Ce n’était pas forcément voulu mais c’est finalement plutôt logique de terminer mon tour d’horizon de l’année 2008 en…2009. Au passage, bonne année à tous ceux à qui je ne l’ai pas encore souhaité (ça c’est fait). Derrière les groupes ayant monopolisé l’attention des médias, parfois très loin derrière, arrivent les sans-grade, ceux qu’il fallait découvrir en 2008. CQFD. Catégorie volontairement un peu fourre-tout (sinon je vous faisais des posts sur l’année 2008 jusqu’à la fin 2009, surtout au rythme auquel je les écrits), elle va de la vrai découverte (The Dodos, Metronomy…) à la confirmation de talents déjà connus (Syd Matters, British Sea Power…).

Parmi les plus chevronnés de la catégorie des CQFD, honneur à notre Syd Matters national dont j’ai maintes fois évoqué le talent ici (ses 2 premiers albums figuraient dans mes tops 2004 et 2005). Pourquoi parler de Syd Matters ici alors ? Déjà car c’est un clin d’oeil au concours du même nom (CQFD), organisé par les Inrocks, dont Syd Matters fut le premier vainqueur en 2004. Ensuite car son troisième album, « Ghost Days« , sorti en tout tout début d’année, a sombré dans l’oubli avant que l’on soit sorti de l’hiver. On a souvent tendance (moi le premier), à oublier les albums du début de l’année, que bien souvent on a commencé à écouter en fin d’année précédente (ah oui ? mais coment c’est possible ?). C’est également de cas pour les anglais de British Sea Power, dont le troisième album « Do You Like Rock Music ? » a fait les beaux jours de mes esgourdes en janvier dernier. Plus rock que le décevant « Open Season », le nouvel opus des BSP a redonné un peu de crédit à des Britanniques proches de la banqueroute. Au rayon confidentiel, Yoni Wolf et sa bande du label Anticon ont leur mot à dire. « Alopecia« , troisième album de Wolf au sein de son groupe Why? n’a pas eu la reconnaissance qu’il méritait pourtant. Adeptes d’un « hip-hop abstrait », moitié folk, moitié hip-hop, moitié électro (oui je sais, ça fait 3 moitiés mais les maths ont jamais été mon fort, comme Nelson), les Californiens ne courent pas après le succès et il le leur rend bien. Dommage. Toujours au rayon hip-hop, un rayon que je connais très mal je le concède, le talent de sampleur fou de Gregg Gillis a fait des merveilles sur le nouvel album de Girl Talk (« Feed The Animals« ). Dans une veine proche de Belges de 2 Many DJ’s, Gillis pousse l’exercice dans ses derniers retranchements en mixant près de 25 morceaux en un seul. Le résultat est bluffant et particulièrement efficace.

Dans la catégorie CQFD, petit tour d’horizon rapide par continent de ce qu’il fallait découvrir en 2008. Rassurez-vous, il y à une séance de rattrapage en 2009. Outre-Atlantique pour commencer, à force de persévérance et sur les conseils avisés de Cécile, j’ai aimé le folk de Department of Eagles, celui de The Dodos également et surtout celui d‘Eddie « Pearl Jam » Vedder sur la BO du magnifique film de Sean Penn, « Into The Wild« . J’ai aimé également le retour de Swell, avec le seul David Freel aux commandes, le duo Gregg Dulli/Mark Lanegan au sein de The Gutter Twins, la country-folk mélancolique de Sera Cahoone, les mélodies de Grand Archives et Headlights, les arrangements de Cloud Cult, la power-pop des Canadiens de Born Ruffians, le post-rock instrumental de Unwed Sailor ou le revival italo-disco de Chromatics et Glass Candy. J’ai aimé également les duos, électroclash pour les canadiens de Crystal Castles, pop évanescente pour les franco-américains de Baltimore Beach House, pop naïve pour le couple à la ville comme a la scène Mates of State ou noisy lo-fi pour les Californiens de No Age. J’ai particulièrement aimé le nouvel album de Deerhunter, combo d’Atlanta que je ne connaissais jusqu’à présent que de nom, qui jouit d’une belle aura auprès du public indé américain (à l’instar de Deerhof et Xiu Xiu) mais qui reste plutôt confidentiel de ce côté ci de l’Atlantique. Coupables d’un double album qui mélange noisy, ambient, shoegaze, post-punk…, « Microcastles/Weird Era Cont » a pour seul défaut sa sortie un peu tardive en cette fin d’année afin de figurer plus haut dans mon classement.

