On nous promettait l’enfer sur terre, des trombes d’eau devaient s’abattre sur nos têtes de festivaliers durant toute la journée. C’était la raison principale de mon embourgeoisement (voir posts précédents). Le camping c’est sympa mais si c’est pour rester toute la journée à 2 dans une tente une place avec les odeurs de chaussettes sales et la pluie qui tombe sans discontinuer sur la tête, trés peu pour moi. Finalement la météo s’est trompé dans les grandes largeurs. Etonnant non ? non, vous avez raison. Il a fait pas trop moche toute la journée, un vrai temps breton donc pas beaucoup de soleil et un thermomètre qui flirtait avec les 15°C mais pas une goutte de pluie. On en profite pour visiter le grand Bé ou est enterré Chateaubriand et qui ne se visite qu’à marée basse. On quitte l’îlot alors que la marée menace de recouvrir le chemin y conduisant.

Un bonheur n’arrivant jamais seul, après les performances enthousiasmantes la veille de Sigur Rós et The Notwist, la journée débute par l’annonce de la reconduction du festival version hiver et été. La pérennité de la Route du Rock est assurée au moins pour une année supplémentaire grâce aux 16000 spectateurs sur 3 jours et aux efforts conjoints des salariés et bénévoles du festival ainsi que des artistes qui ont accepté de baisser leurs cachets. Merci à eux.

C’est au trio de Portland, Menomena, qu’incombe la tâche de lancer la dernière soirée de cette 18ème édition de la Route du Rock. C’est peu de dire que les Américains prennent leur rôle à coeur. Sous les yeux d’un public encore peu nombreux mais enthousiaste, les Menomena délivrent un set plein d’intensité. Leurs mélodies pleines de chausses-trappes, de contrepieds et autres fausses pistes, prennent le Fort de Saint-Père et ses habitants d’assaut. Mention particulière à Danny Seim, le batteur-percussionniste aux pieds nus, dont la vie semble toujours tenir au fil de son rythme de batterie.

Les Nantais de French Cowboy sont un peu les régionaux de l’étape. Les ex-Little Rabits, débarrassés de leur costume de backing band de Katerine, ont endossé celui plus poussiéreux de cowboys bretons. C’est pourtant du côté de l’Ouest de l’oncle Sam que Federico Pellegrini et sa bande puisent leur inspiration. Folk, blues, country, le répertoire des French Cowboy jongle habilement avec tout ça, y ajoutant une pointe d’humour franchouillarde. Sur une reprise du Back to Black d’Amy Winehouse, Federico fait monter sur scène, une puis deux fans des Girls in Hawaii, avant de leur chanter un slow à genoux et de décrocher une belle acclamation de la part d’un public conquis.

Les fans de Girls in Hawaii n’ont pas longtemps à attendre pour voir leurs favoris monter sur scène. Les Belges sont particulièrement heureux d’être à Saint-Malo et tiennent à le faire savoir. Si sur la forme il n’y a pas grand chose à reprocher à leur set très carré, très pro, je reste plus dubitatif sur le fond qui les voit alterner les titres les plus rythmés de leur répertoire (mélange de Grandaddy et de Nada Surf) et les ballades mélancoliques un peu mièvres. Si les montagnes russes à la sauce wallonne ne me reste pas sur le coeur, je décroche par intermittence lors des passages plus calmes pour raccrocher les wagons lors des morceaux plus bruyants.

La deuxième partie de soirée promet enfin de faire bouger nos corps fatigués par ces 3 soirées de concerts. Cela commence vers 23h30 avec l’un des buzz de ces derniers mois, le duo Katie White/Jules de Martino a.k.a The Ting Tings. Leur premier album est à prendre pour ce qu’il est, une collection de tubes catchy qui donnent envie de danser en reprenant les refrains à tue tête. Les Shut Up and Let Me Go, That’s not My Name, We Walk et autres Great DJ fonctionnent à merveille en live grâce à l’énergie déployée par le duo de Salford, à commencer par une Kathie White aussi bondissante que ravissante. J’ai par contre de sérieux doutes sur ses talents de guitariste…mais peu importe, on a transpiré malgré les 12-13°C régnant dans le Fort et c’est bien là l’essentiel.

Je ne connaissais que de nom le groupe suivant, les Français de Poni Hoax, adeptes d’un post-punk de bonne facture. D’entrée je suis séduit par les titres interprétés par les Parisiens malgré des problêmes techniques qui font sortir leur batteur de ses gonds. She’s On The Radio et Antibodies sont les titres qui retiennent le plus mon attention. Une vraie bonne surprise.

Direction les Antipodes pour clôturer cette Route du Rock avec l’électro vintage des Midnight Juggernauts qui doit tout ou presque à Girogio Moroder et à la French Touch (de Daft Punk à Air en passant par Justice). On se laisse facilement embarquer dans ce voyage interstellaire rythmé par les voix vocodérisées des Aussies.

