janvier 2010


J’étais en train d’écrire la chronique du dernier album en date des Danois de Mew et puis je me suis replongé dans leur discographie et je me suis dit que ce serait dommage que leurs précédents travaux ne bénéficient pas eux aussi d’une modeste exposition en ces pages. J’adore ce groupe depuis que j’ai fait sa découverte en 2003 et je m’étonne que la France ne les ait pas encore adoubé, ce qui est depuis longtemps le cas des anglo-saxons. Pour ne pas faire doublon avec le contenu de ma chronique, je me contenterais donc de mettre les certaines vidéos des premiers albums du groupe.

On commence avec Am I Wry No ?, sur l’album « Frengers« , qui est aussi mon premier contact avec ce groupe via cette vidéo qui tournait sur MTV2. Il donne bien le « la » du style Mew avec cette voix haut-perchée qui en fera certainement fuir plus d’un et ce côté épique et onirique qui ressort bien dans leurs clips.

« Frengers » est le troisième album des Danois mais le premier à sortir de leurs frontières. Il contient quelques inédits mais la majorité des titres proviennent des 2 premières galettes, c’est le cas de Am I Wry ? No et des 2 morceaux suivants, She Came Home For Christmas et Comforting Sounds.

Deux ans plus tard, « And The Glass Handed Kites« , bien que moins bon que son prédécesseur, confirme le talent des Danois avec des mélodies légèrement bodybuildées. Le choix des singles n’est pas forcément le plus judicieux, ni forcément représentatif du contenu général de l’album (moins sombres que le reste) mais ce sont les seuls à bénéficier d’une vidéo donc les voilà, Special et The Zookeeper’s Boy.

Pour finir, le petit dernier, « No More Stories… » dont je parlerais bientôt, peut être le meilleur album des Danois à ce jour, a déjà deux vidéos disponibles, Introducing Palace Players et Repeaterbeater.

 

 « La chanson française est un sport de combat », tel pourrait être le sous-titre de « La Reproduction », le nouvel album d’Arnaud Fleurent-Dider. Le fantôme du sociologue Pierre Bourdieu semble en effet flotter sur cet album en forme de témoignage d’une génération, celle des trentenaires un peu bobo que la presse n’a cessé de stigmatiser au cours de la décennie qui vient de s’achever.

Arnaud Fleurent-Didier se mue en étendard de cette génération à travers les textes de « La Reproduction », une génération un peu désabusée (la génération My Space Oddity), qui a du mal à trouver sa place aux côtés des générations précédentes (Mémé 68/Pépé 44), à se faire un place dans l’Histoire. Il y a aussi des choses plus personnelles comme le lien filial, très fort aux 2 extrémités de l’album (France Culture et Si On Se dit Pas Tout), les relations amoureuses sur un ton souvent décalé (Imbécile Heureux ; Risotto aux Courgettes), la famille, la politique… Autofiction plus que véritable psychanalyse en musique, « La Reproduction » se pose en digne descendant d’une génération d’auteurs-compositeurs français, de Gainsbourg à Katerine en passant par Biolay ou Delerm.

On a parfois l’impression de regarder une fausse bande-originale de film, avec des bouts de dialogues disséminés ici ou là, le chant plus parlé que véritablement chanté accentuant cet état de fait. Musicalement aussi, on a l’impression d’être devant un film, des 60’s-70’s pour être précis, il ne manque que les chabadabada pour en être convaincu. Beaucoup de cordes, du piano, une sorte de pop de chambre symphonique, romantique et désuète, désenchantée. Un soupçon funky également sur Reproductions, l’un des meilleurs titres de l’album avec un France Culture en passe de devenir culte puisque déjà repris en version allemande notamment.

Au final, cet album qui fait déjà beaucoup parler, va engendrer des avis très tranchés, entre les « pour » et les « anti », comme bien souvent avec les artistes français dans l’Hexagone. « La chanson française est un sport de combat »…

Arnaud Fleurent-Didier on Myspace.

D’autres avis chez Ears of Panda, La Musique à Papa, Hop Blog, Playlist Society,  La Quenelle Culturelle et Twist.

Recyclage toujours avec les Américains de Bear in Heaven, l’une des belles surprises de la fin d’année 2009 (position #27).

