février 2010


Un nouvel album de Shearwater est toujours un évènement que je guette fiévreusement. Enfin toujours est un bien grand mot, je devrais plutôt dire depuis que j’ai découvert le groupe de Jonathan Meiburg sur « Palo Santo« , leur 4ème album. Véritable coup de foudre musical, j’ai comme souvent dans ces cas là voulu dévorer au plus vite toute la discographie des Texans. C’est là que j’ai découvert que Shearwater et Okkervil River, un groupe que j’aimais et aime encore beaucoup, ne faisaient qu’un ou presque. Will Sheff et Jonathan Meiburg se partageaient le gâteau de façon à peu près équitable jusqu’à « Palo Santo« , le moment où ces 2 coqs se sont trouvés un peu à l’étroit dans leur propre basse-cour et ont décidé de voler de leurs propres ailes. Will Sheff et Okkervil River d’un côté, Jonathan Meiburg et Shearwater de l’autre.

Lien de cause à effet ? En tout cas c’est avec « Rook » que le succès critique a vraiment commencé pour le groupe de Meiburg. Encensé par la presse musicale et la websphère, il reste pourtant pour moi en deçà d’un « Palo Santo »  et à un degré moindre de « Winged Life« . Au moment où j’écris ces lignes, le dernier rejeton du groupe d’Austin vient d’arriver dans les bacs. Prénommé « The Golden Archipelago« , il semble avoir autant de fans que de détracteurs chez les aficionados de la bande à Meiburg. Je me garderais de tout avis tranché, n’ayant pas pu suffisamment l’écouter, mais je sais déjà que Hidden Lakes et sa magnifique vidéo marqueront de leur empreinte cette année 2010.

Site Officiel avec 2 titres en écoute (Black Eyes et Castaways)

Shearwater on Myspace.

Connaissez vous la chillwave ? non ?  et bien vous feriez bien de vous habituer à ce terme barbare car vous risquez fort d’en entendre parler dans les semaines/mois à venir. Ce n’est ni une maladie (« Putain je crois que j’ai chopé la chillwave »), ni un plat exotique (« Chéri, ce soir je fais des chillwave con carne »), mais un mouvement musical aussi appelé glo-fi. A ce stade de l’exposé vous vous dîtes : je ne sais pas ce que prennent les gens qui inventent les noms des courants musicaux mais c’est de la bonne !

C’est vrai qu’il y à un peu de ça à l’écoute des Neon Indian, Washed Out et autres Toro y Moi, trois des ambassadeurs de ce mouvement mélangeant synthés planants, voix réverbérées et beats downtempo. Un peu de musique pour prouver mes dires avec Toro y Moi et leur Blessa sous psychotropes.

J’avais annoncé ici même il y à un peu plus d’1 an que 2009 serait l’année de Baden Baden. Il semblerait que je sois aussi doué qu’un certain Paco R. en prédiction. Sauf que si le succès n’a pas encore complètement éclaboussé le quintet parisien, il s’agit seulement d’une question de temps alors que la livraison de la station Mir sur Paris se fait attendre…L’actualité de Baden Baden en 2010 c’est un EP en préparation et quelques concerts d’ici là dont celui du mardi 23 février au Scopitone. C’est également une vidéo pour leur titre Anyone, un nouveau titre qui ne figurait pas sur le 1er EP que j’avais acheté lors d’un de leurs passages à la Flêche d’Or. Beaucoup moins sombre, beaucoup plus travaillé que les titres précédents (ajout de cuivres notamment), il laisse augurer de belles choses pour l’avenir de ce groupe qui ne se posera bientôt plus la question : « Am I Anyone ?« .

Baden Baden on Myspace.

Après le Nouveau Casino et le Point Ephémère et avant un Olympia d’ores et déjà complet, le désormais trio londonien The xx était une nouvelle fois à l’affiche d’une salle parisienne. Pourquoi un tel intérêt du public pour un groupe aussi jeune et perfectible, pas réputé pour ses prestations live et avec un seul album au compteur ? Les voies du succès sont impénétrables et je n’ai pas la prétention de détenir la réponse mais cet engouement que certains jugent démesuré n’a pas été sans conséquence sur la vie du groupe qui a perdu sa claviériste, effrayée par le tourbillon médiatique autour du groupe.

