Dire que j’attendais le nouveau Foals serait un euphémisme. La bande à Yannis Philippakis nous avait scotché avec « Antidotes » leur 1er album et leurs performances live endiablées. Le premier extrait de leur nouvel album, « Total Live Forever » (sortie le10 mai), est ô combien porteur de promesses, montrant un groupe qui a semble t’il évolué sans pour autant perdre son identité.

I’m the fury in your head

I’m the fury in your bed

I’m the ghost in the back of your head

Cos’ i am

 

Inutile de m’envoyer des lettres d’insulte ou votre professeur de français des années collège, la faute d’orthographe à Numéro « Huns » est volontaire. On appelle ça un jeu de mot, « a game of word » pour les anglophones. Pourquoi un tel jeu de mot ? je vais vous le dire. Les groupes ou artistes dont il va être question sont ceux qui ont tout rasé sur leur passage (j’en vois un au fond qui a compris). Au mieux dans l’ombre, au pire quasi-inconnus, en début d’année, ils trustent les places de numéros uns de la majorité de tops 2008 qui fleurissent sur la toile. Pour le pire et pour le meilleur…

Comment évoquer l’année 2008 sans parler de MGMT ? Que l’on ait accroché ou pas à leurs délires néo-baba sous psychotropes, on doit bien avouer que ces 2 là on réussi leur entreprise de management. Annoncée dès la fin de 2007 comme la « Next Big Thing » par le magazine Rolling Stone, MGMT aura marqué de son empreinte le paysage musical et ce bien au delà du cercle pop-rock indé. Pourtant, il y aurait à redire sur cet « Oracular Spectacular », tantôt spectaculaire (en gros la première moitié de l’album), tantôt patibulaire (en gros la deuxième moitié de l’album). Que les Inrocks les aient choisi pour être leur numéro 1 de l’année ne fait que confirmer que leur classement est essentiellement bâti sur le potentiel « hype » d’un groupe. CQFD.

Autre groupe new-yorkais ayant déclenché une épidémie de hype en début d’année, j’ai nommé Vampire Weekend. Dans leur style particulier (afro-pop-punk) mais pas forcément innovant (voir Talking Head, Paul Simon…), les Vampire Weekend ont eu le mérite de remettre le funk blanc sur le devant de la scène. Si le bruit autour de ce groupe m’est apparu comme un peu exagéré, force est de reconnaître la qualité de certains de leurs titres (A Punk ; Oxford Comma ; Mansard Roof…).

On reste dans la Grosse Pomme avec Santi White a.k.a. Santogold, alchimiste pop mariant avec succès, pop, new wave, r’n’b, dub et éléctro, à la manière d’une certaine M.I.A. Gros carton pour le single L.E.S Artistes, l’un des morceaux de l’année et trajectoire fulgurante pour la new-yorkaise d’adoption. C’est également dans les rues de Brooklyn (décidément), que les 10 travaux de l’album de Hercules & Love Affair ont pris leur source. Prenez DFA, le label de James Murphy (LCD Soundsystem) et ajoutez y un DJ local (Andy Butler), quelques amis à lui et un certain Antony Hegarthy (sans ses Johnsons). Le résultat transpire la house et le disco par tous les pores, réveille l’esprit du Studio 54 et fait ressortir les talonnettes et autres cols pelle à tarte.

On quitte la ville qui ne dort jamais pour le fin fond du Wisconsin où Justin Vernon s’est isolé pendant 3 mois afin de composer le magnifique « For Emma, Forever Ago ». Chef d’œuvre folk, en tout point bouleversant, le premier album de Bon Iver sera vite apparu pour moi comme l’évident grand gagnant de 2008. Ses mélodies m’ont touché, sa voix également. Son concert à la Maroquinerie en octobre fut grandiose, un grand moment de communion avec le public, bref Bon Iver fut un Attila ne laissant que des miettes à ses poursuivants. Avec leurs barbes fleuries, leurs harmonies vocales et leur folk pastorale, les Fleet Foxes ont également marqué nos esgourdes. Que ce soit sur leur superbe EP « Sun Giant » ou sur leur album éponyme, la bande à Pecknold (Robin, de son prénom) nous a joué un folk d’un autre âge n’ayant pas pris une ride. Le numéro 1 du célèbre webzine américain Pitchfork.

