C’est un peu tiré par les cheveux mais le fait que « Eskimo Snow » résulte de chutes de studio du précédent « Alopecia« , qui comme chacun le sait est la chute des cheveux, est un joli pied de nez à l’histoire. L’histoire parlons-en, elle a commencé en 2008 lors de l’enregistrement du troisième album de Why ?, le groupe abstract hip-hop de Yoni Wolf. Les 10 titres présents sur « Eskimo Snow » sont enregistrés mais restent sur le carreau, par souci de cohérence. Cohérence, mais quelle cohérence ? Pour comprendre la démarche de Yoni Wolf, il suffit de jeter une oreille à ce nouvel album. Il contient, selon l’aveu même de son leader, les titres les moins hip-hop qu’il ait enregistré, des titres avec une structure se rapprochant du classique couplet/refrain, pratiquement une hérésie pour un groupe passé maître dans les compositions abstraites.

On avait donc tout à craindre de cet « Eskimo Snow » et Yoni Wolf et sa meute tout à perdre, y compris leur crédibilité. Cela dit, connaissant le talent du bonhomme, on se faisait assez peu de souci sur la qualité des titres de ce quatrième album de la tête de gondole du label anticon. Une fois le single This Blackest Purse avalé, on piaffait carrément d’impatience, convaincu que l’on allait tenir là un nouveau petit bijou après « Elephant Eyelash » et « Alopecia« . Au début, on a quelque peu modulé notre enthousiasme, pour plusieurs raisons qui n’ont rien à voir avec le côté plus hip-pop que hip-hop de l’album. Il y a tout d’abord la longueur de l’album, 10 titres pour 35 minutes, on a tout juste le temps de s’imprégner de ces  compositions plus calmes que c’est déjà fini. Un peu frustrant. Il y a aussi et surtout peu de titres véritablement accrocheurs comme pouvait l’être Rubber Traits, Gemini, The Hollows ou Song of the Sad Assassin pour n’en citer que quelques uns.

Ces quelques regrets ont pourtant tendance à s’effacer au fur et à mesure des écoutes répétées pour laisser place à un sentiment plus favorable. Une fois digérée, cette crème glacée dévoile petit à petit ses charmes à commencer par l’introductif These Hands, superbe ballade aussi courte que poignante enchaînée avec January Twenty Something. Against Me est sans hésitation l’un des meilleurs titres de l’album, porté par le chant aquatique de Yoni Wolf, de même que Into The Shadows of My Embrace, petite sucrerie psyché-folk alambiquée, bien loin du schéma couplet/refrain promis par Yoni. Hormis One Rose et l’excellent This Blackest Purse, le reste est moins marquant, confirmant que cet « Eskimo Snow », tout en étant un bon album, n’atteint pas les sommets des précédents opus de Why?.

Why?This Blackest Purse [mp3]

Why? on Myspace.

Lire l’avis de Benjamin sur Playlist Society.

Lire les chroniques de « Alopecia »  et « Elephant Eyelash » par Cécile.

Voir la vidéo du concert de Why? au Nouveau Casino le 08 juillet sur Grandcrew.

Ce n’était pas forcément voulu mais c’est finalement plutôt logique de terminer mon tour d’horizon de l’année 2008 en…2009. Au passage, bonne année à tous ceux à qui je ne l’ai pas encore souhaité (ça c’est fait). Derrière les groupes ayant monopolisé l’attention des médias, parfois très loin derrière, arrivent les sans-grade, ceux qu’il fallait découvrir en 2008. CQFD. Catégorie volontairement un peu fourre-tout (sinon je vous faisais des posts sur l’année 2008 jusqu’à la fin 2009, surtout au rythme auquel je les écrits), elle va de la vrai découverte (The Dodos, Metronomy…) à la confirmation de talents déjà connus (Syd Matters, British Sea Power…).

Parmi les plus chevronnés de la catégorie des CQFD, honneur à notre Syd Matters national dont j’ai maintes fois évoqué le talent ici (ses 2 premiers albums figuraient dans mes tops 2004 et 2005). Pourquoi parler de Syd Matters ici alors ? Déjà car c’est un clin d’oeil au concours du même nom (CQFD), organisé par les Inrocks, dont Syd Matters fut le premier vainqueur en 2004. Ensuite car son troisième album, « Ghost Days« , sorti en tout tout début d’année, a sombré dans l’oubli avant que l’on soit sorti de l’hiver. On a souvent tendance (moi le premier), à oublier les albums du début de l’année, que bien souvent on a commencé à écouter en fin d’année précédente (ah oui ? mais coment c’est possible ?). C’est également de cas pour les anglais de British Sea Power, dont le troisième album « Do You Like Rock Music ? » a fait les beaux jours de mes esgourdes en janvier dernier. Plus rock que le décevant « Open Season », le nouvel opus des BSP a redonné un peu de crédit à des Britanniques proches de la banqueroute. Au rayon confidentiel, Yoni Wolf et sa bande du label Anticon ont leur mot à dire. « Alopecia« , troisième album de Wolf au sein de son groupe Why? n’a pas eu la reconnaissance qu’il méritait pourtant. Adeptes d’un « hip-hop abstrait », moitié folk, moitié hip-hop, moitié électro (oui je sais, ça fait 3 moitiés mais les maths ont jamais été mon fort, comme Nelson), les Californiens ne courent pas après le succès et il le leur rend bien. Dommage. Toujours au rayon hip-hop, un rayon que je connais très mal je le concède, le talent de sampleur fou de Gregg Gillis a fait des merveilles sur le nouvel album de Girl Talk (« Feed The Animals« ). Dans une veine proche de Belges de 2 Many DJ’s, Gillis pousse l’exercice dans ses derniers retranchements en mixant près de 25 morceaux en un seul. Le résultat est bluffant et particulièrement efficace.