A la lecture des états de service de Bear in Heaven, on remarque que le groupe de John Philpot présente tous les symptômes de la branchitude aigüe, plus communément appelée « hype ». Jugez plutôt : le quatuor est basé à Brooklyn, lieu absolu de la branchitude new-yorkaise pour les européens que nous sommes. C’est vrai que cela sonne tout de suite plus cool que l’Utah ! Ensuite, comme ce qu’il se fait de mieux en terme de groupes branchés (Grizzly Bear en tête), les New-Yorkais ont mis un « Bear » dans leur frigo patronyme. C’est vrai que cela sonne tout de suite plus cool qu’Hippopotamus in Heaven !

Si on rajoute à ça que la référence des sites musicaux US (Pitchfork) l’a adoubé récemment, on craint d’avoir en fasse de soi un produit marketing un peu trop beau pour être vrai. En grattant un peu cette surface trop lisse, on constate que les « Bear » ont de la bouteille puisque leur premier essai studio (un EP) est sorti en 2003, suivi 4 ans plus tard par un album (« Red Bloom of the Boom »), le tout dans la plus totale indifférence. Nous voilà rassurés, place à la musique.

Le premier constat qui nous vient à l’esprit après la première écoute de « Beast Rest Forth Mouth » est que cet album se mérite, ne dévoilera ses atouts qu’aux plus persévérants d’entre nous et encore, on en perdra certainement beaucoup en chemin. Bear in Heaven pratique en effet une musique que l’on qualifiera d’exigeante, par opposition à celle dite immédiate. Difficile de ranger Bear in Heaven dans une case, comme on aime à le faire en règle générale, mais si on voulait vraiment leur coller une étiquette on dirait que cela sonne comme un mélange entre Can, pour le côté krautrock, et Blonde Redhead, pour la pop psyché et le chant vaporeux, avec une pointe d’électro utilisée avec parcimonie. Ne cherchez pas de tubes ou de morceaux catchy, il n’y en a pas. Les meilleurs titres se trouvent dans la première partie de l’album (You Do You ; Lovesick Teenagers ; Ultimate Satisfaction) avant le traditionnel creux du milieu et un final (Deafening Love) qui n’est pas sans évoquer l’excellent album de Fever Ray.

Il faut plusieurs écoutes pour s’imprégner de l’univers psyché des New-Yorkais mais une fois que l’on a ouvert la boîte de Pandore, cet album dévoile de magnifiques atours.

Site officiel.

Bear in Heaven on Myspace.

Cette année musicale 2010 commence de fort belle façon avec ce qui sera à coup sûr l’un de mes morceaux de l’année tant il me prend aux tripes à chaque écoute. Je ne connaissais pourtant rien de leurs auteurs, The Irrepressibles, avant cela. Après quelques recherches sur le net, il s’avère que l’on a à faire à une troupe anglaise, composée de 9 personnes, emmenée par Jamie McDermott, que l’on n’hésite pas à comparer à Antony Hegarthy pour son timbre androgyne. C’est vrai qu’il y à un peu de ça. Le titre In This Shirt est vraiment sublime et me fait penser effectivement à Antony & The Johnsons mais également à du Patrick Watson. Leur album, « Mirror, Mirror« , dont il est extrait, sort le 22 février prochain en France.

The Irrepressibles on Myspace.

Recyclage toujours avec l’album des Californiens de Gliss (position #36) dont j’avais déjà parlé ici même.

Il y à deux manières d’aborder « Devotion Implosion« , le deuxième album de Gliss. La première, par la face nord, la plus complexe, consiste à pester contre ce revival shoegaze dont on ne cesse de nous rabattre les oreilles depuis 2 ans et plus particulièrement en 2009 avec les albums de The Big Pink, Crocodiles, A Place To Bury Strangers, The Pains of Being Pure At Heart…Une ascension technique donc, qui risque fort de vous voir décrocher très vite et ranger le matériel aux oubliettes.

La seconde façon d’aborder l’album du trio californien privilégie plutôt le plaisir immédiat, celui de surfer sur les riffs de guitares saturées et les voix éthérées, le plaisir de (la) Gliss en somme. Les influences y sont, certes, évidentes et nombreuses, de The Jesus and Mary Chain sur Morning Light aux Smashing Pumpkins sur Sleep en passant par le Velvet Underground et leurs compères californiens The Warlocks sur la fin de l’album (de Sad Eyes à Sister Sister), mais elles sont suffisamment bien mises en valeur pour en faire un atout plutôt qu’une faiblesse.