Retour à New-York pour acclamer, enfin, le quatrième album de The Walkmen. « You & Me » semble enfin être en passe de pouvoir faire décoller ce groupe que j’avais découvert en 2004 avec le single The Rat. Adulés par un grand nombre de groupes indés américains, les Walkmen restaient pourtant dans l’anonymat de ce côté-ci de l’Atlantique, contrairement à ces dits groupes ne jurant que par eux. Incompréhensible, d’autant plus que le groupe ne manque pas de charisme avec son leader Hamilton Leithauser, véritable performer en live comme j’ai pu le constater lors de leur passage à la Maroquinerie en octobre dernier. Emily Jane White n’est pas new-yorkaise mais californienne. Que voulez-vous, personne n’est parfait. Elle partage pourtant un point commun avec les Walkmen puisqu’elle est signée chez l’excellent label bordelais Talitres. Elle a en effet migré très tôt vers la France où elle a fait ses premières armes, avant un retour à San Francisco afin de signer son magnifique premier album, « Dark Undercoat ». Tantôt au piano, tantôt à la guitare, les chansons d’Emily évoquent le spectre de Chan Marshall d’une époque aujourd’hui révolue. L’une des plus belles découvertes féminines du genre.

Direction la Vieille-Europe maintenant, l’Allemagne plus précisément. Ce n’est pas la première destination à laquelle on pense pour ce genre de musique (ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit) mais c’est bel et bien en son sein que l’on trouve l’auteur de l’un des plus beaux albums de l’année. Le Berlinois Konstatin Gropper a mis près de 5 ans à composer les 14 titres de son premier album sous le patronyme de Get Well Soon…mais cela valait le temps d’attendre. Mosaïque de ce qui s’est fait de mieux au cours des dernières années, « Rest Now, Weary Head » emprunte ici la mélancolie de Thom Yorke, là les cuivres de Beirut ou Kusturica, là bas les titres à rallonge de Sufjan Stevens…Lyrique, grandiose, un peu écœurant sur la durée, le premier album de Get Well Soon est assurément l’émergence d’un nouveau talent. Le talent d’Alex Turner n’est lui plus à démontrer, même si le cas du leader des Arctic Monkeys fait débat. Don’t believe the hype qu’ils disaient !! Après un rejet initial, j’étais tombé sous le charme des Arctic Monkeys et le phénomène s’est reproduit cette année avec le nouveau projet de Turner, The Last Shadow Puppets. Il aura fallu une pub pour la fête du cinéma avec un titre des Puppets en fond sonore pour me décider à redonner une chance à « The Age of The Understatement ». Composé et interprété avec Miles Kane (de The Rascals), l’album est un hommage non feint aux 60’s, une pop lyrique gorgée de cordes et de cuivres qui doit tout autant à Owen Pallet (producteur du disque) qu’à Ennio Morricone.

Pour finir, 3 groupes qui à défaut d’avoir été les plus originaux de l’année, auront eu le mérite de nous faire danser tout l’été et au delà. Le premier d’entre eux, à tous les niveaux, nous vient d’Oxford et propose un mélange d’électro-punk et de math-rock. Foals est l’un des groupes anglais les plus intéressants de l’année, ce qui tend à prouver que 1) l’année n’a pas été si géniale que ça, surtout pour les anglais et 2) je ne me souviens plus de ce que je voulais écrire donc voir 1). Bref,on entendra peut être plus jamais parler de Foals à l’avenir, ni des 2 groupes qui vont suivre (surtout des 2 groupes qui vont suivre), mais leurs tubes auront marqué ceux qui écoutent la musique avec leurs pieds. Propulsés par la pub Apple, accélérateur de buzz, les Ting Tings ont marqué l’été de l’empreinte de leurs tubes (That’s not My Name ; Shut Up and Let Me Go). Le genre de morceaux que l’on est content d’avoir sous la main pour mettre un peu d’ambiance en soirée (vous avez déjà essayé de danser sur du Bonnie Prince Billy ? c’est dur hein ?). Le propos est à peu de choses près le même pour les américains de Black Kids, quelques tubes efficaces, même si beaucoup moins bons que sur leur EP sorti l’an passé. Dans les 2 cas, un gros raz de marée médiatique qui aura tout emporté sur son passage, pas sûr qu’il en reste grand chose dans quelques mois.

En cadeau, quelques uns des meilleurs titres de 2008 en mp3 ou vidéo :

  • MGMT – Kids [vidéo]
  • Vampire Weekend – A-Punk [mp3] [vidéo]
  • Santogold – L.E.S Artistes [mp3] [vidéo]
  • Hercules & Love Affair – Blind [mp3] [vidéo]
  • The Walkmen – In The New Year [mp3] [vidéo]
  • Emily Jane White – Dagger [vidéo]
  • Bon Iver – Wolves (Act I & II) (live) [mp3] [vidéo]
  • Bon Iver – Skinny Love (live) [mp3] [vidéo]
  • Fleet Foxes – White Winter Hymnal [mp3] [vidéo]
  • The Last Shadow Puppets – The Age of The Understatement [vidéo]
  • The Last Shadow Puppets – Standing Next to Me [vidéo]
  • Get Well Soon – If This Hat is Missing… [mp3] [vidéo]
  • Foals – Red Sox Pugie (live) [mp3] [vidéo]

Si vous voulez sauver ce blog tapez 1, sinon…ben sinon faites votre vie hein !!!

