Inutile de m’envoyer des lettres d’insulte ou votre professeur de français des années collège, la faute d’orthographe à Numéro « Huns » est volontaire. On appelle ça un jeu de mot, « a game of word » pour les anglophones. Pourquoi un tel jeu de mot ? je vais vous le dire. Les groupes ou artistes dont il va être question sont ceux qui ont tout rasé sur leur passage (j’en vois un au fond qui a compris). Au mieux dans l’ombre, au pire quasi-inconnus, en début d’année, ils trustent les places de numéros uns de la majorité de tops 2008 qui fleurissent sur la toile. Pour le pire et pour le meilleur…

Comment évoquer l’année 2008 sans parler de MGMT ? Que l’on ait accroché ou pas à leurs délires néo-baba sous psychotropes, on doit bien avouer que ces 2 là on réussi leur entreprise de management. Annoncée dès la fin de 2007 comme la « Next Big Thing » par le magazine Rolling Stone, MGMT aura marqué de son empreinte le paysage musical et ce bien au delà du cercle pop-rock indé. Pourtant, il y aurait à redire sur cet « Oracular Spectacular », tantôt spectaculaire (en gros la première moitié de l’album), tantôt patibulaire (en gros la deuxième moitié de l’album). Que les Inrocks les aient choisi pour être leur numéro 1 de l’année ne fait que confirmer que leur classement est essentiellement bâti sur le potentiel « hype » d’un groupe. CQFD.

Autre groupe new-yorkais ayant déclenché une épidémie de hype en début d’année, j’ai nommé Vampire Weekend. Dans leur style particulier (afro-pop-punk) mais pas forcément innovant (voir Talking Head, Paul Simon…), les Vampire Weekend ont eu le mérite de remettre le funk blanc sur le devant de la scène. Si le bruit autour de ce groupe m’est apparu comme un peu exagéré, force est de reconnaître la qualité de certains de leurs titres (A Punk ; Oxford Comma ; Mansard Roof…).

On reste dans la Grosse Pomme avec Santi White a.k.a. Santogold, alchimiste pop mariant avec succès, pop, new wave, r’n’b, dub et éléctro, à la manière d’une certaine M.I.A. Gros carton pour le single L.E.S Artistes, l’un des morceaux de l’année et trajectoire fulgurante pour la new-yorkaise d’adoption. C’est également dans les rues de Brooklyn (décidément), que les 10 travaux de l’album de Hercules & Love Affair ont pris leur source. Prenez DFA, le label de James Murphy (LCD Soundsystem) et ajoutez y un DJ local (Andy Butler), quelques amis à lui et un certain Antony Hegarthy (sans ses Johnsons). Le résultat transpire la house et le disco par tous les pores, réveille l’esprit du Studio 54 et fait ressortir les talonnettes et autres cols pelle à tarte.

On quitte la ville qui ne dort jamais pour le fin fond du Wisconsin où Justin Vernon s’est isolé pendant 3 mois afin de composer le magnifique « For Emma, Forever Ago ». Chef d’œuvre folk, en tout point bouleversant, le premier album de Bon Iver sera vite apparu pour moi comme l’évident grand gagnant de 2008. Ses mélodies m’ont touché, sa voix également. Son concert à la Maroquinerie en octobre fut grandiose, un grand moment de communion avec le public, bref Bon Iver fut un Attila ne laissant que des miettes à ses poursuivants. Avec leurs barbes fleuries, leurs harmonies vocales et leur folk pastorale, les Fleet Foxes ont également marqué nos esgourdes. Que ce soit sur leur superbe EP « Sun Giant » ou sur leur album éponyme, la bande à Pecknold (Robin, de son prénom) nous a joué un folk d’un autre âge n’ayant pas pris une ride. Le numéro 1 du célèbre webzine américain Pitchfork.