Dans la catégorie CQFD, petit tour d’horizon rapide par continent de ce qu’il fallait découvrir en 2008. Rassurez-vous, il y à une séance de rattrapage en 2009. Outre-Atlantique pour commencer, à force de persévérance et sur les conseils avisés de Cécile, j’ai aimé le folk de Department of Eagles, celui de The Dodos également et surtout celui d‘Eddie « Pearl Jam » Vedder sur la BO du magnifique film de Sean Penn, « Into The Wild« . J’ai aimé également le retour de Swell, avec le seul David Freel aux commandes, le duo Gregg Dulli/Mark Lanegan au sein de The Gutter Twins, la country-folk mélancolique de Sera Cahoone, les mélodies de Grand Archives et Headlights, les arrangements de Cloud Cult, la power-pop des Canadiens de Born Ruffians, le post-rock instrumental de Unwed Sailor ou le revival italo-disco de Chromatics et Glass Candy. J’ai aimé également les duos, électroclash pour les canadiens de Crystal Castles, pop évanescente pour les franco-américains de Baltimore Beach House, pop naïve pour le couple à la ville comme a la scène Mates of State ou noisy lo-fi pour les Californiens de No Age. J’ai particulièrement aimé le nouvel album de Deerhunter, combo d’Atlanta que je ne connaissais jusqu’à présent que de nom, qui jouit d’une belle aura auprès du public indé américain (à l’instar de Deerhof et Xiu Xiu) mais qui reste plutôt confidentiel de ce côté ci de l’Atlantique. Coupables d’un double album qui mélange noisy, ambient, shoegaze, post-punk…, « Microcastles/Weird Era Cont » a pour seul défaut sa sortie un peu tardive en cette fin d’année afin de figurer plus haut dans mon classement.

Outre-Manche, la sélection va être beaucoup plus rapide, un peu à cause du manque de qualité de la production britannique depuis quelques années, un peu du fait que je me retrouve moins dans ce qui sort des usines à tubes de sa gracieuse majesté. Dans un ordre plus ou moins chronologique, j’ai aimé le premier album de l’ex-Catchers Dale Grundle au sein de son nouveau projet folk, The Sleeping Years, j’ai apprécié le post-punk des jeunôts These New Puritans (par contre en live c’est une horreur), le folk de The Accidental, Noah and the Whale ou encore Dark Captain Light Captain, la power-pop de Pete & The Pirates et enfin l’électro-rock de Metronomy et Friendly Fires. J’ai particulièrement aimé le nouvel album des Ecossais de Frightened Rabbit, que je ne connaissais pas auparavant et qui malgré ses airs de power-pop mainstream regorge de bons morceaux.

Ce n’est pas un secret pour toi si tu fréquentes ce blog depuis quelque temps, les artistes français ont trés peu voix au chapitre parmi ces pages. C’est dommage ? peut être, c’est surtout pas ma tasse de thé la plupart du temps sur un plan musical alors quand en plus ils chantent dans la langue de Molière…Hormis Syd Matters, cité plus haut, j’ai bien aimé l’album des filles de Hopper (RIP), le post-punk de Poni Hoax, le folk de The Delano Orchestra et d’Orouni ou la découverte de Mangrove. Dans un périmètre plus large hors de nos frontières, j’ai aimé l’électro-pop belge de Styrofoam, le post-rock au féminin des Suédoises d’Audrey, les sucreries pop de l’Islandaise Emiliana Torrini ou des Danois d’Efterklang, bien que leur album soit sorti en 2007. Toujours plus loin de chez nous, mention spéciale aux Philippins de Moscow Olympics pour l’exotisme et pour le mélange post-punk/shoegaze de leur premier album « Cut The World« .

