avril 2010


Des filles qui aiment des garçons qui aiment des garçons qui aiment des filles, tel pourrait être le sous-titre des « Nuits d’ivresse printanière » de Lou Ye. Une histoire de jalousie, de triangle amoureux, comme il en existe beaucoup dans le cinéma. Oui sauf que là ça se passe en Chine, à Nankin, que le film a dû être tourné dans la quasi clandestinité de peur de se faire arrêter par les autorités chinoises qui ne voyaient sans doute pas d’un très bon oeil cette histoire d’amour entre 2 hommes + une femme. Une histoire forcément complexe, parfois violente, plus dans les images assez crues que dans les propos, les silences y sont nombreux. Jeu impeccable et sobre des acteurs qui n’en rajoutent pas, le plus gros défaut du cinéma asiatique selon moi. Photo sombre et terne, pluie omniprésente, glaciale. On aime ou on déteste mais on ne reste pas insensible. J’ai aimé.

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Au moment où l’Europe est paralysée par un volcan au nom imprononçable, les artistes s’organisent pour assurer les nombreuses dates prévues aux 4 coins du monde et notamment en France en ce mois d’avril traditionnellement chargé en concerts avant le grand raout des festivals de l’été. Alors que les Suédois de Shout Out Louds ont dû annuler leur concert du soir au Scopitone, les Canadiens The Besnard Lakes sont bel et bien présents dans un Bus Palladium fraîchement rénové afin de venir présenter les titres de leur album « Are The Roaring Night« .

La soirée débute avec l’une des belles découvertes de 2009 du côté de l’Hexagone, j’ai nommé Frànçois & The Atlas Mountains. Groupe à géométrie variable, la formation de Saintes réunit ce soir autour de François Marry  deux musiciens multi-instrumentistes et un percussionniste sautillant entouré d’un assemblage de percus africaines. Difficile de faire le rapprochement entre le son plutôt policé de l’album « Plaine inondable » et la performance délivrée en live par la formation charentaise, tout sauf pantouflarde. Improbable croisement entre la pop classieuse de Dominique A,  la folk psyché d’Animal Collective et les rythmes tribaux de la world music, la musique de Frànçois & The Atlas Mountains vous fait visiter, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, les 4 coins de la planète (qui est ronde comme tout un chacun le sait). Loquace et visiblement heureux de pouvoir se produire « à la capitale »,  Francois se lance même dans une danse africaine sur le final en apothéose du dernier titre du set. On a hâte de pouvoir écouter le nouvel album en préparation, qui sera de l’aveu même de son géniteur, plus en phase avec leurs performances live.

Un rapide changement de plateau plus tard et le quatuor canadien The Besnard Lakes prend place sur scène, à quelques mètres de l’énorme boule à facettes, l’un des rares vestiges de l’ancienne vie du Bus Palladium. Les Montréalais ont des looks assez hétéroclites qui font esquisser quelques sourires au public…jusqu’à ce que la machine à fumée ne se prenne pour l’Eyjafjöll. La scène est recouverte de fumée pour la première fois de la soirée, le début d’une longue série. On savait que Jace Lasek avait une voix de tête qui n’était pas sans rappeler celle de notre Polnareff national mais on ne s’attendait pas à le voir arborer la même crinière et des lunettes old school. Le début du set est conforme à ce que l’on espérait, à savoir des titres jonglant entre le rock progressif des 70’s et le shoegaze des 80’s. Part belle est faite aux titres du dernier album, déjà bien rodés à l’image du diptyque Like the Ocean, Like The Innocent, d’Albatross (malgré le chant un peu faux d’Olga), du superbe Chicago Train ou de l’immense Land of The Living Skies Pt.2. Le groupe n’oublie pas pour autant les fans les plus anciens avec les désormais classiques  de « Are The Dark Horse » (Disaster ; For Agent 13 ; And You Lied to Me), leur premier véritable album, qui les avaient propulsé sous les feux des projecteurs il y à 3 ans de cela. Les Montréalais réussissent même le tour de force de me faire apprécier les solos de guitares façon 70’s qu’ils disséminent avec parcimonie dans leurs mélodies. L’un des meilleurs concerts (première partie + tête d’affiche) vu par votre serviteur à Paris cette année.