Avant de juger sur pièces ceux pour qui La Cigale affichait complet, il nous était donné l’occasion de voir un autre groupe ayant bénéficié d’un certain buzz au moment de la sortie de son premier album il y à 2 ans. Les These New Puritans sont là pour présenter les titres de leur deuxième album, « Hidden ». A l’image du dernier Massive Attack, la musique de TNP a quelque chose de mécanique, de froid et métallique. Peu de lumières sur scène pour éclairer les visages juvéniles, beaucoup de samples, peu de guitares, un gros travail sur les percussions, pour un set uniquement composé de titres du dernier album (We Want War ; Hologram ; Attack Music entre autres). On aurait bien aimé entendre un Elvis ou Swords of Truth, histoire de rompre cette mécanique un brin austère mais Jack Barnett et ses acolytes en avaient décidé autrement. Dommage.

La Cigale est désormais grouillante de monde et bruisse d’impatience de voir ses chouchous du soir apparaître derrière le rideau blanc tendu sur scène. Un carré blanc pour un groupe classé « xx », rien de plus normal. Les lumières s’éteignent enfin, un X est projeté sur le drap puis les premières notes de Intro résonnent avec le groupe en ombres chinoises derrière le rideau. Effet garanti. On avait entendu un peu tout et n’importe quoi sur la qualité de leurs prestations live et la méfiance était donc de mise, Crystalised et Islands chassent une partie des doutes et nous rappellent pourquoi on a tant apprécié le premier album des Londoniens, notamment ce chassé-croisé vocal entre le timbre sucré de Romy Madley Croft et la voix chaude d’Oliver Slim. Heart Skipped a Beat est l’un des morceaux sur lequel cet effet de manche opère le mieux sur l’album (et accessoirement mon titre préféré) mais bizarrement en live la magie a du mal à opérer. Peu importe puisque après la reprise du Do You Mind de Kyla, on a droit à un très bel enchaînement Fantasy/Shelter et à la traditionnelle reprise du Teardrops de Womack & Womack. L’ambiance monte d’un cran et le public n’hésite pas à manifester sa joie pendant les morceaux. D’aucuns reprocheront au groupe son côté statique mais qu’importe quand l’émotion est là. Oliver Slim ne cesse de remercier chaleureusement le public et tente de placer les quelques mots de français qu’il connaît. La fin du set correspond peu ou prou à la fin de l’album avec l’enchainement Basic Space/Night Time et le superbe Infinity avec sa guitare à la Chris Isaak et ses « I Can’t give it up » répétés à l’infini.

Après un départ sous les acclamations d’un public qui, à l’image du groupe, est progressivement monté en température, le trio revient pour un ultime titre, Stars, et quitte définitivement la scène tandis que résonne leur remix du You’ve Got The Love de Florence and The Machine.

Un autre avis et de jolies photos chez Tami.

Avant leur concert de ce soir au Point Ephémère qui lance une semaine où je vais plus fréquenter les salles de concerts parisiennes que mon appart’, jetons une oreille au nouveau titre des Japandroïds, ce duo canadien de rock-garage qui avait sacrément secoué le cocotier indé l’an passé avec leur excellent premier album « Post-Nothing« .

