Imaginez que le cadeau que vous avez amoureusement offert à votre dulcinée pour la St Valentin se retrouve offert en pâture à toute la toile. Cauchemar ? Plutôt rêve éveillé pour Michael Angelakos, le leader de Passion Pit, qui a connu pareille « mésaventure » lorsque les 6 titres qu’il avait composé pour sa copine se sont retrouvés peu après en train de tourner sur le net. Repérés par quelques oreilles attentives, ils ont permis au groupe de Boston d’enregistrer leur premier EP. Vous avez dit conte de fée ?

Bien que composés en l’honneur de sa douce, les 6 titres de cet EP n’ont rien à voir avec du pathos amoureux façon Roch Voisine. Musicalement on est ici plus proches des travaux de The Postal Service pour le côté electronica et MGMT pour le côté psyché-branchouille. Porté par un Sleepy Head addictif comme un tube de saison, « Chunk of Change » est un petit concentré de bonne humeur avec ses handclaps, ses synthés aquatiques, ses blips blips et ses voix à l’hélium qui donnent envie de danser toute la nuit autour d’un feu en tenue d’Adam. Vous pourrez pas dire qu’on vous a pas prévenu.

Alors que les « nouveaux MGMT » fleurissent toutes les semaines aux 4 coins du globe si l’on en croit les bios officielles distibuées par les labels, c’est peut être bien de Boston que pourrait nous venir la belle surprise de l’année. Réponse attendue au mois de mai pour la sortie de « Manners« , leur premier album.

Passion Pit on Myspace.

Inutile de m’envoyer des lettres d’insulte ou votre professeur de français des années collège, la faute d’orthographe à Numéro « Huns » est volontaire. On appelle ça un jeu de mot, « a game of word » pour les anglophones. Pourquoi un tel jeu de mot ? je vais vous le dire. Les groupes ou artistes dont il va être question sont ceux qui ont tout rasé sur leur passage (j’en vois un au fond qui a compris). Au mieux dans l’ombre, au pire quasi-inconnus, en début d’année, ils trustent les places de numéros uns de la majorité de tops 2008 qui fleurissent sur la toile. Pour le pire et pour le meilleur…

Comment évoquer l’année 2008 sans parler de MGMT ? Que l’on ait accroché ou pas à leurs délires néo-baba sous psychotropes, on doit bien avouer que ces 2 là on réussi leur entreprise de management. Annoncée dès la fin de 2007 comme la « Next Big Thing » par le magazine Rolling Stone, MGMT aura marqué de son empreinte le paysage musical et ce bien au delà du cercle pop-rock indé. Pourtant, il y aurait à redire sur cet « Oracular Spectacular », tantôt spectaculaire (en gros la première moitié de l’album), tantôt patibulaire (en gros la deuxième moitié de l’album). Que les Inrocks les aient choisi pour être leur numéro 1 de l’année ne fait que confirmer que leur classement est essentiellement bâti sur le potentiel « hype » d’un groupe. CQFD.

Autre groupe new-yorkais ayant déclenché une épidémie de hype en début d’année, j’ai nommé Vampire Weekend. Dans leur style particulier (afro-pop-punk) mais pas forcément innovant (voir Talking Head, Paul Simon…), les Vampire Weekend ont eu le mérite de remettre le funk blanc sur le devant de la scène. Si le bruit autour de ce groupe m’est apparu comme un peu exagéré, force est de reconnaître la qualité de certains de leurs titres (A Punk ; Oxford Comma ; Mansard Roof…).

On reste dans la Grosse Pomme avec Santi White a.k.a. Santogold, alchimiste pop mariant avec succès, pop, new wave, r’n’b, dub et éléctro, à la manière d’une certaine M.I.A. Gros carton pour le single L.E.S Artistes, l’un des morceaux de l’année et trajectoire fulgurante pour la new-yorkaise d’adoption. C’est également dans les rues de Brooklyn (décidément), que les 10 travaux de l’album de Hercules & Love Affair ont pris leur source. Prenez DFA, le label de James Murphy (LCD Soundsystem) et ajoutez y un DJ local (Andy Butler), quelques amis à lui et un certain Antony Hegarthy (sans ses Johnsons). Le résultat transpire la house et le disco par tous les pores, réveille l’esprit du Studio 54 et fait ressortir les talonnettes et autres cols pelle à tarte.

