Il y à 5 ans, les Pixies annonçaient leur reformation, réalisant ainsi le fantasme de nombreux indie-boys & girls qui n’avaient jamais eu la chance de voir les Bostoniens en concert. L’émotion avait été grande pour tout ceux qui, comme moi, avaient vu pour la première fois la bande à Black Francis, lors de leurs 2 passages au Zénith. L’émotion avait occultée le fait que le concert n’avait pas été aussi bon que l’on aurait pu le souhaiter, la faute à un groupe qui avait vieilli et surtout manquait de cohésion après ces nombreuses années de séparation. Le groupe laissait planer à l’époque la possibilité de composer un successeur à « Trompe le Monde », autre fantasme de fans. Après nous avoir tenu le bec dans l’eau pendant pratiquement 5 années, les Pixies ont finalement décidé de regarder derrière plutôt que devant et de nous faire faire un bond dans le passé, en 1989 précisément, date de sortie de leur album « Doolittle ».

Pour les 20 ans de celui que beaucoup considèrent comme leur meilleur album, les Pixies proposent donc un « Doolittle tour v2.0 », une opération marketing qui laisse le fan partagé entre le sentiment d’être pris pour une vache à lait (après leur coffret « Minotaur » remarquez, ça va de soi) et l’envie d’entendre sur scène les titres de cet album majeur de l’histoire du rock indé. La raison l’emportant rarement dans ce genre de cas de conscience, c’est le portefeuille délesté de quelques 44 euros (sauf moi, merci Fred !) que l’on franchit les portes du Zénith parisien.

Le public est, comme on peut s’y attendre pour ce genre de concerts, majoritairement composé de trentenaires et de quadras dynamiques. Il réserve un accueil poli aux jeunots de Dinosaur Pile-up, trio US en charge de la première partie, dont la reprise d’un titres des Beatles ne peut masquer le fait que c’est bien Kurt Cobain qui devait orner les murs de leurs chambres d’ados. Le set des Pixies commence, lui, de façon surréaliste avec la diffusion accélérée du court-métrage « Un Chien andalou », co-écrit par Luis Bunuel et Salvador Dali, et source d’inspiration avouée de « Doolittle », à commencer par Debaser (« Slicin’ up eyeballs/I want you to know »), le premier titre de l’album. Ce n’est pourtant pas avec lui que les Bostoniens ouvrent le bal mais avec une série de faces B de l’époque « Doolittle ». Dancing The Manta Ray, Weird at My School, Bailey’s Walk et Manta Ray, bien connus des plus fans d’entre nous, ont du mal à enflammer un public décontenancé, qui s’attendait à entendre un certain album et se coltine un film bizarre et des morceaux qu’il ne (re)connait pas. Kim Deal se fend d’ailleurs de quelques « Face B » en français entre les morceaux pour prévenir les plus intrigués parmi l’assistance.

Le set démarre donc vraiment au niveau de l’ambiance avec l’apparition de « Doolittle » sur l’écran géant et le riff si caractéristique de Debaser, point de départ annoncé de l’album joué dans son intégralité. Le son est bon, voire même très bon, bien meilleur en tout cas qu’il y à 5 ans. Le groupe est toujours aussi statique et disert (hormis Kim Deal) entre les morceaux mais peu importe, le plaisir est bien là. Les premiers rangs sont agités par quelques pogos sur Debaser et Tame avant que Wave of Mutilation ne fasse quelque peu retomber le soufflet. Des vidéos créées pour l’occasion sont projetées sur l’arrière de la scène, un petit plus non négligeable par rapport aux précédents concerts post-reformation. On admire donc les gouttes de sang qui perlent sur I Bleed ou le singe ornant la superbe pochette signée Vaughan Oliver sur Monkey Gone To Heaven. Kim Deal continue de jouer avec le public entre les morceaux en annonçant le dernier morceau…de la face A.

La Face B commence donc avec Mr Grieves et une nouvelle vidéo fort sympathique. David Lovering (le batteur) a son petit moment de gloire avec La, La, Love You sur laquelle il remplace Frank Black au chant, tandis que Kim Deal calme le jeu avec Silver. Un très bon Gouge Away conclut le set dans une ambiance enfin digne de celle entendue il y à 5 ans pour la reformation du groupe. Les 4 acolytes se congratulent et saluent le public à la manière d’acteurs de théâtre…avant de revenir quelques minutes plus tard pour un premier rappel. On y retrouve la version surf de Wave of Mutilation et surtout un Into The White dantesque, joué dans un écran de fumée blanche. Le groupe profite de l’occasion pour s’éclipser en douce…puis revient après de longues minutes. Les lumières ont été rallumées dans le Zénith, on se dit qu’on est quitte pour en rester là…mais les premières notes de Bone Machine résonnent. S’en suit Nimrod’s Son, Caribou et un Where’s My Mind trés attendu par le public mais au final un peu décevant. Re-salut théatral puis une sortie de scène, définitive cette fois-ci. Rendez-vous dans 5 ans pour le « Surfer Rosa ou Bossanova tour » ?