Personnage à part sur la scène indé, Scout Niblett l’est indéniablement. Là ou ses consœurs ont choisi massivement le folk délicat comme moyen d’expression, l’Anglaise a depuis ses débuts tracé sa voie sur des territoires plus escarpés, des terrains de jeux où les femmes ne sont pas légion. Un temps comparée à PJ Harvey ou à Cat Power (notamment sur son précédent album), c’est pourtant plutôt du côté du blues et du grunge qu’il faut chercher pour trouver une réelle ressemblance avec la musique de Scout. L’Anglaise s’est en effet installée dans l’Oregon, à Portland, non loin de Seattle, une ville à jamais marquée du sceau du grunge et des années Nirvana. Elle y a prit comme mentor un certain Steve Albini, membre de Shellac mais surtout l’un des plus célèbres producteurs indés et notamment de tout ce qui a tendance à faire du bruit (Pixies, Nirvana, Jon Spencer Blues Explosion, Mclusky…).

Après avoir connu un certain succès critique avec « This Fool Can Die Now« , son album le plus folk dans l’âme, ponctué de superbes duos avec Will Oldham, Scout Nibblett (de son vrai nom Emma Louise Niblett) a décidé de passer sa musique à la moulinette ou plutôt à la purification par le feu comme le laisse entendre le titre et la pochette de ce « The Calcination of Scout Niblett« . L’Anglaise est revenue à un son beaucoup plus épuré, plus brut, sale, minimaliste. Une guitare, une voix (et quelle voix) et une batterie de passage, rien de superflu ne doit subsister. On pouvait donc craindre que ce vœu de pauvreté ne rejaillisse sur la qualité de son sixième album mais rassurez-vous il n’en est rien. L’ascétisme n’est que de façade.

Cela commence souvent par une guitare qui semble un peu perdue toute seule voire un larsen qui semble hurler à la lune (Just Do It ; Cherry Cheek Bomb), puis la voix de Scout entre en scène, calme, chuchotante, déchirante. La batterie, quoique discrète, joue à fond son rôle de catalyseur lorsqu’elle déboule sans crier gare (Ripe With Life). On pense effectivement à PJ Harvey (Calcination) pour l’alternance calme/bruit, à Karen O aussi un peu pour les miaulements (Bargin) et à Kurt Cobain, beaucoup, pour tout le reste et notamment cette folie qui semble suinter de tous les pores de la musique de Scout Niblett. On la sent présente même si relativement discrète, tapie dans l’ombre, prête à surgir à n’importe quel moment, à l’image de celle qui régnait sur la petite ville de Twin Peaks chère à David Lynch.

Avec ce nouvel album, Scout Niblett prouve une fois de plus qu’elle n’a que faire des modes, des flonflons et des paillettes. L’Anglaise trace sa route, certes pas toujours rectiligne, mais avec un aplomb qui inspire le respect.

Chronique écrite pour Indiepoprock.

Site Officiel.

Scout Niblett on Myspace.

D’autres avis chez Mmarsup, Arbobo et Sfar qui avait comme toujours une Scout d’avance.

Jusqu’ici réservée à un public averti, amateur de ce que l’on pourrait appeler le post-rock symphonique et empathique, où les cuivres et les cordes ont remplacé les guitares, la musique d’Efterklang s’est épurée sur le dernier album des Danois afin de toucher un public plus large. Epurée n’est peut-être pas le terme approprié, disons qu’elle est devenue un peu moins cérébrale, moins complexe, plus pop au sens premier du terme. Ces cousins lointains de Sigur Ros (écoutez leur premier album « Tripper« ) ont délaissé pour un temps les longues plages symphoniques et solitaires pour celles plus immédiates et populaires que leur nouveau label, 4AD, espère remplies d’espèces sonnantes et trébuchantes.

Si cette évolution a de quoi surprendre les fans de longue date, elle est faite de façon suffisamment délicate pour que l’on ne s’y sente pas en terrain hostile. On retrouve en effet sur « Magic Chairs » le côté symphonique et empathique qui a toujours dicté les mélodies des Danois depuis leurs débuts. Ici, il a simplement été adapté à un format plus pop en simplifiant les mélodies et en accordant une place plus importante aux instruments « traditionnels » (guitare, basse, batterie, piano). Les cordes et cuivres dont on les sait friands (jetez une oreille à leur « Performing Parades » avec l’orchestre national de chambre danois) sont toujours bel et bien présents mais un peu plus en retrait que sur leurs travaux précédents.