JapandroïdsArt Czars [Mp3]

« La musique, c’est comme une histoire d’amour, avec ses joies et ses peines. En musique comme en amour c’est donc souvent des plus grandes souffrances que naissent les plus belles choses. C’est notamment le cas pour « Hospice », l’album de The Antlers, qui raconte une histoire d’amour entre un homme et une femme luttant contre une maladie grave. L’amour comme la musique, c’est aussi des coups de foudre et cette année le mien se nomme Kettering. »

Voilà un petit texte que j’avais écrit à la demande d’Ulrich Stakov (anciennement L’Individu Incertain, dorénavant sur Shot By Both Sides), pour son projet participatif consistant à demander à un certain nombre de blogueurs musicaux quelle était leur chanson préférée en 2009. La compile qui en résultait était disponible en téléchargement avec un superbe livret créé par Ulrich…mais cela n’a pas plu à tout le monde, notamment à certains labels donc la compile à été retiré. Pour les curieux, il est toujours possible de lui demander via les commentaires le mot de passe donnant accès au post originel.

A noter que les américains de The Antlers, dont je vous avais déjà parlé ici,  continuent de faire l’actualité puisque la vidéo de leur nouveau single, Bear, vient d’être mise en ligne. Suivez la source.

Pour de nombreuses raisons, « Teen Dream » faisait partie des albums que l’on attendait le plus en ce début 2010. Tout d’abord parce qu’il est signé Beach House, ce duo franco-américain de Baltimore déjà coupable de deux magnifiques albums de dream-pop éthérée. Deuxièmement, parce que Beach House fait désormais partie de l’écurie Sub Pop, l’un des plus grands labels US, que l’on a tendance à suivre les yeux fermés, plus souvent pour le meilleur que pour le pire. Enfin, parce que depuis que Norway, le premier single, s’est glissé entre nos oreilles, on se prend à rêver d’un album de la même trempe qui propulserait à coup sûr le groupe dans une autre dimension pleine d’espèces sonnantes et trébuchantes.

Sur sa nouvelle mouture, Beach House a conservé les solides fondations des deux premiers albums, il n’y avait à vrai dire pas de raison de bouleverser un si bel édifice. On vous fera grâce de tous les adjectifs associés à la dreampop pour définir la musique de Beach House, sachez seulement que les mélodies du duo de Baltimore ont toujours cette saveur ouatée si particulière, si propice aux rêveries solitaires. Enregistré dans une église new-yorkaise joliment prénommée Dreamland, « Teen Dream » pourrait être la conclusion d’une trilogie commencée avec « Beach House » en 2006 puis poursuivie avec brio deux ans plus tard sur « Devotion« .

On voit mal en effet comment le groupe pourrait aller plus loin dans le registre qui est le sien, tout en retenue, en contrôle. A l’écoute d’un Silver Soul, d’un Better Times, on a parfois l’impression de marcher sur un fil tendu entre 2 gratte-ciel, entre 2 montagnes ou simplement entre nos deux oreilles. On est à la fois bercé par la voix suave de Victoria Legrand et transporté par les arrangements classieux d’un Used To Be ou d’un Lover of Mine. Contrairement à ses prédécesseurs qui possédaient en leur sein un ou deux titres « cannibales » (Master of None, Gila, Heart of Chambers), si bon qu’ils avaient tendance à éclipser le reste, « Teen Dream » se parcourt d’une traite, sans véritables sommets ni trous d’air, juste 50 minutes de plaisir absolu.

Beach House a bâti une cathédrale dreampop qu’il sera bien difficile de surpasser voire d’égaler. Avis aux bâtisseurs en herbe…

Cette chronique a été écrite pour Indiepoprock.

Site Officiel.

Beach House on Myspace.

Le fait que des artistes et albums puissent encore passer entre les mailles de la toile a quelque chose de rassurant et de surprenant. Rassurant parce que l’on a parfois l’impression de tous écouter les même artistes, de tous fréquenter les mêmes sites. Surprenant parce qu’avec toutes les oreilles qui trainent sur la toile, il faut soit un réel manque de talent (et encore les contre-exemples sont nombreux), soit habiter sur l’île de Lost pour échapper à un mélomane assoiffé de sons.

