plus sombre que sur les précédents albums. Cornerstone, le second single, est l’occasion pour Alex Turner de se prendre pour Morrissey et nous montrer ses talents de crooner. On peut d’ores et déjà prédire sans risque que « Humbug » sera, des trois, l’album des Arctic Monkeys qui se vendra le moins bien ; pas que l’on remette en doute sa qualité, loin de là, mais contrairement à ses prédécesseurs, il ne contient pas de véritables tubes fédérateurs comme pouvait l’être un I Bet You Look Good on The Dance Floor ou un Fluorescent Adolescent.

Au final, « Humbug » peut être considéré comme une étape dans la carrière des Arctic Monkeys, une transition, un passage obligé vers un son différent afin de se défaire d’une étiquette hype un peu trop collante. On reparlera d’Alex Tuner et des Arctic Monkeys dans les années à venir, soyez en sûr.

Lire les avis de Benjamin sur Playlist Society et Thibault sur la Quenelle Culturelle.

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