Outre-Manche, la sélection va être beaucoup plus rapide, un peu à cause du manque de qualité de la production britannique depuis quelques années, un peu du fait que je me retrouve moins dans ce qui sort des usines à tubes de sa gracieuse majesté. Dans un ordre plus ou moins chronologique, j’ai aimé le premier album de l’ex-Catchers Dale Grundle au sein de son nouveau projet folk, The Sleeping Years, j’ai apprécié le post-punk des jeunôts These New Puritans (par contre en live c’est une horreur), le folk de The Accidental, Noah and the Whale ou encore Dark Captain Light Captain, la power-pop de Pete & The Pirates et enfin l’électro-rock de Metronomy et Friendly Fires. J’ai particulièrement aimé le nouvel album des Ecossais de Frightened Rabbit, que je ne connaissais pas auparavant et qui malgré ses airs de power-pop mainstream regorge de bons morceaux.

Ce n’est pas un secret pour toi si tu fréquentes ce blog depuis quelque temps, les artistes français ont trés peu voix au chapitre parmi ces pages. C’est dommage ? peut être, c’est surtout pas ma tasse de thé la plupart du temps sur un plan musical alors quand en plus ils chantent dans la langue de Molière…Hormis Syd Matters, cité plus haut, j’ai bien aimé l’album des filles de Hopper (RIP), le post-punk de Poni Hoax, le folk de The Delano Orchestra et d’Orouni ou la découverte de Mangrove. Dans un périmètre plus large hors de nos frontières, j’ai aimé l’électro-pop belge de Styrofoam, le post-rock au féminin des Suédoises d’Audrey, les sucreries pop de l’Islandaise Emiliana Torrini ou des Danois d’Efterklang, bien que leur album soit sorti en 2007. Toujours plus loin de chez nous, mention spéciale aux Philippins de Moscow Olympics pour l’exotisme et pour le mélange post-punk/shoegaze de leur premier album « Cut The World« .

En cadeau, quelques uns des meilleurs titres de 2008 en mp3 ou vidéo :

  • British Sea Power – Remember Me [vidéo]
  • Why? -Song of The Sad Assassin [vidéo]
  • Girl Talk – In Step [mp3] [vidéo]
  • Department of Eagles – No One Does it Like You [mp3]
  • The Dodos – Red and Purple [mp3]
  • Chromatics – Running up That Hill (Kate Bush cover) [mp3]
  • Cloud Cult – Everybody Here is a Cloud [vidéo]
  • Crystal Castles – Untrust Us [mp3]
  • Unwed Sailor – The Garden [mp3]
  • Beach House – Gila [mp3] [vidéo]
  • No Age – Eraser [vidéo]
  • Deerhunter – Nothing Ever Happened [mp3]
  • These New Puritans – Elvis [mp3] [vidéo]
  • Noah and The Whale – Shape of my Heart [mp3]
  • Metronomy – Heartbreaker [mp3] [vidéo]
  • Poni Hoax – Antibodies [vidéo]

On nous promettait l’enfer sur terre, des trombes d’eau devaient s’abattre sur nos têtes de festivaliers durant toute la journée. C’était la raison principale de mon embourgeoisement (voir posts précédents). Le camping c’est sympa mais si c’est pour rester toute la journée à 2 dans une tente une place avec les odeurs de chaussettes sales et la pluie qui tombe sans discontinuer sur la tête, trés peu pour moi. Finalement la météo s’est trompé dans les grandes largeurs. Etonnant non ? non, vous avez raison. Il a fait pas trop moche toute la journée, un vrai temps breton donc pas beaucoup de soleil et un thermomètre qui flirtait avec les 15°C mais pas une goutte de pluie. On en profite pour visiter le grand Bé ou est enterré Chateaubriand et qui ne se visite qu’à marée basse. On quitte l’îlot alors que la marée menace de recouvrir le chemin y conduisant.

