Coincée entre 2 festivals ; la fin de Villette Sonique et le début de « Filmer la Musique » ; cette soirée au Point Ephémère proposait sur le papier une affiche éclectique et de qualité. Premier à entrer en scène, l’Irlandais Conor O’Brien, rescapé des éphémères The Immediate, désormais seul aux manettes de Villagers. Même allure juvénile, mêmes ballades folk-pop, même prénom, il y a du Oberst chez ce O’Brien. Seul avec sa guitare, l’Irlandais égrène une à une les chansons de son premier album sorti chez Domino, et notamment le superbe morceau titre Becoming a Jackal. Plutôt loquace entre les morceaux, il se met le public dans la poche assez rapidement en commandant un whisky ginger ale sans glace depuis la scène qui faute de ginger ale se transforme en whisky pur. Un peu trop fort pour notre ami irlandais qui du coup l’offre gracieusement au public. S’il est encore un peu tendre pour un whisky pur, il n’y a en revanche pas grand-chose à redire sur la qualité d’interprétation de ses morceaux et notamment les deux love-songs qu’il a réservé pour la fin du set. La plus triste des deux se nomme Pieces, c’est aussi l’un des plus beaux morceaux entendus cette année, le genre à vous mettre la chair de poule et les glandes lacrymales en ébullition lorsque Conor répète à l’infini « I’ve been in pieces »…Une ovation méritée pour la plus belle découverte de la soirée.

Changement de plateau et d’atmosphère avec les américains de Small Black. Les 4 new-yorkais surfent sur le mouvement chillwave qui secoue actuellement le microcosme pop-rock indé avec des groupes tels que Washed Out, Toro y Moi, Neon Indian…Les beats sont ici plus électro que downtempo mais pour le reste c’est assez fidèle au crédo de ce nouveau mouvement : synthés planants et reverb’ à tous les étages. Le choc est rude après l’intimité créée par Villagers et il faut bien 2-3 morceaux avant de rentrer complètement dans le set des Américains. A peine le temps de commencer à l’apprécier et c’est déjà la fin. A revoir dans des meilleures conditions.

Ultime changement de plateau, le Point Ephémère s’est bien rempli pour voir celle qui a son nom en gras sur l’affiche de la soirée, j’ai nommé Scout Niblett. Pourtant, l’Anglaise traîne une réputation pas forcément très flatteuse sur la tenue de ses performances live. On la compare notamment beaucoup à Chan Marshall (Cat Power), capable du meilleur comme du pire sur scène. Son dernier album, l’excellent « The Calcination of Scout Niblett », laisse pourtant augurer d’un concert tout en tension et en rage retenue, le mélange de l’eau et du feu qui sied si bien à sa musique depuis ses débuts. La configuration  est minimaliste puisque Scout, à la guitare, est accompagnée seulement d’un batteur. D’entrée de jeu, l’Anglaise semble dans un bon soir. Elle ponctue chaque fin de morceau d’un petit cri, d’un grand sourire vers son batteur et de bras levés comme si elle venait de marquer un but. Les trois derniers albums se taillent la part du lion de la setlist. On apprécie tout particulièrement la sensuelle Kiss, à laquelle il ne manque que la voix grave de Will Oldham. Scout Niblett est visiblement très heureuse de jour ce soir au Point Ephémère, cela s’entend et cela se voit.

Son sourire de petite fille espiègle lorsqu’elle martyrise sa guitare et balance riffs et larsens dans nos oreilles, a quelque chose d’amusant et de touchant. Oui, cette fille est touchante. Un peu barrée aussi mais ce n’est pas incompatible, au contraire. Elle délaisse la guitare sur un morceau pour se mettre derrière les fûts, demande au public s’il a des questions, y répond, puis joue un morceau demandé par l’assistance. Retour du batteur et de l’attelage bruit/fureur. Pas de setlist écrite à l’avance, on est dans l’impro totale. Les 2 acolytes décident entre les morceaux ce qu’ils doivent jouer en suivant. On a l’impression de voir un concert donné par des potes, sans chichis, sans scénario écrit et pensé à l’avance. On aime ça. Elle ne semble pas vouloir s’arrêter de jouer mais est obligé de se plier aux directives de la salle. On a quand même droit à un rappel avec notamment le superbe Wolfie qui conclut un set à l’image de son auteur : surprenant et attachant.

A lire un compte-rendu avec photos chez Elo.

Personnage à part sur la scène indé, Scout Niblett l’est indéniablement. Là ou ses consœurs ont choisi massivement le folk délicat comme moyen d’expression, l’Anglaise a depuis ses débuts tracé sa voie sur des territoires plus escarpés, des terrains de jeux où les femmes ne sont pas légion. Un temps comparée à PJ Harvey ou à Cat Power (notamment sur son précédent album), c’est pourtant plutôt du côté du blues et du grunge qu’il faut chercher pour trouver une réelle ressemblance avec la musique de Scout. L’Anglaise s’est en effet installée dans l’Oregon, à Portland, non loin de Seattle, une ville à jamais marquée du sceau du grunge et des années Nirvana. Elle y a prit comme mentor un certain Steve Albini, membre de Shellac mais surtout l’un des plus célèbres producteurs indés et notamment de tout ce qui a tendance à faire du bruit (Pixies, Nirvana, Jon Spencer Blues Explosion, Mclusky…).

Après avoir connu un certain succès critique avec « This Fool Can Die Now« , son album le plus folk dans l’âme, ponctué de superbes duos avec Will Oldham, Scout Nibblett (de son vrai nom Emma Louise Niblett) a décidé de passer sa musique à la moulinette ou plutôt à la purification par le feu comme le laisse entendre le titre et la pochette de ce « The Calcination of Scout Niblett« . L’Anglaise est revenue à un son beaucoup plus épuré, plus brut, sale, minimaliste. Une guitare, une voix (et quelle voix) et une batterie de passage, rien de superflu ne doit subsister. On pouvait donc craindre que ce vœu de pauvreté ne rejaillisse sur la qualité de son sixième album mais rassurez-vous il n’en est rien. L’ascétisme n’est que de façade.

Cela commence souvent par une guitare qui semble un peu perdue toute seule voire un larsen qui semble hurler à la lune (Just Do It ; Cherry Cheek Bomb), puis la voix de Scout entre en scène, calme, chuchotante, déchirante. La batterie, quoique discrète, joue à fond son rôle de catalyseur lorsqu’elle déboule sans crier gare (Ripe With Life). On pense effectivement à PJ Harvey (Calcination) pour l’alternance calme/bruit, à Karen O aussi un peu pour les miaulements (Bargin) et à Kurt Cobain, beaucoup, pour tout le reste et notamment cette folie qui semble suinter de tous les pores de la musique de Scout Niblett. On la sent présente même si relativement discrète, tapie dans l’ombre, prête à surgir à n’importe quel moment, à l’image de celle qui régnait sur la petite ville de Twin Peaks chère à David Lynch.

Avec ce nouvel album, Scout Niblett prouve une fois de plus qu’elle n’a que faire des modes, des flonflons et des paillettes. L’Anglaise trace sa route, certes pas toujours rectiligne, mais avec un aplomb qui inspire le respect.

Chronique écrite pour Indiepoprock.

Site Officiel.

Scout Niblett on Myspace.

D’autres avis chez Mmarsup, Arbobo et Sfar qui avait comme toujours une Scout d’avance.