En cadeau, quelques uns des meilleurs titres de 2008 en mp3 ou vidéo :

  • British Sea Power – Remember Me [vidéo]
  • Why? -Song of The Sad Assassin [vidéo]
  • Girl Talk – In Step [mp3] [vidéo]
  • Department of Eagles – No One Does it Like You [mp3]
  • The Dodos – Red and Purple [mp3]
  • Chromatics – Running up That Hill (Kate Bush cover) [mp3]
  • Cloud Cult – Everybody Here is a Cloud [vidéo]
  • Crystal Castles – Untrust Us [mp3]
  • Unwed Sailor – The Garden [mp3]
  • Beach House – Gila [mp3] [vidéo]
  • No Age – Eraser [vidéo]
  • Deerhunter – Nothing Ever Happened [mp3]
  • These New Puritans – Elvis [mp3] [vidéo]
  • Noah and The Whale – Shape of my Heart [mp3]
  • Metronomy – Heartbreaker [mp3] [vidéo]
  • Poni Hoax – Antibodies [vidéo]

Après une journée amputée de sa première moitié (because dodo), direction l’une des multiples crêperies de Saint-Malo intra muros puis la plage et le fort national accessible à marée basse. Un peu de culture ne peut pas nous faire de mal. La visite du fort est sympathique, le point de vue sur la baie est superbe. On zappe les concerts du Palais (Micah P. Hinson que j’aurais bien aimé voir et Bowerbirds) et direction le fort de Saint-Père pour la deuxième soirée de l’édition 2008 de la Route du Rock.

Toujours aussi peu de monde lors du premier concert. Certes, les Américains de No Age ne jouissent pas encore d’une grande réputation dans l’Hexagone mais le duo guitare/batterie est tendance en ce moment dans l’indie-world. Les 2 Californiens signés chez Sub Pop proposent une sorte de noisy lo-fi influencée par Sonic Youth et Husker Dü, pas désagréable (écoutez Eraser ou Teen Creeps) mais un peu répétitive Ils ont beau haranguer le public, l’ambiance reste plutôt feutrée sous le soleil rasant. Changement d’ambiance mais pas de continent avec Why ? et leur hip-hop folk bricolo. Les frères Wolf (Yoni et Josiah) ont eu appeller leur dernier album « Alopecia« , leur système pileux est toujours plus proche de loup-garou que du petit chanteur à la croix de bois. On pense bien évidemment à Beck pour le mélange des genres mais ma préférence va désormais vers le trio d’Oakland, auteur d’une belle prestation devant une assistance de plus en plus nombreuse.

Il est 22h quand la première des 2 têtes d’affiche de la soirée entre en scène. Les Allemands de The Notwist ont effectué il y a peu un retour remarqué avec leur nouvel album « The Devil, You + Me« , 6 ans après le remarqué et remarquable « Neon Golden« . Je redoutais un peu que leur concert ne plombe l’ambiance, que leur electronica-ambiant qui passe très bien sur CD ne soit pas adaptée aux exigences d’un festival en plein air. Reine du contre-pied, la bande à Markus Acher a pris tout le monde au dépourvu en proposant un set énergique et rock, proche des débuts punk et métal du groupe. Beaucoup de titres de « Neon Golden » dont les excellents Pilot, Consequence et Pick Up the Phone.

L’une des principales caractéristiques de la Route Du Rock est la taille humaine de ce festival (environ 5000 personnes par soir) et donc la possibilité de bien voir les artistes. Après la performance de Notwist, je décide de ne pas partir me désaltérer au bar (oui c’est fou ce qu’on se déshydrate en Bretagne au mois d’août par 12°C) mais de me placer dans les premiers rangs pour le prochain concert. Les Islandais de Sigur Rós font en effet partie de mes artistes préférés depuis quelques années, ce malgré un dernier album en retrait par rapport à ses prédécesseurs. J’ai eu la chance de les voir cette année à Arras et je me faisais une joie de remettre ça au fort de Saint-Père. La set-list n’a pas beaucoup variée (Ny Batteri et Festival font leur apparition) et la magie a opérée de la même façon dès les premières notes de Svefn-g-englar. La prinicipale évolution constatée sur cette tournée est le côté festif que le groupe cherche à donner à certains titres du dernier album (Gobbledigook et Við spilum endalaust notamment). On est loin du groupe qui jouait ses premiers titres derrière un rideau. En 2008, Sigur Rós a des plumes de faisan dans les cheveux, une section cuivre tout habilléé de blanc façon Orange Mécanique, des canons à neige qui lancent des confettis dans la foule, des ballons géants sur la scène…et vous savez quoi, ben c’est aussi bien voire mieux qu’avant. Tant que Jón Þór Birgisson continuera de chanter en hopelandais et de jouer de la guitare avec un archet, on aura pas de souci à se faire. Ah oui j’oubliais, Hoppipolla et Popplagið m’ont une fois de plus donné des frissons en concert. Certains, dont je fais partie, vous diront que nous avons assisté là au meilleur concert de la Route du rock 2008, d’autres continueront de trouver les Islandais prétentieux et un peu chiants. La vérité est sans doute entre les 2.

J’avoue avoir trés peu écouté les 2 derniers groupes chargés de clôturer la soirée, Pivot tout d’abord puis les Bordelais d’Adam Kesher. J’ai trouvé le math-rock des Australiens un peu chaint au début puis intéressant sur la fin, ça ressemblait un peu à Caribou. Par contre les Adam Kesher ont décidément vraiment des têtes à claques et un cigare long comme le brasz et c’est malheureusement pas près de s’arranger si j’en juge par une discussion volée entre le chanteur et des amis au bar VIP…

Une belle soirée au final grâce aux 2 têtes d’affiche qui ont parfaitement rempli leurs « obligations » et l’objectif de l’organisation. On ne le sait pas encore mais l’édition 2008 est déjà un succès.