Autre évolution notable dans la musique des Danois, la part plus importante accordée au chant, qu’il soit en chœur ou en solo, au risque d’en devenir parfois irritant (The Soft Beating ressemblant à de la guimauve pop boursouflée ou Mirror Mirror trop proche d’Arcade Fire pour être honnête). Bien que moulé dans un format plus pop, « Magic Chairs » n’en reste pas moins un album d’Efterklang, sous-entendu avec son lot de bizarreries mélodiques, son grain de folie scandinave, cette beauté froide propre aux pays nordiques. Parler de beauté peut paraître incongru quand il s’agit de musique mais c’est exactement ce que je ressens à l’écoute d’Alike ; I Was Playing Drums ou Full Moon. Une beauté certes artificielle mais désormais prête à éclore aux yeux du plus grand nombre.

Chronique écrite pour Indiepoprock.

La session complète (4 titres) est visible sur le site de 4AD.

La nouvelle Flèche d’Or a mis un peu de temps à trouver son public, la faute probablement à une programmation pas suffisamment alléchante pour inciter les parisiens déjà gavés de concerts à débourser les 8 euros (avec une conso) de droit d’entrée. Cette semaine, l’ancienne gare de la petite ceinture a pourtant vécue deux folles soirées avec la venue tout d’abord de la talentueuse Laura Marling puis le lendemain des Band of Horses. Deux soirées qui ont rempli le pavé de la rue de Bagnolet (et même celle des Pyrénées) d’amateurs de folk en tout genre, au point d’attiser la curiosité des riverains, plus du tout habitués à voir débarquer un tel rassemblement de mélomanes dans ce coin du XXème.

Sachez-le, il vaut mieux arriver tôt lorsque l’affiche est alléchante sous peine de poireauter 2h pour venir échouer à quelques mètres de l’entrée, condamné à maudire votre chef qui vous a retenu plus que de raison à votre boulot ou les transports parisiens en grève pour la 264ème fois de l’année…La venue de Band of Horses mercredi a laissé beaucoup de monde derrière les grilles. Cela peut paraître étonnant si l’on considère que le groupe n’a pas bénéficié d’un énorme buzz sur ses deux premiers albums. L’explication est sans doute à chercher de l’autre côté de l’Atlantique vu le grand nombre d’Américains présents ce soir là, le groupe bénéficiant dans son pays d’une aura bien plus importante que chez nous.

La soirée débute par une première partie assurée par le seul Tyler Ramsey dans le rôle du cumulard puisqu’il est également guitariste au sein de Band of Horses. On sent d’ailleurs transpirer de sa musique les mêmes influences que celle de BOH, celles menant à tout un pan de la musique traditionnelle américaine (folk, americana, country, rock sudiste). Ses ballade mélancoliques et acoustiques sont une sympathique mise en bouche avant un plat de résistance d’un calibre bien plus relevé.

Quelques petites minutes d’attente et Tyler Ramsey refait son apparition sur scène en compagnie du reste de la troupe mais c’est Ben Bridwell qui attire tous les regards, lui le seul rescapé de l’époque où le groupe se nommait Horses. Assis derrière sa guitare pedal steel, le chanteur barbu entame le set par 2 titres tirés des deux premiers albums dont la bien nommée The First Song. La musique de BOH prend, comme c’est souvent le cas en live, une tournure plus rock. Les titres principaux de leur discographie (Is There a Ghost ; The Great Salt Lake ; No One’s Gonna Love You) sont accueillis avec enthousiasme par les privilégiés qui ont pu franchir les portes de la Flèche d’Or. Mais si le groupe s’est déplacé jusqu’ici, c’est aussi parce que comme le signale avec humour Ben Bridwell, un nouvel album va bientôt sortir dans les bacs et il est foutrement bon selon son auteur. En même temps on ne le voyait pas dire le contraire. Plusieurs titres de « Infinite Arms » (c’est son nom) sont rodés sur scène dont l’excellent single Compliments ; Factory ou encore un Laredo très Grandaddyesque dans l’âme. Que les fans se rassurent, ce troisième album s’annonce du même tonneau que ses prédécesseurs. Le set se termine avec Ode to LRC et le très attendu The Funeral, deux des plus beaux morceaux composés par BOH, sur lesquels la voix réverbérée de Bridwell vous met le système pileux au garde à vous. Le groupe quitte la scène sous les vivas et revient pour deux titres dont une reprise de Yo La Tengo (Sugarcube). Belle performance des Américains que l’on espère revoir dans les prochains mois sur les scènes de l’Hexagone afin de promouvoir leur nouvel album dont la sortie est fixée au 18 mai.

