L’annonce du septième album de Trembling Blue Stars aurait dû nous remplir de joie, si elle n’avait été accompagnée d’une laconique mention nous prévenant que ce serait le dernier album du groupe de Robert Wratten. « Fast Trains and Telegraph Wires » sera donc le chant du cygne d’un groupe qui n’aura malheureusement jamais connu le succès qui aurait dû être le sien. Bâti sur les cendres des groupes The Field Mice/Northern Picture Library et sur la fin de sa relation avec Annemari Davies par un Robert Wratten un peu dépressif, Trembling Blue Stars a traversé les années 90 et 2000 en ne déviant pas de sa trajectoire pop mélancolique.

Sur ce septième et donc dernier album, Robert Wratten s’est entouré de ses fidèles collaborateurs : Beth Arzy, Keris Howard, le fidèle parmi les fidèles Iann Catt et son ex-compagne Annemari Davies, présente sur deux titres, auxquels on peut ajouter la chanteuse du groupe 80’s MIAOW, Cath Caroll, sur The Imperfection of Memory. Une manière pour Wratten de rendre hommage à cet entourage fidèle qui le suit pour certains depuis la fin des 80’s et l’éPOPée The Field Mice.

La page Trembling Blue Stars se referme donc avec les 11 titres de « Fast Trains and Telegraph Wires », auxquels viennent s’ajouter les 7 autres de l’EP « Cicely Tonight Volume One ». L’atmosphère y est moins sombre que sur le précédent et néanmoins excellent « The Last Holy Writer », comme si Robert Wratten paraissait désormais apaisé au moment de tourner la page. La mélancolie n’est pourtant jamais très loin chez Trembling Blue Stars, c’est d’ailleurs elle que l’on voit sourdre derrière les meilleurs titres (In Arrivals ; Frosting ; The Dark World of The Broken). Si le fantôme de The Cure semblait flotter sur les précédents travaux des Londoniens, c’est désormais celui de New Order époque « Get Ready » qui apparaît au détour de certains titres (My Face For The World To See). Guitares acoustiques, une pointe d’électro chère à Iann Catt (St Etienne), et le mix vocal entre la voix chaude de Robert Wratten et les chœurs féminins et le tour est joué.

Les 7 titres de l’EP « Cicely Tonight Volume One » proposent une vision plus expérimentale de la musique de Robert Wratten, à l’image de instrumentaux Radioactive Decay et Outside. Comme un clin d’oeil à ces 15 années de songwriting au sein de Trembling Blue Stars, Wratten conclut par un approprié No More Sad Songs, catchy à souhait, qui nous fera encore plus regretter la fin de cette belle et mélancolique aventure.

L’album en écoute sur Spotify.

Difficile de trouver des infos sur Beta Radio sur la toile, pourtant Ben Mabry et Brent Holloman n’ont pas particulièrement la tête de perdreaux de l’année. Les deux comparses se sont rencontrés il y a plus de 10 ans de cela et ont commencé à jouer ensemble, d’abord pour eux puis pour les amis. Le duo a pris son temps pour peaufiner ses morceaux, trouver son style et vient seulement de sortir son premier album, autoproduit, intitulé « Seven Sisters« .

On a ici à faire à un album folk de facture assez classique mais ne dit-on pas que les plus belles choses sont souvent les plus simples ? Beta Radio est là pour le confirmer avec ses mélodies basées sur quelques accords de guitare folk, un banjo, une trompette et une paire de balais pour la batterie, rien que du classique mais diablement efficace quand on sait y faire. Ce savoir-faire se nomme ici Darden Road ; Where Losers Do ; Either Way ou plus encore Brother, Sister, le morceau qui vaut à lui seul l’intérêt que vous devez porter à cet album.

L’album est disponible en écoute en streaming ou sur Spotify.

J’étais passé à côté de leur premier album, « The Snow Magic » en 2008, mais la sortie en début d’année de l’EP « Bright Bright Bright » avait éveillé ma curiosité. Il contenait notamment le superbe Something For Myself, magnifique ballade au piano interprétée par Nona Marie Invie, appuyée par une batterie discrète et un duo contrebasse/accordéon. Dark Dark Dark navigue en effet au confluent de diverses influences (folk, jazz, americana, musique des Balkans), rien d’étonnant pour un groupe disséminé aux 4 coins des Etats-Unis (New-York, Nouvelle-Orléans, Minneapolis…).