On quitte la ville qui ne dort jamais pour le fin fond du Wisconsin où Justin Vernon s’est isolé pendant 3 mois afin de composer le magnifique « For Emma, Forever Ago ». Chef d’œuvre folk, en tout point bouleversant, le premier album de Bon Iver sera vite apparu pour moi comme l’évident grand gagnant de 2008. Ses mélodies m’ont touché, sa voix également. Son concert à la Maroquinerie en octobre fut grandiose, un grand moment de communion avec le public, bref Bon Iver fut un Attila ne laissant que des miettes à ses poursuivants. Avec leurs barbes fleuries, leurs harmonies vocales et leur folk pastorale, les Fleet Foxes ont également marqué nos esgourdes. Que ce soit sur leur superbe EP « Sun Giant » ou sur leur album éponyme, la bande à Pecknold (Robin, de son prénom) nous a joué un folk d’un autre âge n’ayant pas pris une ride. Le numéro 1 du célèbre webzine américain Pitchfork.

Retour à New-York pour acclamer, enfin, le quatrième album de The Walkmen. « You & Me » semble enfin être en passe de pouvoir faire décoller ce groupe que j’avais découvert en 2004 avec le single The Rat. Adulés par un grand nombre de groupes indés américains, les Walkmen restaient pourtant dans l’anonymat de ce côté-ci de l’Atlantique, contrairement à ces dits groupes ne jurant que par eux. Incompréhensible, d’autant plus que le groupe ne manque pas de charisme avec son leader Hamilton Leithauser, véritable performer en live comme j’ai pu le constater lors de leur passage à la Maroquinerie en octobre dernier. Emily Jane White n’est pas new-yorkaise mais californienne. Que voulez-vous, personne n’est parfait. Elle partage pourtant un point commun avec les Walkmen puisqu’elle est signée chez l’excellent label bordelais Talitres. Elle a en effet migré très tôt vers la France où elle a fait ses premières armes, avant un retour à San Francisco afin de signer son magnifique premier album, « Dark Undercoat ». Tantôt au piano, tantôt à la guitare, les chansons d’Emily évoquent le spectre de Chan Marshall d’une époque aujourd’hui révolue. L’une des plus belles découvertes féminines du genre.

Direction la Vieille-Europe maintenant, l’Allemagne plus précisément. Ce n’est pas la première destination à laquelle on pense pour ce genre de musique (ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit) mais c’est bel et bien en son sein que l’on trouve l’auteur de l’un des plus beaux albums de l’année. Le Berlinois Konstatin Gropper a mis près de 5 ans à composer les 14 titres de son premier album sous le patronyme de Get Well Soon…mais cela valait le temps d’attendre. Mosaïque de ce qui s’est fait de mieux au cours des dernières années, « Rest Now, Weary Head » emprunte ici la mélancolie de Thom Yorke, là les cuivres de Beirut ou Kusturica, là bas les titres à rallonge de Sufjan Stevens…Lyrique, grandiose, un peu écœurant sur la durée, le premier album de Get Well Soon est assurément l’émergence d’un nouveau talent. Le talent d’Alex Turner n’est lui plus à démontrer, même si le cas du leader des Arctic Monkeys fait débat. Don’t believe the hype qu’ils disaient !! Après un rejet initial, j’étais tombé sous le charme des Arctic Monkeys et le phénomène s’est reproduit cette année avec le nouveau projet de Turner, The Last Shadow Puppets. Il aura fallu une pub pour la fête du cinéma avec un titre des Puppets en fond sonore pour me décider à redonner une chance à « The Age of The Understatement ». Composé et interprété avec Miles Kane (de The Rascals), l’album est un hommage non feint aux 60’s, une pop lyrique gorgée de cordes et de cuivres qui doit tout autant à Owen Pallet (producteur du disque) qu’à Ennio Morricone.