Retour à New-York pour acclamer, enfin, le quatrième album de The Walkmen. « You & Me » semble enfin être en passe de pouvoir faire décoller ce groupe que j’avais découvert en 2004 avec le single The Rat. Adulés par un grand nombre de groupes indés américains, les Walkmen restaient pourtant dans l’anonymat de ce côté-ci de l’Atlantique, contrairement à ces dits groupes ne jurant que par eux. Incompréhensible, d’autant plus que le groupe ne manque pas de charisme avec son leader Hamilton Leithauser, véritable performer en live comme j’ai pu le constater lors de leur passage à la Maroquinerie en octobre dernier. Emily Jane White n’est pas new-yorkaise mais californienne. Que voulez-vous, personne n’est parfait. Elle partage pourtant un point commun avec les Walkmen puisqu’elle est signée chez l’excellent label bordelais Talitres. Elle a en effet migré très tôt vers la France où elle a fait ses premières armes, avant un retour à San Francisco afin de signer son magnifique premier album, « Dark Undercoat ». Tantôt au piano, tantôt à la guitare, les chansons d’Emily évoquent le spectre de Chan Marshall d’une époque aujourd’hui révolue. L’une des plus belles découvertes féminines du genre.

Direction la Vieille-Europe maintenant, l’Allemagne plus précisément. Ce n’est pas la première destination à laquelle on pense pour ce genre de musique (ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit) mais c’est bel et bien en son sein que l’on trouve l’auteur de l’un des plus beaux albums de l’année. Le Berlinois Konstatin Gropper a mis près de 5 ans à composer les 14 titres de son premier album sous le patronyme de Get Well Soon…mais cela valait le temps d’attendre. Mosaïque de ce qui s’est fait de mieux au cours des dernières années, « Rest Now, Weary Head » emprunte ici la mélancolie de Thom Yorke, là les cuivres de Beirut ou Kusturica, là bas les titres à rallonge de Sufjan Stevens…Lyrique, grandiose, un peu écœurant sur la durée, le premier album de Get Well Soon est assurément l’émergence d’un nouveau talent. Le talent d’Alex Turner n’est lui plus à démontrer, même si le cas du leader des Arctic Monkeys fait débat. Don’t believe the hype qu’ils disaient !! Après un rejet initial, j’étais tombé sous le charme des Arctic Monkeys et le phénomène s’est reproduit cette année avec le nouveau projet de Turner, The Last Shadow Puppets. Il aura fallu une pub pour la fête du cinéma avec un titre des Puppets en fond sonore pour me décider à redonner une chance à « The Age of The Understatement ». Composé et interprété avec Miles Kane (de The Rascals), l’album est un hommage non feint aux 60’s, une pop lyrique gorgée de cordes et de cuivres qui doit tout autant à Owen Pallet (producteur du disque) qu’à Ennio Morricone.

Pour finir, 3 groupes qui à défaut d’avoir été les plus originaux de l’année, auront eu le mérite de nous faire danser tout l’été et au delà. Le premier d’entre eux, à tous les niveaux, nous vient d’Oxford et propose un mélange d’électro-punk et de math-rock. Foals est l’un des groupes anglais les plus intéressants de l’année, ce qui tend à prouver que 1) l’année n’a pas été si géniale que ça, surtout pour les anglais et 2) je ne me souviens plus de ce que je voulais écrire donc voir 1). Bref,on entendra peut être plus jamais parler de Foals à l’avenir, ni des 2 groupes qui vont suivre (surtout des 2 groupes qui vont suivre), mais leurs tubes auront marqué ceux qui écoutent la musique avec leurs pieds. Propulsés par la pub Apple, accélérateur de buzz, les Ting Tings ont marqué l’été de l’empreinte de leurs tubes (That’s not My Name ; Shut Up and Let Me Go). Le genre de morceaux que l’on est content d’avoir sous la main pour mettre un peu d’ambiance en soirée (vous avez déjà essayé de danser sur du Bonnie Prince Billy ? c’est dur hein ?). Le propos est à peu de choses près le même pour les américains de Black Kids, quelques tubes efficaces, même si beaucoup moins bons que sur leur EP sorti l’an passé. Dans les 2 cas, un gros raz de marée médiatique qui aura tout emporté sur son passage, pas sûr qu’il en reste grand chose dans quelques mois.