On retrouve avec plaisir Something For Myself sur leur nouvel album, « Wild Go« , c’est d’ailleurs le seul rescapé de l’EP. Pour autant, les 10 titres qui composent l’album sont dans la continuité de « Bright Bright Bright » et s’ éloignent un peu de l’americana de « The Snow Magic« , que j’ai écouté depuis. En effet, sur le premier album de Dark Dark Dark, le chant était majoritairement dévolu à Marshall LaCount et les mélodies tournaient autour de son banjo, tandis que Nona Marie Invie était chargée des choeurs en arrière-plan. Pour tout vous dire je préfère de loin la formule actuelle, recentrée autour du piano et de la voix chaude de Nona Marie Invie. Ajoutez à cela, clarinette, banjo, accordéon et vous obtenez un album tour à tour mélancolique (Daydreaming ; Robert) et sautillant (In Your Dreams ; Celebrate), un album que l’on prend plaisir à écouter, seul ou à deux, lovés sous la couette. L’une des très belles surprises de cette année 2010.

Chronique écrite pour Indiepoprock.

L’album en écoute sur Spotify.

Long time no see…Un peu de mal à revenir sur le plancher des vaches, comme d’habitude après des vacances à l’étranger. Beaucoup de choses à écrire, à poster pourtant, à commencer par un compte-rendu du Iceland Airwaves avec lequel je vous ai saoulé avant de partir. Ca arrive, mais avant un peu de lumière sur quelques groupes qui tournent en boucle sur ma platine en ce moment. Séquence nostalgie.

Tamaryn : Trio originaire de San Francisco qui sonne comme la crème dreampop/shoegaze des 90’s (Cocteau Twins, Ride, Lush), Tamaryn reprend à son compte l’adage « c’est dans les pots qu’on fait les meilleures soupes » sauf que « The Waves » s’avère être une soupe particulièrement savoureuse pour les nostalgiques de 4AD époque Heavenly voices.

Twin Shadow : Georges Lewis Jr a grandi en Floride, vit à New-York et est originaire de République Dominicaine. Ce savoureux mélange a donné Twin Shadow et un premier album intitulé « Forget » dont la production a été confiée à Chris Taylor de Grizzly Bear. Tantôt crooner à la Morrissey (voir morceau ci-dessous), tantôt plus groovy, ses morceaux baignent dans une douce saveur ouatée, cotonneuse, qui fleure bon les 80’s.

Crystal Castles : En plus d’avoir signé l’un des tout meilleurs albums électro de l’année (j’en parle ici), le duo canadien vient de s’acoquiner avec Robert Smith pour un titre qui prouve après l’association avec 65daysofstatic que le leader de Cure a toujours la côte auprès de la jeune génération.

Crocodiles : Je vous en ai déjà parlé il y a peu dans la même rubrique donc je ne vais pas trop m’attarder sur le sujet Crocodiles, d’autant que c’est ENCORE un groupe qui revisite les années 80/90 et que vous devez commencer à en avoir un peu marre. Dommage car son album est vraiment très bon et pour l’avoir vu en live au Iceland airwaves ça vaut également le détour si l’on est fans de Jesus & Mary Chain et autres Black Rebel Motorcycle Club.

Still Corners : Encore un groupe pour nostalgiques, cette fois-ci c’est la pop vaporeuse de Mazzy Star et la sublime voix de Hope Sandoval qui s’invitent au bal du revival. On pense également à Julee Cruise et à la BO de Twin Peaks signée Angelo Badalementi. Ensorcelantes et rêveuses, les quelques pistes que l’on a pu écouter du projet Still Corners laissent augurer de très belles choses pour l’avenir de ces Londoniens. A noter la très jolie pochette de leur dernier EP qui illustre ce post.

Lundi 11 Octobre 2010 : On mettra ça sur le compte de l’excitation du voyage. Toujours est il qu’alors que j’avais dormi comme un bébé toute la semaine, je ne profite pas de mon départ en début d’après-midi pour trainer un peu au lit une dernière fois. Tant pis ou plutôt tant mieux, je vais pouvoir me préparer sans le stress du gars à la bourre qui a peur de louper son avion. Tout se passe comme prévu : j’arrive tôt à l’aéroport, je gruge la moitié de la file à l’enregistrement…Bon ça c’était pas prévu, j’ai juste pas vu que la file était séparée en 2 et j’ai tapé l’incruste à la fin de la 1ère file, comme personne m’a rien dit…

Dans l’avion, on patiente avant le décollage avec une compile de groupes islandais qui se produisent au festival. La compagnie aérienne Iceland Airwaves est en effet le sponsor principal du festival auquel elle a même donné son nom. On a beau être sur du moyen courrier, un écran vidéo est à disposition avec quelques films (Toy Story 3 pour moi) et de la très bonne musique (bon ya aussi quelques daubes). Je passe la dernière heure sur les trois au programme à écouter Hjaltalin, les Kings of Convenience et bien sûr Sigur Rós au moment de l’atterrissage. On peut difficilement faire plus islandophone que moi sur ce coup !