Il est plus de 3h du matin quand le rideau est tiré sur l’édition 2008 de la Route du Rock. La fête des bénévoles peut débuter au bar VIP… A l’année prochaine, maybe.

Après une journée amputée de sa première moitié (because dodo), direction l’une des multiples crêperies de Saint-Malo intra muros puis la plage et le fort national accessible à marée basse. Un peu de culture ne peut pas nous faire de mal. La visite du fort est sympathique, le point de vue sur la baie est superbe. On zappe les concerts du Palais (Micah P. Hinson que j’aurais bien aimé voir et Bowerbirds) et direction le fort de Saint-Père pour la deuxième soirée de l’édition 2008 de la Route du Rock.

Toujours aussi peu de monde lors du premier concert. Certes, les Américains de No Age ne jouissent pas encore d’une grande réputation dans l’Hexagone mais le duo guitare/batterie est tendance en ce moment dans l’indie-world. Les 2 Californiens signés chez Sub Pop proposent une sorte de noisy lo-fi influencée par Sonic Youth et Husker Dü, pas désagréable (écoutez Eraser ou Teen Creeps) mais un peu répétitive Ils ont beau haranguer le public, l’ambiance reste plutôt feutrée sous le soleil rasant. Changement d’ambiance mais pas de continent avec Why ? et leur hip-hop folk bricolo. Les frères Wolf (Yoni et Josiah) ont eu appeller leur dernier album « Alopecia« , leur système pileux est toujours plus proche de loup-garou que du petit chanteur à la croix de bois. On pense bien évidemment à Beck pour le mélange des genres mais ma préférence va désormais vers le trio d’Oakland, auteur d’une belle prestation devant une assistance de plus en plus nombreuse.

Il est 22h quand la première des 2 têtes d’affiche de la soirée entre en scène. Les Allemands de The Notwist ont effectué il y a peu un retour remarqué avec leur nouvel album « The Devil, You + Me« , 6 ans après le remarqué et remarquable « Neon Golden« . Je redoutais un peu que leur concert ne plombe l’ambiance, que leur electronica-ambiant qui passe très bien sur CD ne soit pas adaptée aux exigences d’un festival en plein air. Reine du contre-pied, la bande à Markus Acher a pris tout le monde au dépourvu en proposant un set énergique et rock, proche des débuts punk et métal du groupe. Beaucoup de titres de « Neon Golden » dont les excellents Pilot, Consequence et Pick Up the Phone.

L’une des principales caractéristiques de la Route Du Rock est la taille humaine de ce festival (environ 5000 personnes par soir) et donc la possibilité de bien voir les artistes. Après la performance de Notwist, je décide de ne pas partir me désaltérer au bar (oui c’est fou ce qu’on se déshydrate en Bretagne au mois d’août par 12°C) mais de me placer dans les premiers rangs pour le prochain concert. Les Islandais de Sigur Rós font en effet partie de mes artistes préférés depuis quelques années, ce malgré un dernier album en retrait par rapport à ses prédécesseurs. J’ai eu la chance de les voir cette année à Arras et je me faisais une joie de remettre ça au fort de Saint-Père. La set-list n’a pas beaucoup variée (Ny Batteri et Festival font leur apparition) et la magie a opérée de la même façon dès les premières notes de Svefn-g-englar. La prinicipale évolution constatée sur cette tournée est le côté festif que le groupe cherche à donner à certains titres du dernier album (Gobbledigook et Við spilum endalaust notamment). On est loin du groupe qui jouait ses premiers titres derrière un rideau. En 2008, Sigur Rós a des plumes de faisan dans les cheveux, une section cuivre tout habilléé de blanc façon Orange Mécanique, des canons à neige qui lancent des confettis dans la foule, des ballons géants sur la scène…et vous savez quoi, ben c’est aussi bien voire mieux qu’avant. Tant que Jón Þór Birgisson continuera de chanter en hopelandais et de jouer de la guitare avec un archet, on aura pas de souci à se faire. Ah oui j’oubliais, Hoppipolla et Popplagið m’ont une fois de plus donné des frissons en concert. Certains, dont je fais partie, vous diront que nous avons assisté là au meilleur concert de la Route du rock 2008, d’autres continueront de trouver les Islandais prétentieux et un peu chiants. La vérité est sans doute entre les 2.

J’avoue avoir trés peu écouté les 2 derniers groupes chargés de clôturer la soirée, Pivot tout d’abord puis les Bordelais d’Adam Kesher. J’ai trouvé le math-rock des Australiens un peu chaint au début puis intéressant sur la fin, ça ressemblait un peu à Caribou. Par contre les Adam Kesher ont décidément vraiment des têtes à claques et un cigare long comme le brasz et c’est malheureusement pas près de s’arranger si j’en juge par une discussion volée entre le chanteur et des amis au bar VIP…

Une belle soirée au final grâce aux 2 têtes d’affiche qui ont parfaitement rempli leurs « obligations » et l’objectif de l’organisation. On ne le sait pas encore mais l’édition 2008 est déjà un succès.