En cadeau, quelques uns des meilleurs titres de 2008 en mp3 ou vidéo :

  • MGMT – Kids [vidéo]
  • Vampire Weekend – A-Punk [mp3] [vidéo]
  • Santogold – L.E.S Artistes [mp3] [vidéo]
  • Hercules & Love Affair – Blind [mp3] [vidéo]
  • The Walkmen – In The New Year [mp3] [vidéo]
  • Emily Jane White – Dagger [vidéo]
  • Bon Iver – Wolves (Act I & II) (live) [mp3] [vidéo]
  • Bon Iver – Skinny Love (live) [mp3] [vidéo]
  • Fleet Foxes – White Winter Hymnal [mp3] [vidéo]
  • The Last Shadow Puppets – The Age of The Understatement [vidéo]
  • The Last Shadow Puppets – Standing Next to Me [vidéo]
  • Get Well Soon – If This Hat is Missing… [mp3] [vidéo]
  • Foals – Red Sox Pugie (live) [mp3] [vidéo]

Je vous avais déjà dit ici même tout le bien que je pensais de Bon Iver, ce folkeux ricain ayant passé plusieurs mois dans une cabane au fin fond du Wisconsin en plein hiver pour y coucher sur sa guitare les formidables arpèges de son premier album, « For Emma, Forever Ago« . Sa venue à la Maroquinerie en ce 02 octobre était l’occasion de replonger dans les tréfonds d’un album que j’avais un peu délaissé l’été venu.

La Maroquinerie affiche complet ce soir et dés 19h30, heure prévue d’ouverture des portes, c’est une jolie file d’attente qui m’attend, preuve de la popularité naissante de Justin Vernon, l’homme qui se cache derrière le pseudo Bon Iver. Les portes s’ouvrent enfin et le public se presse pour s’installer dans la salle, pourtant petite, mais aux angles de vues parfois compliqués. La Maroquinerie est déjà bien garnie lorsque Anaïs Mitchell fait son entrée sur scène face à une assistance assise face à elle, prête à écouter religieusement les ballades folk à la guitare acoustique proposée par la jeune femme du Vermont à la voix chevrotante. Un set d’une petite demi-heure accueilli par des applaudissements nourris et pas seulement pour les jolis gambettes exhibées par la demoiselle.

La salle est maintenant remplie jusqu’à la gueule et le fait que le public soit assis complique un peu plus les choses pour les retardataires. Le public se lève enfin afin de faire un peu de place à ceux-ci. Pour qui n’a jamais été à la Maroquinerie, il faut savoir que c’est une des salles de Paris où le public est le plus proche puisque collé à la scène, laquelle se situe a à peine un mètre de hauteur. La proximité et le contact entre les artistes et le public est donc maximum et cela n’a pas échappé à Justin Vernon. Accompagné de 3 acolytes (1 guitariste au visage juvénile et 2 batteurs barbus pouvant également jouer l’un de la basse, l’autre du synthé), Justin entre en scène dans une ambiance digne d’une finale de coupe du monde de foot. Applaudisements nourris, cris aigus de la gente féminine présente en force, sifflets, on a du mal à croire que c’est à un concert de folk intimiste joué par des barbus à chemises à carreaux auquel on va assister dans quelques secondes.

Le set débute comme l’album par Flume, lente ballade folk à la guitare acoustique sur laquelle la voix de fausset de Justin fait merveille. L’intro de Lump Sum est interprétée a cappella par les 4 membres du groupe donnant à l’ensemble de faux airs de symphonie pastorale à la Fleet Foxes. La présence de ses musiciens à ses côtés magnifie, si c’était encore possible, les compositions solitaires écrites par Justin au fin fond du Wisconsin. Skinny Love en version live reste beau à en chialer, voilà quelque chose qui ne change pas..et c’est tant mieux. Justin nous propose ensuite de faire les choeurs sur The Wolves (Act I and II). Il explique que l’on doit tout d’abord répéter la phrase « What might have been lost » sur la fin du morceau, lentement puis de plus en plus fort au fur et à mesure que le morceau gagne en intensité et enfin crier à pleins poumons sur l’explosion finale. Le résultat dépasse visiblement ses espérances tant le public joue le jeu et semble heureux de pouvoir communier avec le groupe. Le concert bascule alors dans une sorte de folie douce à laquelle le public présent ce soir y est tout sauf étranger.  Après un Blindsided de toute beauté, le groupe interprète un titre inédit, Blood Bank, sur laquelle Justin délaisse la guitare pour le synthé. Beaucoup plus enlevé que les titres présents sur « For Emma, Forever Ago« , ce morceau laisse augurer du meilleur pour le second opus de Bon Iver.