Retrouvez ce live-report sur Indiepopock avec des photos de Robert Gil.

Crédit photo : Heather Cate

Je vous avais parlé ici du petit coup de cœur de fin d’année que j’avais eu pour les Californiens de Letting Up Despite Great Faults et leur premier album autoproduit. Pour tout vous dire, c’est la pochette de leur album qui m’avait séduite au départ, je trouvais cette photo vraiment belle, incongrue mais belle. C’est ensuite avec leur musique que ces Américains ont fait vibrer la fibre shoegaze/mid tempo qui sommeille en moi. J’avais évoqué à l’époque de mon billet leur filiation évidente avec la clique Sarah records (The Field Mice en tête), Slowdive ou The Postal Service mais j’aurais tout aussi bien pu parler de M83, Galaxie 500 ou plus près de nous de The Pains of Being Pure at Heart avec qui ils partagent les mêmes influences. Leur musique agit comme un bain de jouvence sur mes oreilles, peut être à cause de la candeur adolescente qui s’en dégage. Ca ne révolutionnera pas l’histoire de la musique mais ça aura bien égayé mon quotidien cet hiver et c’est déjà beaucoup.

Douglas Coupland est un auteur qui m’a toujours intrigué et fasciné et ce bien avant d’avoir lu la moindre ligne écrite de ses mains. Generation X, Toutes les familles sont psychotiques, Eleanor Rigby, Girlfriend in a Coma ou le récent Jpod, autant de titres qui donnent envie de se plonger dans l’univers de cet écrivain canadien.

J’ai commencé il y à quelques mois par Toutes les familles sont psychotiques parce que le titre me plaisait et laissait augurer d’un roman au vitriol sur les relations familiales. On y suit les pérégrinations de la famille Drummond, une bonne famille de barjots bien loin des standards de la famille américaine « classique » (comprendre puritaine). La seule à avoir les pieds sur terre est une astronaute (un comble) en partance pour un vol dans l’espace. Le reste de la famille se lance dans une sorte de road-trip pour rejoindre Miami et assister au lancement de la fusée sur fond de règlements de comptes en tout genre et d’évènements plus rocambolesques les uns que les autres. Bref on ne s’ennuie pas une seule seconde au contact des Drummond et de leurs chamailleries incessantes.

J’ai hésité entre Eleanor Rigby et Girlfriend in a coma pour une deuxième incursion dans l’univers de Douglas Coupland. J’étais curieux de voir ce qui se cachait derrière ces 2 titres ô combien évocateurs pour l’amateur de musique que je suis. J’ai finalement opté pour les Beatles au détriment des Smiths.

All the lonely people
Where do they all come from?
All the lonely people
Where do they all belong?

Elisabeth Dunn est à l’image de l’héroïne de la chanson des Beatles : seule. Solitaire serait plus juste. De son propre aveu, c’est une personne qui ne présente pas beaucoup d’intérêt pour autrui, elle ne fréquente d’ailleurs personne et n’a que peu de contacts avec le monde extérieur…jusqu’au jour où un coup de fil lui demande de se rendre à l’hôpital où un jeune garçon a été admis avec son nom et son numéro de téléphone écrit sur un bracelet attaché à son poignet. Sans rien dévoiler de la suite du livre vous vous doutez bien que la vie de cette jeune femme seule va basculer et les révélations et péripéties s’enchaîner à vitesse grand V à coups de comète et de météorite… Moins drôle que Toutes les familles sont psychotiques, Eleanor Rigby joue plus sur le registre de la sensibilité même si le style de Coupland prête bien souvent à sourire, notamment dans le traitement des relations familiales, forcément compliquées connaissant le bonhomme. Un roman à l’image de son héroïne : attachant(e).

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