Wing & Tusk ne font clairement pas partie de la première catégorie (ni de la deuxième d’ailleurs) et pourtant j’ai un mal fou à trouver quoi que ce soit les concernant. Quasi aucun blog US, encore moins français, n’a parlé d’eux (l’album est sorti en août), ça a limite quelque chose de flippant de se dire qu’on est le seul à vouloir le faire. On écoute, réécoute l’album et le constat est à chaque fois le même : du bel ouvrage. Pas le genre qui va révolutionner l’histoire de la musique (en même temps qui peut y prétendre ?) mais un bel album de folk mélancolique naviguant dans des eaux fréquentées notamment par les Great Lake Swimmers. Superbement produit avec un beau travail sur les voix, la présence de cordes et de cuivres, un banjo, un mélange guitare/synthé, un chant qui vous prend aux tripes…Franchement je ne vois rien à jeter et mon incompréhension quand à leur anonymat est d’autant plus grande. Je vous laisse vous faire votre propre opinion à l’écoute des St. James, Home Sick HomeShoveleraser ou ma préférée Me vs World. L’album est disponible à l’achat sur leur site au prix de 10$ (+3$ de frais de port).

Site Officiel.

Wing & Tusk on Myspace.

5 titres en écoute chez Thesixtyone.

Un album était soit-disant en préparation, il devait voir le jour en 2010 et faire suite à l’enjoué « Med sud i eyrum vid spilum endalaust« . C’est finalement en solo que l’Islandais Jónsi Þór Birgisson, leader de Sigur Rós, va venir nous chatouiller les oreilles de sa voix de fausset. Son premier album solo s’intitule « Go » et verra le jour le 6 avril prochain. Un premier titre, Boy Lilikoi, est en écoute sur son site mais c’est le single Go Do qui a pour l’instant ma préférence, dans un style primesautier proche des derniers travaux de Jónsi avec Sigur Rós.

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Là où Konstantin Gropper avait mis plus de trois ans pour accoucher d’un premier album particulièrement bluffant et mature, moins de deux années lui ont été nécessaires pour donner le jour à « Vexations« , le très attendu deuxième album de Get Well Soon. Comme toujours l’exercice de devoir valoriser et confirmer un premier album n’est pas chose facile, Vampire Weekend peut en témoigner. L’artiste se retrouve bien souvent devant un choix cornélien : proposer peu ou prou la même formule ayant faite ses preuves ou tout changer et risquer de perdre une partie de l’auditoire obtenu de haute lutte.

Konstantin Gropper a choisi la première solution, à savoir capitaliser le succès de « Rest Now, Weary Head !« . « Vexations » n’est pourtant pas à proprement parler une copie carbone de son prédécesseur, c’est un album qui y ressemble, ce qui rassurera les fans de la première heure, mais avec suffisament de différences pour que l’on soit surpris lors des premières écoutes. Ce qui surprend le plus, de prime abord, c’est la volonté de Konstantin Gropper non pas d’en faire plus que sur son premier album mais bel et bien d’en faire moins. Le premier album de l’Allemand avait en effet la fâcheuse tendance d’empiler les couches mélodiques, parfois jusqu’à l’écoeurement. 

Sur « Vexations« , Gropper a donc fait subir une légère cure d’amaigrissement à ses mélodies et à leur orchestration pantagruélique. L’ensemble n’en reste pas moins fort consistant, notamment au niveau des arrangements, le péché mignon du garçon. Chœurs morriconiens, cordes, cuivres, toute l’artillerie lourde de la pop baroque et lyrique est une fois de plus de sortie mais avec un bémol bienvenu tant ce genre peut être indigeste sur la longueur de 14 titres. Si l’on ne peut plus invoquer le pêché de gourmandise, on peut par contre regretter la trop grande uniformité des morceaux de Get Well Soon, criante sur ce second opus. Ajoutez à cela un manque de titres phares et vous obtenez pour l’auditeur, à mi-album, la fâcheuse sensation de tourner un peu en rond.

Si cela ne remet pas en cause la qualité de cet album et le talent unanimement reconnu de son auteur, ce sentiment que Konstantin Gropper en fait toujours un peu trop pourrait à la longue lasser même les plus gourmands d’entre-nous.

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Get Well Soon on Myspace.