Pour finir, 3 groupes qui à défaut d’avoir été les plus originaux de l’année, auront eu le mérite de nous faire danser tout l’été et au delà. Le premier d’entre eux, à tous les niveaux, nous vient d’Oxford et propose un mélange d’électro-punk et de math-rock. Foals est l’un des groupes anglais les plus intéressants de l’année, ce qui tend à prouver que 1) l’année n’a pas été si géniale que ça, surtout pour les anglais et 2) je ne me souviens plus de ce que je voulais écrire donc voir 1). Bref,on entendra peut être plus jamais parler de Foals à l’avenir, ni des 2 groupes qui vont suivre (surtout des 2 groupes qui vont suivre), mais leurs tubes auront marqué ceux qui écoutent la musique avec leurs pieds. Propulsés par la pub Apple, accélérateur de buzz, les Ting Tings ont marqué l’été de l’empreinte de leurs tubes (That’s not My Name ; Shut Up and Let Me Go). Le genre de morceaux que l’on est content d’avoir sous la main pour mettre un peu d’ambiance en soirée (vous avez déjà essayé de danser sur du Bonnie Prince Billy ? c’est dur hein ?). Le propos est à peu de choses près le même pour les américains de Black Kids, quelques tubes efficaces, même si beaucoup moins bons que sur leur EP sorti l’an passé. Dans les 2 cas, un gros raz de marée médiatique qui aura tout emporté sur son passage, pas sûr qu’il en reste grand chose dans quelques mois.

En cadeau, quelques uns des meilleurs titres de 2008 en mp3 ou vidéo :

  • MGMT – Kids [vidéo]
  • Vampire Weekend – A-Punk [mp3] [vidéo]
  • Santogold – L.E.S Artistes [mp3] [vidéo]
  • Hercules & Love Affair – Blind [mp3] [vidéo]
  • The Walkmen – In The New Year [mp3] [vidéo]
  • Emily Jane White – Dagger [vidéo]
  • Bon Iver – Wolves (Act I & II) (live) [mp3] [vidéo]
  • Bon Iver – Skinny Love (live) [mp3] [vidéo]
  • Fleet Foxes – White Winter Hymnal [mp3] [vidéo]
  • The Last Shadow Puppets – The Age of The Understatement [vidéo]
  • The Last Shadow Puppets – Standing Next to Me [vidéo]
  • Get Well Soon – If This Hat is Missing… [mp3] [vidéo]
  • Foals – Red Sox Pugie (live) [mp3] [vidéo]

Rolling Stone a eu le nez fin. Non, il n’est pas ici question des grabataires du rock récemment mis en boîte par Martin Scorsese, cela fait bien longtemps que ceux là ne sentent plus rien, hormis peut être le renfermé…En novembre 2007, le magazine américain qui a emprunté son nom à qui vous savez, annonçait que 2008 serait l’année de MGMT ou ne serait pas. Et bien vu le buzz généré par le duo sur la toile et ailleurs (même TF1 s’y est mis), on peut dire que Rolling Stone ne s’est pas trompé.

MGMT (prononcez Management), c’est avant tout l’histoire d’un duo aux noms improbables. Andrew VanWyngarden et Ben Goldwasser, étudiants dans le Conneticut, se découvrent une passion commune pour la musique et les sons hypnotiques, le paganisme et tout ce qui est un peu mystique. Les deux universitaires se produisent rapidement sur leur campus lors de shows conceptuels : ils écrivent un nouveau morceau à chaque concert et ne joue que celui-ci !! Le succès est immédiat, au point qu’un groupe de fans de New-York fonde le label Cantora Records, uniquement dans le but de sortir leur EP « Time To Pretend« . Columbia flaire le bon coup, signe le duo et lui adjoint ni plus ni moins que Dave Fridmann (Mercury Rev, The Flaming Lips) à la production.

Ce dernier va s’atteler à modeler le son du duo, le rendre plus planant à grands coups de nappes de synthés atmosphériques et de reverbe. Le résultat se nomme Time To Pretend ou Kids, deux titres présents dans des versions beaucoup plus « soft » sur l’excellent premier EP du duo. « Oracular Spectacular » est donc une ballade pop sous psychotropes (Of Moons, Birds and Monster), une hallucination collective un brin mystique (voir les clips de Time To Pretend et Electric Feel), du Bowie fricotant avec les Bee Gees (Weekend Wars, The Youth) et deux derniers titres insipides. On trouvera toujours des grincheux pour nous dire que c’est beaucoup de bruit pour pas grand chose, que l’on n’entendra plus parler de ce groupe dans moins d’un an, que danser autour d’un feu sur la plage c’est total ringard, même sur Koh Lanta…Certes, mais en attendant, si l’on fait abstraction de tout le tapage autour de ce groupe et de l’imagerie néo-baba-tralala, il reste un excellent album (quoique inégal) qui a déjà marqué de son empreinte l’année 2008. Survivra t’il à l’épreuve du temps, il est encore trop tôt pour le dire…

[Vidéo] MGMTTime To Pretend

[Vidéo] MGMT – Electric Feel

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MGMT on Myspace.