La plage n’étant qu’à quelques stations de métro du site du festival, on passe l’après-midi à lézarder au soleil. Trop dure la vie de festivalier à Barcelone. La scène Pitchfork regorge aujourd’hui de groupes que j’ai envie de voir en live ou tout simplement de découvrir. Premier d’entre eux, les New-Yorkais de Crystal Stilts. Leurs influences vont du Velvet Underground à Jesus & Mary Chain et la voix de crooner de leur chanteur, Brad Hargett, fait merveille. Sur la grande scène, Natasha Khan fait son apparition avec son groupe Bat For Lashes. Vêtue de la même tenue zébrée et particulièrement seillante qu’elle arborait mardi au Bataclan, la jolie anglo-pakistanaise est accompagnée pour la tournée de son nouvel album par Charlotte Haterley (ex-guitariste au sein de Ash), Ben Christophers et Sarah Jones (également batteuse au sein de New Young Poney Club). Le son live de Bat For Lashes est de fait beaucoup plus lourd qu’auparavant, taillé pour les morceaux de « Two Suns » masi beaucoup moins pour ceux plus féériques de « Fur And Gold« . Le set est carré, honnête, malgré quelques trous d’air sur les morceaux les plus calmes, mais il manque clairement quelque chose par rapport aux concerts de la tournée précédente. Un brin de magie que Natasha Khan savait distiller sur The Wizard notamment, une ambiance new-age certes encore présente mais beaucoup plus artificielle. Le single Daniel enflamme le public pour clôturer le set mais on garde un goût d’inachevé, à l’image de leur prestation au Bataclan.

Les Vivian Girls terminent leur set sur la scène Pitchfork, mélange de shoegaze et de noisy, qui démontre un peu plus que le genre est de retour depuis quelques temps. On a l’occasion de le constater une nouvelle fois un peu plus tard avec les très attendus The Pains of Being Pure at Heart sur la même scène. Les Américains ont certes tout pompé sur les groupes anglais des 80’s mais ils le font tellement bien qu’ont leur pardonne volontiers. On est même plutôt heureux de pouvoir réentendre ce mélange de Smiths, de My Bloody Valentine et de Jesus & Mary Chain joué pied au plancher. 30 petites minutes sans temps mort entre les morceaux et un des plus beaux accueils réservés par le public tout au long de ces 3 jours. Ce set plutôt court nous laisse le temps de rejoindre la scène Ray-Ban Vice pour le retour de Jason Lytle. L’ex-barbu s‘est trouvé de nouveaux compagnons de jeu suite à la dissolution de son précédent groupe, un mélange de vieux routards et de jeunes aux dents longues (et chemises à carreaux), qui ont probablement admiré Lytle dans sa période Grandaddy. L’américain est ici pour présenter les titres de son premier album solo « Yours Truly, The Commuter« . Les fans de Grandaddy se sont déplacés nombreux en espérant pouvoir entendre quelques uns des tubes des californiens. Après une mise en bouche constituée de titres du nouvel album, dont l’excellent Ghost of my old dog, Lytle donne au public ce qu’il était venu chercher avec notamment une superbe version de Jed’s Other Poem avant de finir par Stray Dog and The Chocolate Snake. Une renaissance.

Petite pause en écoutant de loin les Throwing Muses de Kristin Hersh avant l’une des baffes de ce festival sur la scène Pitchfork : The Mae Shi. Ce combo californien est un condensé d’énergie brute à la fois rock, punk et électro, capable de faire chanter le public du festival bien après la fin d’un morceau (I Get Almost Everything I Want) ou de faire déployer au public une bâche sur lequel des membres du groupe se hissent. On quitte à regret ces hurluberlus pour la grande scène où l’ami Jarvis Cocker a élu domicile pour une heure. Comme toujours, l’ex leader de Pulp en fait des caisses, joue avec le public, ne cesse de raconter n’importe quoi entre les morceaux. C’est tantôt agaçant, tantôt amusant et au final plutôt raffraichissant. Le dandy interprète les nouveaux titres de son nouvel album (« Further Complications« ), enregistré avec Steve Albini, et notamment le single Angela, pas plus convaincant en live qu’en version studio. On lui préfère les titres tel que Don’t Let Him Waste Your Time, dans un esprit brit-pop qu’il n’aurait jamais dû quitter.