Le chemin est balisé, à vous de faire votre choix…
Gliss on Myspace.

Le retour de Konstantin Gropper,  ce jeune Allemand qui avait surpris tout son monde en dévoilant en 2008 un premier album d’une grande richesse, sous le nom de Get Well Soon. 14 titres tantôt pop, tantôt folk, tantôt baroque, des arrangements incroyables (cuivres, cordes, accordéon, piano ,banjo….) et des titres improbables (If This Hat Is Missing I Have Gone Hunting ; I Sold My Hands For Food So Please Feed Me). Son nouvel album, « Vexations », sort le 25 janvier prochain et le premier single, Angry Young Man, est  très prometteur.

Aujourd’hui sort « La Reproduction« , le nouvel album d’Arnaud Fleurent-Didier. La première fois que j’ai entendu parler d’AFD c’était il y à peu de temps, chez Cécile, par une amie à elle qui me vantait les mérites de cet auteur-compositeur français dont j’ignorais jusqu’à l’existence. La curiosité éveillée, j’ai googlisé son nom et suis tombé sur la vidéo de France Culture. Coup de coeur immédiat pour moi qui ne suis pourtant pas un fervent défenseur de la chanson française, surtout quand elle est plus parlé que chanté . D’ailleurs le seul moment où il s’essaye au chant est le passage que j’aime le moins. Ce morceau fait  penser à du Gainsbourg sur le plan du chant, alors que musicalement c’est plutôt très cinématographique, genre B.O de vieux films des 60’s-70’s. Les paroles sont comme souvent dans la chanson française très travaillées, autobiographiques croit-on (en fait autofiction), un peu bobo aussi. Un mélange pour le moins saugrenu mais qui fonctionne à merveille.

Ce morceau date de l’été 2009 et a déjà pas mal buzzé. J’ai choisi de n’en parler que maintenant car l’album sort en ce début d’année et que son auteur sera une des révélations de l’année si le reste de « La Reproduction » a les mêmes gènes que ce France Culture.

Arnaud Fleurent-Didier on Myspace.

Pour bien commencer l’année, je recycle quelques chroniques écrites pour Indiepoprock, la plupart concernent des groupes que vous avez pu apercevoir dans mon Top 2009. L’occasion peut-être pour certains d’en savoir un peu plus sur ces albums, chose que je n’avais pas eu le temps de faire au moment de sa parution. On commence avec The Twilight Sad (position #32) :

Quand on connaît le peu d’estime qui unit Anglais et Ecossais, on savoure d’autant plus le rôle joué par Fat Cat (label anglais) dans la nouvelle jeunesse de la scène indie écossaise. Avec Frightened Rabbit, We Were Promised Jetpacks et The Twilight Sad, Fat Cat détient en effet quelques uns des plus beaux fleurons de la nation au chardon. Si les similitudes sont fortes entre ces trois là, The Twilight Sad est bien celui qui possède les plus belles épines et le plus bel accent rocailleux.

On avait découvert ce quatuor des environs de Glasgow avec leur premier album, « Fourteen Autumns and Fifteen Winters », un album faisant la part belle aux guitares saturées et au chant mélancolique de James Graham. Il en va de même pour son successeur, « Forget The Night Ahead », qui combine avec brio la douche écossaise à la Mogwaï et les ambiances mélancolico-sombres à la Arab Strap, sans pour autant ressembler à ces deux monstres sacrés de la scène scottish.

The Twilight Sad s’appuie sur une section rythmique qui joue le plomb (Reflection of the Television en tête), créant un climax étouffant dont tirent profit les murs de guitares pour vous encercler (I Became a Prostitute ; Made To Disappear) et James Graham pour vous tirer des larmes avec ses textes sombres (The Room ; Interrupted). Ni vraiment post-rock, ni vraiment shoegaze, The Twilight Sad est tout ça à la fois et bien plus encore. Pourtant, malgré ses indéniables qualités, le deuxième album des Ecossais n’atteint pas le niveau d’émotion de son prédécesseur, notamment sur sa seconde partie un peu fade par rapport à ce dont ils nous ont habitué. Un léger bémol qui n’entache pas une copie bien supérieure à la moyenne, une constante dans l’écurie Fat Cat, le label anglais qui aimait les groupes en kilt.

The Twilight Sad on Myspace.

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