Bon allez je vais vous épargner ce choix cornélien et je reviens aux affaires avec le compte-rendu de l’édition 2008 de la Route du Rock, que je promets moins houblonné que celui de l’an passé.

Le duo train/camping a été remplacé par le BMW/Hôtel, autrement plus agréable. Oui je me suis embourgeoisé. La météo capricieuse et le ciel qui prévoyait de s’abattre sur nos têtes de festivaliers le samedi avaient eu raison de mes dernières résistances. La veille du festival, on a donc certainement récupéré la dernière chambre d’hôtel encore libre à St Malo car oui pour ceux qui en douteraient, la cité corsaire attire les foules au mois d’août et pas seulement pour son festival rock.

Les trombes d’eau qui s’abattent sur nous lors du trajet en voiture ne font qu’aggraver notre pessimisme météorologique. C’est finalement sous un franc soleil que nous arrivons à destination, prenons nos quartiers à l’hôtel et repartons vers le site du fort de Saint-Père pour la 1ère soirée de la Route du Rock version 2008.

Après avoir récupéré les accréditations Indiepoprock, on entre sur le site qui n’a pas changé depuis l’an dernier. Les stands de galette-saucisse sont toujours là, l’espace labels et fanzines également, tout comme le bar VIP. Le temps de faire le tour du site et déjà le premier groupe a fait son entrée sur scène. Les War On Drugs sont américains, plus ou moins inconnus en France et ce n’est pas près de s’arranger après leur prestation devant une audience plus que clairsemée. J’avoue avoir écouté leur set d’assez loin, ça avait l’air pas mal…Cette soirée du jeudi est celle qui nous intéresse le moins à vrai dire. On file au bar VIP pour prendre l’apéro après le set des Américains et c’est finalement de là bas que l’on assiste au concert de The Dø, sur l’écran géant prévu à cet effet. J’ai un peu de mal avec le duo franco-finlandais sur disque mais en concert ça passe beaucoup mieux et pas seulement pour le jolis minois d’Olivia.

Les choses sérieuses commencent pour nous avec l’arrivée vers 22h des Tindersticks. Je n’ai jamais vraiment fait l’effort de m’intéresser à la discographie des Anglais mais l’occasion est belle de rattraper cette lacune. Le moins que l’on puisse dire c’est que les dandys ont la classe, Stuart Staples, leur leader, en tête. Son chant me fait penser à un mélange de Matt Berninger (The National) et d’Antony Hegarty (Antony and the Johnsons). Les cuivres et cordes qui accompagnent le groupe magnifient les compositions sombres et torturées de Staples. Belle découverte pour ma part même si le cadre d’un festival en plein air n’est peut être pas le plus approprié pour apprécier la musique plutôt mélancolique des Anglais.

On reste plus ou moins dans la même tranche d’âge avec le groupe suivant, j’ai nommé les Breeders. Pour les avoir vu il y a peu avec Gino à la Cigale, je sais à quoi m’attendre avec les sœurs Deal. Des titres de 2-3 minutes chrono, un jeu de scène à minima, des sœurs Deal qui arrêtent pas de papoter entre les morceaux (surtout Kim), un backing band transparent et des titres entrés dans la légende que l’on prend toujours autant plaisir à entendre. Peu de surprises donc mais un concert sympa malgré la pluie qui fait une apparition heureusement fugace. Il est un peu plus d’1h20 du matin quand les Cold War Kids entrent en scène. La fatigue commence un peu à se faire sentir et la pluie a plus que rafraichit l’atmosphère. Je regarde le début du concert dans les premiers rangs avant de rejoindre mes camarades au bar. Les Américains sont toujours aussi impressionnants en live même si je ne raffole pas de leur blues rock fiévreux hormis 2-3 singles. Le dernier groupe prévu au programme de cette première soirée promet heureusement de réchauffer nos pieds et réveiller nos esprits endormis. Il est presque 3h du mat’ quand les Foals débarquent avec les titres de leur bien nommé premier album, « Antidotes« . Les poulains d’Oxford sont réputés pour leurs prestations scéniques énergiques et le public encore présent ne demande qu’à s’enflammer après une soirée plutôt mollassonne. Malgré le fait que Yannis Philippakis et sa bande soient faits comme des Mickeys (comprenez bourrés comme des coings), on prend pas mal de plaisir sur les Cassius ; Olympic Airways ; Two Steps, Twice et autres Heavy Water. On regrettera une interprétation un peu en dedans de la bombe Hummer mais dans l’ensemble le set des Anglais fut vivifiant et nous fit oublier la fatigue. Il est presque 4h du mat’, l’heure de regagner notre chambre d’hôtel que je n’échangerais pour rien au monde avec une place au camping vu le froid régnant sur le fort de Saint-Père.

Vous-ai je dit que je m’étais embourgeoisé ?