La navette pour rejoindre la ville s’avère plus chère que prévu. 45mn de bus puis 20mn à pied pour rejoindre mon hôtel. La chambre est petite (5m² ?) mais confortable. C’est toujours mieux qu’un dortoir qui pue la vieille chaussette trouée. Je pose mon sac et pars faire un tour à proximité avant que le soleil (hahaha) ne se couche. Oui parce que bon le soleil ici, il se murmure que c’est une légende urbaine. D’ailleurs les enfants à l’école il parait qu’ils ne savent pas le dessiner… Les journées sont encore longues à cette période de l’année (à peu près comme chez nous) mais le plafond est très bas et très gris. Apparemment il a fait soleil les 2-3 jours avant mon arrivée, donc là il devrait faire moche pendant environ 2-3 semaines, c’est le tarif. Je ne suis pas venu pour bronzer donc ça tombe bien, c’est juste dommage qu’il n’y ait pas un peu plus de lumière pour les photos. Pour ça il faudra revenir entre juin et août, la haute saison.

Mardi 12 Octobre 2010 : Un des trucs auquel il faut s’habituer en Islande, c’est l’odeur d’oeuf pourri qui émane dès que vous ouvrez le robinet d’eau chaude. En effet, l’eau est chauffée par géothermie, avec ce qu’ils ont à disposition dans le sol, ils seraient bien bêtes de ne pas en profiter. Du coup une petite odeur de souffre se dégage et il vaut mieux savoir de quoi il retourne, sinon on pourrait penser qu’il y a un animal mort dans la chambre et regretter l’odeur de vieille chaussette trouée…Lever de bonne heure, je pars un peu à l’aveugle visiter la ville. Le festival ne commence que demain donc j’ai toute la journée pour en profiter. On peut marcher pendant 10mn sans croiser âme qui vive, c’est assez troublant et assez agréable il faut le reconnaître, surtout quand on vit à Paris. Je finis la matinée par la visite du vieux cimetière dont m’avait parlé Elodie. Ses photos n&b du lieu étaient superbes, sans grande originalité j’ai misé moi aussi sur le n&b, surtout vu le peu de lumière que laissent passer les nuages. Je récupère mon pass pour le festival dans l’après-midi, je repère un peu les différentes salles et bars où je vais passer les 5 prochaines soirées. Pour l’instant la ville est calme (hormis une petite manif, pour pas que je sois trop dépaysé sûrement), il paraît qu’à partir du vendredi c’est beaucoup moins sage, on verra bien.

Dernière soirée parisienne, j’écoute Bang Gang, le groupe de Bardi Jóhansson, également connu pour son duo avec Keren Ann au sein de Lady & Bird. J’ai fait le tour des groupes islandais que je connais et qui sont programmés au festival. Il m’en reste beaucoup à découvrir, notamment certains dont j’ai déjà entendu parler (Benni Hemm Hemm, Apparat Organ Quartet, Mugison, FM Belfast). Sur les 3 albums de Bang Gang, mon préféré est sans hésitation le second, « Something Wrong« , sorti en 2003, qui avait mis le groupe sous le feu des projecteurs. J’avais beaucoup aimé le côté trip-hop de certains titres, notamment There was a whisper et Contradictions qui rappelaient les débuts d’Archive. Pas grand chose à jeter sur cet album, ce qui n’est pas forcément le cas de son successeur « Ghosts from the past » sorti en 2008. D’ailleurs je vous propose 3 morceaux tirés de « Something Wrong« , le 1er n’est pas une vidéo officielle mais un montage à partir d’images de l’excellent film Cashback dans lequel on peut entendre ce titre et le 3ème une célèbre reprise des Supremes.

Le compte à rebours est enclenché plus que jamais, le départ prévu lundi à 14h15 pour une arrivée à 15h45 heure locale (2h de plus à Paris). Je ne sais pas trop par quoi je vais commencer, le festival ne débutant que mercredi soir. Sûrement une ballade dans les rues de la ville, l’appareil photo à portée de main. Le climat décidera de beaucoup de choses, je ne m’attends pas à des miracles à cette période de l’année.

Mercredi sera donc le début du Iceland Airwaves 2010 avec une soirée essentiellement consacrée aux groupes locaux. Parmi la ribambelle de noms que je ne connais pas, se détache un artiste que j’ai découvert il y a peu, grâce à quelques bafouilles dithyrambiques de certains collègues blogueurs. Ólafur Arnalds, à ne pas confondre avec sa presque homonyme Ólöf Arnalds, compose une musique que je qualifierais de cinématographique, instrumentale, à la fois très classique et expérimentale, interprétée au piano avec quelques cordes de ci de là. De la belle pop de chambre, très contemplative d’où le côté cinématographique. Son deuxième album, « …And they have escaped the wheight of darkness », vient de sortir et il a reçu une pluie de louanges de la part de la presse musicale, qu’elle soit papier ou sur le web.  Un album qui j’en suis sûr se mariera à merveille avec mes déambulations dans la grisaille islandaise.