Retour sur la scène Pitchfork pour l’autre grand évènement de la nuit, la performance de Dan Deacon Ensemble. C’est donc accompagné de son collectif, aussi nombreux que déjanté, que le DJ le plus timbré de la planète avait choisi de se produire. La réputation du bonhomme et de ses shows dantesques fait que ça pousse sévère pour trouver une place. Un anglais me glisse un « That’s gonna be awesome » avant de me renverser sa bière dessus au premier mouvement de foule. Un concert de Dan Deacon va au delà de ce que l’on a l’habitude de voir, au delà du simple fait d’écouter de la musique. L’amuseur public n°1 n’hésite pas à descendre dans la foule pour improviser un dance-contest. Seul hic, faire obéir une foule aussi dense, cosmopolite et ayant abusé de substances plus ou moins licites, relève vraiment du sacerdoce. Du coup, beaucoup de blabla pour expliquer, responsabiliser le public…Dommage car quand le public obéit, c’est le délire le plus total et un océan de sourires sur les visages. L’une des meilleures ambiances du festival.

Il est déjà 2h30 lorsque Bloc Party investit la grande scène. Kele Okereke a opté pour la tenue « vacances » : short et casquette. Les Anglais font le travail en un peu plus d’une heure au cours de laquelle ils déroulent les titres déjà cultes de leur jeune carrière (Like Eating Glass, Banquet, Hunting for Witches…) et ceux plus récents du petit dernier « Intimacy » (Ares, Mercury, Signs…). Sur la scène Pitchfork, des DJ se succèdent jusqu’à l’aube pour faire danser les festivaliers encore présents sur le site.

Une année musicale ne serait pas ce qu’elle est sans quelques grosses têtes d’affiche tirant derrière elles de petits wagons indés prompts à leur prendre la place dans un avenir plus ou moins proche. Comme dans le 7ème art, les « Blockbusters » sont là pour attirer du monde et pourquoi pas les amener à s’intéresser à des choses plus « underground ». Ils sont aussi là pour que certains s’en mettent plein les fouilles, on est bien d’accord. Toujours comme au cinéma, qui dit blockbuster, ne dit pas forcément « gros navet décérébré ». Bon ok,  souvent,  je te l’accorde le jeune mais pas toujours.

Prenons au hasard l’année 2008 (ça tombe bien me direz-vous, c’est le sujet du post), quels sont les « blockbusters » annoncés qui ont fait les choux-gras de nos canards, blogs et autres webzines préférés. Difficile de ne pas parler en premier lieu du « Third » de Portishead, il faut dire que les fans l’attendaient depuis plus d’une génération (11 ans !!). Le trio de Bristol, toujours emmené par Beth Gibbons et Geoff Barrow, a donc finalement créé l’évènement en mettant de nouveau ses tripes(hop) à nues sur les 11 titres de son nouvel opus. J’avoue que contrairement aux précédents, celui-ci m’a plutôt laissé froid, hormis en de rares occasions (Machine GunThe Rip).

Absents depuis un peu moins longtemps (6 ans) mais tout aussi attendus, les Allemands de The Notwist ont également fait l’actualité avec « The Devil, You + Me », le très attendu successeur du superbe « Neon Golden ». Passé la mauvaise première impression, l’album s’est finalement révélé plutôt réussi, rehaussé par une performance live de haute volée à la Route du Rock de St Malo. C’est également par le live que les Islandais de Sigur Rós ont regagné mes faveurs après la relative déception de leur « Med sud i eyrum vid spilum endalaust ». Les Islandais explorent de nouveaux territoires et connaissant leur talent, il y à de fortes chances pour qu’ils fassent de nouveau mouche à l’avenir.