Si vous voulez sauver ce blog tapez 1, sinon…ben sinon faites votre vie hein !!!

Bon allez je vais vous épargner ce choix cornélien et je reviens aux affaires avec le compte-rendu de l’édition 2008 de la Route du Rock, que je promets moins houblonné que celui de l’an passé.

Le duo train/camping a été remplacé par le BMW/Hôtel, autrement plus agréable. Oui je me suis embourgeoisé. La météo capricieuse et le ciel qui prévoyait de s’abattre sur nos têtes de festivaliers le samedi avaient eu raison de mes dernières résistances. La veille du festival, on a donc certainement récupéré la dernière chambre d’hôtel encore libre à St Malo car oui pour ceux qui en douteraient, la cité corsaire attire les foules au mois d’août et pas seulement pour son festival rock.

Les trombes d’eau qui s’abattent sur nous lors du trajet en voiture ne font qu’aggraver notre pessimisme météorologique. C’est finalement sous un franc soleil que nous arrivons à destination, prenons nos quartiers à l’hôtel et repartons vers le site du fort de Saint-Père pour la 1ère soirée de la Route du Rock version 2008.

Après avoir récupéré les accréditations Indiepoprock, on entre sur le site qui n’a pas changé depuis l’an dernier. Les stands de galette-saucisse sont toujours là, l’espace labels et fanzines également, tout comme le bar VIP. Le temps de faire le tour du site et déjà le premier groupe a fait son entrée sur scène. Les War On Drugs sont américains, plus ou moins inconnus en France et ce n’est pas près de s’arranger après leur prestation devant une audience plus que clairsemée. J’avoue avoir écouté leur set d’assez loin, ça avait l’air pas mal…Cette soirée du jeudi est celle qui nous intéresse le moins à vrai dire. On file au bar VIP pour prendre l’apéro après le set des Américains et c’est finalement de là bas que l’on assiste au concert de The Dø, sur l’écran géant prévu à cet effet. J’ai un peu de mal avec le duo franco-finlandais sur disque mais en concert ça passe beaucoup mieux et pas seulement pour le jolis minois d’Olivia.

Les choses sérieuses commencent pour nous avec l’arrivée vers 22h des Tindersticks. Je n’ai jamais vraiment fait l’effort de m’intéresser à la discographie des Anglais mais l’occasion est belle de rattraper cette lacune. Le moins que l’on puisse dire c’est que les dandys ont la classe, Stuart Staples, leur leader, en tête. Son chant me fait penser à un mélange de Matt Berninger (The National) et d’Antony Hegarty (Antony and the Johnsons). Les cuivres et cordes qui accompagnent le groupe magnifient les compositions sombres et torturées de Staples. Belle découverte pour ma part même si le cadre d’un festival en plein air n’est peut être pas le plus approprié pour apprécier la musique plutôt mélancolique des Anglais.

On reste plus ou moins dans la même tranche d’âge avec le groupe suivant, j’ai nommé les Breeders. Pour les avoir vu il y a peu avec Gino à la Cigale, je sais à quoi m’attendre avec les sœurs Deal. Des titres de 2-3 minutes chrono, un jeu de scène à minima, des sœurs Deal qui arrêtent pas de papoter entre les morceaux (surtout Kim), un backing band transparent et des titres entrés dans la légende que l’on prend toujours autant plaisir à entendre. Peu de surprises donc mais un concert sympa malgré la pluie qui fait une apparition heureusement fugace. Il est un peu plus d’1h20 du matin quand les Cold War Kids entrent en scène. La fatigue commence un peu à se faire sentir et la pluie a plus que rafraichit l’atmosphère. Je regarde le début du concert dans les premiers rangs avant de rejoindre mes camarades au bar. Les Américains sont toujours aussi impressionnants en live même si je ne raffole pas de leur blues rock fiévreux hormis 2-3 singles. Le dernier groupe prévu au programme de cette première soirée promet heureusement de réchauffer nos pieds et réveiller nos esprits endormis. Il est presque 3h du mat’ quand les Foals débarquent avec les titres de leur bien nommé premier album, « Antidotes« . Les poulains d’Oxford sont réputés pour leurs prestations scéniques énergiques et le public encore présent ne demande qu’à s’enflammer après une soirée plutôt mollassonne. Malgré le fait que Yannis Philippakis et sa bande soient faits comme des Mickeys (comprenez bourrés comme des coings), on prend pas mal de plaisir sur les Cassius ; Olympic Airways ; Two Steps, Twice et autres Heavy Water. On regrettera une interprétation un peu en dedans de la bombe Hummer mais dans l’ensemble le set des Anglais fut vivifiant et nous fit oublier la fatigue. Il est presque 4h du mat’, l’heure de regagner notre chambre d’hôtel que je n’échangerais pour rien au monde avec une place au camping vu le froid régnant sur le fort de Saint-Père.

Vous-ai je dit que je m’étais embourgeoisé ?