La formation du jour s’inscrit dans la grande tradition des groupes islandais, à savoir un groupe choral, amateur de mélodies boisées, cuivrées et d’orchestration de cordes. Véritable fourre-tout pop-folk-disco-baroque, affranchie de tout conformisme mélodique, la musique de Hjaltalín sort des sentiers battus sans pour autant perdre son fil conducteur nommé plaisir. Faisant suite à leur remarqué premier album, « Sleepdrunk Seasons » en 2009,  les Islandais confirment tout le bien que l’on pensait d’eux sur « Terminal« , un album audacieux aux arrangements soignés, magnifiquement mis en lumière par le chassé croisé vocal de ses deux interprètes qui n’est pas sans rapeller celui des Canadiens de Stars.

Hjaltalín Suitcase Man [mp3]

Deux groupes aujourd’hui au programme mais pour une bonne et simple raison, ils sont dirigés par un seule et même homme : Sindri Már Sigfússon. D’un côté on a Seabear, le projet originel, démarré en solo puis trio et désormais composé de 6 ou 7 membres. Deux albums officiels au compteur (le  premier a été enregistré pendant la période solo) dont le dernier, « We Built a Fire« , sorti cette année. D’obédience plutôt pop-folk, la musique de Seabear se caractérise par ses atmosphères boisées. On la compare souvent à du Sufjan Stevens (pour les arrangements de cordes et cuivres notamment) ou à du Beck, pour la petite touche expérimentale. Mais c’est avec son second projet, Sin Fang (ex Sin Fang Bous), que Sindri Már Sigfússon joue à fond la carte expérimentale. Auteur l’an dernier d’un très bon premier album, « Clangour » (dont j’avais parlé ici), qui comporte pas mal de similitudes avec l’univers de Seabear, auquel vient s’ajouter de petits bidouillages électro et une touche pop-psyché.

Sin FangWe Belong [mp3]

Sin FangCatch the Light [mp3]

Dans quelques jours, je m’envolerais pour Reykjavik, la capitale islandaise. Pas la saison idéale pour visiter ce pays au climat ingrat me direz-vous. Vous avez raison vous rétorquerais-je mais j’y vais avant tout pour participer au Iceland Airwaves Festival, un festival de musique qui se tient depuis 11 ans à Reykjavik et réunit des centaines de groupes locaux et internationaux. Petit pays par la taille (103 000 km² avec un population d’un peu plus de 300 000 hab dont les 2/3 à Reykjavik), l’Islande n’en est pas moins un fabuleux réservoir de groupes en tous genres. Pour ne citer que les plus connus : Björk, Sigur Rós, Gus Gus, Múm…ça fait rêver venant d’un si petit pays.

Je compte bien faire de jolies découvertes parmi les 300 et quelques groupes au programme des 5 jours du festival officiel et je ne compte pas ceux du festival off qui a lieu en journée dans les rues de Reykjavik. Pas de Sigur Rós malheureusement au programme, Jonsi étant actuellement en tournée pour la promotion de son album solo, mais déjà une belle liste de groupes locaux à ne pas manquer. Je vais essayer de vous en présenter un ou deux par jour jusqu’à mon départ.

On commence, galanterie oblige, par les demoiselles d’Amiina que l’on a pris l’habitude de voir en backing-band de Sigur Rós depuis plusieurs années. Elles assuraient les premières parties avant de composer le quatuor à cordes de la bande à Jonsi. Le groupe s’est depuis élargi puisque deux hommes sont venus grossir les rangs. La musique d’Amiina est assez difficile à décrire, je dirais qu’elle est profondément islandaise dans l’âme, à savoir un mélange de musique classique, de rock progressif, d’ambient, la plupart du temps instrumentale. Un mélange que l’on retrouve souvent chez les natifs de l’ïle volcanique sans que j’ai la moindre explication à cela. Scie musicale, cordes et tout un tas de petites percussions bizarroïdes sont leur marque de fabrique. De la « jolie musique » comme on dit. Leur premier album, « Kurr« , est paru en 2007 et son successeur, « Puzzle« , vient de voir le jour.

Plusieurs morceaux sont en écoute sur leur page Myspace et je vous propose également In The Sun [mp3 ]un morceau issu de leur nouvel album (via The Reykjavik Grapevine). Pour finir une vidéo issue du magnifique documentaire Heima, qui suit les traces de Sigur Rós en Islande. On y voit ici les filles d’Amiina et surtout de magnifiques images de paysages islandais. Can’t wait.