2008 aura donc sonné officiellement le glas de l’hydre texane à 2 têtes, Okkervil River/Shearwater. Jonathan Meiburg et Will Sheff, les 2 songwriters hors pair aux egos devenus trop gros pour cohabiter au sein du même groupe, se sont donc partagés leur progéniture. Okkervil River pour Sheff, Shearwater pour Meiburg. Toujours aussi prolifique, Okkervil River a sorti son 3ème album en 4 ans, recueil de chutes de « The Stage Names » sorti l’an passé. L’album regorge comme toujours de quelques pépites folk (Lost coastlines ; Starry stairs) mais dans le « duel » à distance que ce sont livrés les 2 texans, c’est bel et bien Meiburg qui gagne par 1 K et 2 O. « Rook »  est l’un de plus beaux albums de l’année, il n’y à pas grand-chose à redire à ça…même si je reste affectueusement plus attaché au précédent « Palo Santo », mon album de l’année 2006, qui m’avait fait découvrir le groupe et sa discographie.

Parmi les albums les plus attendus de l’année, « At Mount Zoomer » des géniaux Wolf Parade ne donnait pas sa part au chien, c’est bien là tout le problême. Comment ne serait ce qu’égaler un chef d’œuvre comme « Apologies to The Queen Mary » (mon album de l’année 2005), premier opus des Montréalais n’ayant pas eu la reconnaissance qu’il méritait. La réponse et simple en ce qui me concerne : impossible. Pourtant « At Mount Zoomer » ne manque pas de qualités (Language City ; Call It a Ritual ; Kissing The Beehive…) mais la déception, certes relative, fût au rendez-vous. Puisqu’on est au rayon déception, la palme revient sans hésitation au « Saturdays = Youth » de M83. Antony Gonzalez semble de moins en moins inspiré depuis le départ de Nicolas Fromageau, son compère des débuts au sein du duo antibois. Hormis en de très rares occasions (Graveyard Girl ; Kim and Jessie), le 4ème album de M83 enfonce un peu plus ce groupe dans une junk food pop qui plaît visiblement aux américains mais commence à me laisser sur ma faim.

Chouchou des médias depuis leurs débuts en 2004, les Américains de TV on The Radio ont confirmé que leur renommée était tout sauf un quelconque hasard ou de la « discrimination positive » chère à notre président. « Dear Science » est probablement l’album le plus abordable des New-Yorkais, le plus homogène aussi. Pas de titres à tomber par terre comme avait pu l’être Staring At The Sun et Wolf Like Me en leur temps mais le savoir-faire de Dave Sittek et Tunde Adebimpe atteint une fois de plus sa cible. Prolifiques parmi les prolifiques, Ben Gibbard et Chris Walla, les 2 têtes pensantes de Death Cab for Cutie, ont trouvé un moment dans leur agenda surchargé afin de donner vie à un nouveau rejeton de leur projet majeur. Plus sombre et plus introspectif que ses prédécesseurs, « Narrow Stairs » est une réponse cinglante à ceux qui avaient rangé un peu vite DCFC dans la case « pop commerciale », en témoigne le single I Will Possess Your Heart long de plus de 8 minutes, un vrai casse-tête pour les radios.

A noter également le retour de Weezer qui continue de faire varier le prisme des couleurs avec son « Red Album », l’électro-nerd « Made in the Dark » de Hotchip ou Bloc Party, annonçant à la surprise générale la sortie de leur troisième album, « Intimacy », qui plus est au format numérique, devançant le support physique de quelques semaines.

En cadeau, quelques uns des meilleurs titres de 2008 à télécharger pour ceux qui seraient passés à côté ou seraient partis habiter sur une autre planète en mp3 ou vidéo puisque le fichier archive a été deleté :

  • Wolf Parade – Language City [mp3]
  • Death Cab For Cutie – Cath (live) [vidéo]
  • Hot Chip – Ready For The Floor [mp3] [vidéo]
  • M83 – Kim and Jessie [mp3] [vidéo]
  • Okkervil River – Lost Coastlines [mp3] [vidéo]
  • Portishead – The Rip [mp3] [vidéo]
  • Shearwater – Rooks [vidéo]
  • Sigur Ros – Gobbledigook [mp3] live with Björk [vidéo]
  • The Notwist – Boneless [vidéo]
  • TV on The Radio – DLZ [mp3]
  • Weezer – Pork and Beans [mp3] [vidéo]