Les échanges entre le public et le groupe sont nombreux entre les morceaux et tout finit toujours dans un grand éclat de rire, notamment grâce à l’attrait suscité par le juvénile guitariste, Mike, sur quelques membres de la gente féminine présentes dans le public. La reprise de Simple Man, un titre de Graham Nash, est l’occasion pour le timide Mike de se mettre encore plus en valeur auprès de ses fans puisque c’est lui qui interprète ce titre, Justin se contenant de jouer de la flûte et de faire les choeurs sur la fin du morceau. For Emma, bien qu’amputé des cuivres qui font son charme sur l’album, reste un magnifique moment de grâce folk et une superbe déclaration d’amour. C’est aussi le dernier titre du set interprété par le groupe en formation complète puisque le seul Justin interprète re:Stacks pour clôturer le set sous un tonnerre d’applaudissements. Le groupe revient, toujours sous les vivas, afin d’interpréter Creature Fear enchaîné avec Team et son final apocalyptique. De quoi tordre le cou à ceux qui pensent que le folk de Bon Iver est chiant à mourir en concert. La communion avec le public est magnifique, rarement vue en ce qui me concerne. Les yeux sont brillants, les sourires sont vissés au visage de chaque côté de la scène, c’est le concert tel qu’on le rêve à chaque fois que l’on franchit les double-portes des salles obscures. Anaïs Mitchell revient pour interpréter Lovin’s For Fools, une cover de Sarah Siskind,  a cappella avec les autres membres du groupe. Les applaudissements sont une fois de plus nourris et continuent malgré le fait qu’un titre de Feist résonne et que la lumière soit rallumée dans la salle. Le groupe nous fait alors l’honneur de revenir pour interpréter un ultime titre en précisant que c’est la première fois que cela leur arrive. L’inédit Babys clôture en délicatesse une soirée magique qui bercera longtemps les rêves des petits veinards présents à la Maroquinerie en ce 02 octobre 2008.

[Vidéo] Bon IverBlood Bank (live @ Pabst Theatre)

Photos : Oliver Peel

Aujourd’hui 7 avril 2008, il a neigé pour la première fois de l’hiver. Ah bon, on est au printemps ?? Au temps pour moi. L’hiver joue donc les divas et continue de nous enserrer de ses doigts engourdis. Cela tombe plutôt bien pour Jagjaguwar, le label de l’Indiana, puisque celui-ci s’apprête à sortir le magnifique « For Emma, Forever Ago« , premier album de Justin Vernon sous l’appelation Bon Iver. La bio précise aux anglo-saxons qu’il faut prononcer « bohn eevair », le « h » de hiver ayant été enlevé car il était aspiré. Ils sont bizarres ces Français, ils aspirent les lettres !!

Originaire d’Eau Claire dans le Wisconsin, Justin Vernon et son groupe (DeYarmond Edison) rejoignent la Caroline du Nord en 2005. Des divergences artistiques entraînent la séparation du groupe quelques mois plus tard. Vernon retourne à Eau Claire, rompt avec sa copine et tombe malade. Il décide alors de partir hiberner pendant quelques mois dans la cabane de chasse de son père au fin fond du jardin Wisconsin. Cet exil solitaire, « into the wild », au rythme de la nature (chasser pour se nourrir, scier et couper du bois pour se chauffer…), permet à Justin de faire le point sur lui-même et les 6 dernières années de son existence. Le résultat tient en 9 pépites de folk lo-fi où guitare et cuivres sentent bon le bois mouillé crépitant dans la cheminée.

« For Emma, Forever Ago« , comme son nom l’indique, est un cri d’amour. Justin Vernon y met ses tripes à nu, chante son amour perdu de sa voix haut perchée en faisant pleurer sa guitare. 9 titres pour lui dire, de façon intimiste (Skinny Love) ou plus théâtrale (For Emma), 9 titres à écouter, 9 titres à aimer, 9 titres qui font d’ores et déjà de cet album un candidat sérieux au titre d’album de l’année, malgré le fait que l’on ne soit qu’en l’hiver. Ah bon, on est au printemps ?? Au temps pour moi…

On parle de Bon Iver aussi chez Erwan.

[MP3] Bon IverSkinny Love
[Vidéo] Bon IverThe Wolves (Act I and II)

Pour écouter l’album en streaming dans son intégralité, ça se passe sur Virb.
Pour voir les vidéos du concert de Bon Iver à San Francisco, ça se passe sur la Blogothèque.