Un bonheur n’arrivant jamais seul, après les performances enthousiasmantes la veille de Sigur Rós et The Notwist, la journée débute par l’annonce de la reconduction du festival version hiver et été. La pérennité de la Route du Rock est assurée au moins pour une année supplémentaire grâce aux 16000 spectateurs sur 3 jours et aux efforts conjoints des salariés et bénévoles du festival ainsi que des artistes qui ont accepté de baisser leurs cachets. Merci à eux.

C’est au trio de Portland, Menomena, qu’incombe la tâche de lancer la dernière soirée de cette 18ème édition de la Route du Rock. C’est peu de dire que les Américains prennent leur rôle à coeur. Sous les yeux d’un public encore peu nombreux mais enthousiaste, les Menomena délivrent un set plein d’intensité. Leurs mélodies pleines de chausses-trappes, de contrepieds et autres fausses pistes, prennent le Fort de Saint-Père et ses habitants d’assaut. Mention particulière à Danny Seim, le batteur-percussionniste aux pieds nus, dont la vie semble toujours tenir au fil de son rythme de batterie.

Les Nantais de French Cowboy sont un peu les régionaux de l’étape. Les ex-Little Rabits, débarrassés de leur costume de backing band de Katerine, ont endossé celui plus poussiéreux de cowboys bretons. C’est pourtant du côté de l’Ouest de l’oncle Sam que Federico Pellegrini et sa bande puisent leur inspiration. Folk, blues, country, le répertoire des French Cowboy jongle habilement avec tout ça, y ajoutant une pointe d’humour franchouillarde. Sur une reprise du Back to Black d’Amy Winehouse, Federico fait monter sur scène, une puis deux fans des Girls in Hawaii, avant de leur chanter un slow à genoux et de décrocher une belle acclamation de la part d’un public conquis.

Les fans de Girls in Hawaii n’ont pas longtemps à attendre pour voir leurs favoris monter sur scène. Les Belges sont particulièrement heureux d’être à Saint-Malo et tiennent à le faire savoir. Si sur la forme il n’y a pas grand chose à reprocher à leur set très carré, très pro, je reste plus dubitatif sur le fond qui les voit alterner les titres les plus rythmés de leur répertoire (mélange de Grandaddy et de Nada Surf) et les ballades mélancoliques un peu mièvres. Si les montagnes russes à la sauce wallonne ne me reste pas sur le coeur, je décroche par intermittence lors des passages plus calmes pour raccrocher les wagons lors des morceaux plus bruyants.

La deuxième partie de soirée promet enfin de faire bouger nos corps fatigués par ces 3 soirées de concerts. Cela commence vers 23h30 avec l’un des buzz de ces derniers mois, le duo Katie White/Jules de Martino a.k.a The Ting Tings. Leur premier album est à prendre pour ce qu’il est, une collection de tubes catchy qui donnent envie de danser en reprenant les refrains à tue tête. Les Shut Up and Let Me Go, That’s not My Name, We Walk et autres Great DJ fonctionnent à merveille en live grâce à l’énergie déployée par le duo de Salford, à commencer par une Kathie White aussi bondissante que ravissante. J’ai par contre de sérieux doutes sur ses talents de guitariste…mais peu importe, on a transpiré malgré les 12-13°C régnant dans le Fort et c’est bien là l’essentiel.

Je ne connaissais que de nom le groupe suivant, les Français de Poni Hoax, adeptes d’un post-punk de bonne facture. D’entrée je suis séduit par les titres interprétés par les Parisiens malgré des problêmes techniques qui font sortir leur batteur de ses gonds. She’s On The Radio et Antibodies sont les titres qui retiennent le plus mon attention. Une vraie bonne surprise.

Direction les Antipodes pour clôturer cette Route du Rock avec l’électro vintage des Midnight Juggernauts qui doit tout ou presque à Girogio Moroder et à la French Touch (de Daft Punk à Air en passant par Justice). On se laisse facilement embarquer dans ce voyage interstellaire rythmé par les voix vocodérisées des Aussies.

Il est plus de 3h du matin quand le rideau est tiré sur l’édition 2008 de la Route du Rock. La fête des bénévoles peut débuter au bar VIP… A l’année prochaine, maybe.