Une fois n’est pas coutume, cette rubrique met à l’honneur autre chose que les sempiternels pop-rock-folk-shoegaze dont je vous abreuve régulièrement. Place à un peu de soul avec Mayer Hawthorne, un blanc-bec américain au look de nerd qui signe avec son premier album, “A Strange Arrangement“, un formidable hommage à la Motown. Just Ain’t Gonna Work Out est avec Maybe So, Maybe No et I Wish It Would Rain l’un des multiples tubes de cet album et accessoirement l’un des plus jolis clips de l’année. A noter qu’il sera en concert demain soir à la Bellevilloise.

Mayer Hawthorne on Myspace.

Insidieusement, le premier album de Ramona Falls est en train de gagner des places dans mon classement virtuel des albums de l’année. Il faut dire que pour l’instant, malgré de jolies découvertes, quelques confirmations et pas mal de déceptions, l’année 2009 tarde à livrer le ou les albums incontournables, de ceux que l’on écoutera avec ferveur dans 10 ans. Il se pourrait donc bien que Brent Knopf s’invite au banquet dans moins de 2 mois, ce ne serait que justice en tout cas pour celui qui vient de signer avec “Intuit” un superbe premier album dont on parle bien trop peu (j’y reviendrais dans une chronique dédiée). Membre à part entière du trio Menomena, Brent Knopf s’est autorisé une petite incartade depuis Portland afin d’enregistrer les 11 titres de “Intuit” en compagnie d’une ribambelle de musiciens et amis dont les Sud-Africains de Dear Reader dont il est le producteur. En échange ces derniers assurent le backing band de Ramona Falls sur la tournée européenne conjointe des 2 groupes. Parmi les nombreux petits bijoux inclassables qui garnissent cet album, I Say Fever est un des plus addictifs. Il profite en plus d’une des plus belles vidéos d’animation vues cette année.

Ramona Falls on Myspace.

 

On vous l’a suffisamment rabâché, le shoegazing a la fièvre « revival » ces temps-ci chez nos amis anglo-saxons. Parmi les derniers fossoyeurs de ce genre abscons, on retrouve The Big Pink, duo londonien composé de Robbie Furze et Milo Cordell signé sur l’éminent label américain 4AD. The Big Pink se trimbale donc une grosse réputation et une forte pression sur les épaules avant même d’avoir sorti son premier album. La faute à quelques single ravageurs (Dominos et Velvet), toujours prompts à rendre dithyrambique la presse musicale britonne. L’obstacle du premier album est le test idéal pour voir ce que The Big Pink a dans la ventre.

Il baigne dans “A Brief History of Love” comme un parfum de romantisme à l’anglaise, jusque dans son titre évocateur et son artwork digne des plus belles heures du label US. Du romantisme certes, mais recouvert d’une épaisse couche de guitares saturées d’effets (Too Young To Love ; Velvet ; A Brief History of Love) dans la grande tradition du mouvement shoegaze, qui laisse une part grandissante au chant des 2 acolytes, contrairement au rôle mineur que celui-ci à l’habitude de jouer chez les véritables shoegazers. Moins pop que leurs compères de The Pains Of Being Pure At Heart, The Big Pink lorgne plutôt du côté des frères Reid (The Jesus & Mary Chain) en mariant allègrement murs de guitares et chant éthéré (Crystal Visions ; Dominos).

“A Brief History of Love”, malgré toutes ses qualités et ses singles imparables, laisse cependant une impression bizarre d’un album un peu bancal. Le déséquilibre qualitatif entre la première partie de l’album (jusqu’à Velvet et ce malgré un Love in Vain assez mièvre) et le reste est ahurissant. Seuls A Brief History of Love, le morceau-titre, et Count Backwards From Ten parviennent à nager au dessus des remous électro d’un Golden Pendulum, d’un Frisk ou pire encore de Tonight. Sentiment mitigé donc à l’écoute des 11 titres de ce que l’on a peut être trop vite présenté comme l’une des révélations de l’année Deux ou trois singles, aussi bons soient ils, ne dispensent pas de soigner le reste des compositions. Un adage valable pour The Big Pink et malheureusement pour bon nombre de groupes étiquetés « next-big-thing ».

Cette chronique a été écrite pour Indiepoprock.

Site Officiel.

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Twilight Sad

Ma première rencontre avec les Ecossais de The Twilight Sad date de l’été 2007, peu de temps après la sortie de leur premier album “Fourteen Autumns And Fifteen Winters” et peu de temps avant ma première Route du Rock de Saint-Malo. L’été touchait à sa fin et j’avais fait connaissance avec le climat breton, du genre “arrosé”, à tous les sens du terme. Dans mon balladeur mp3, le premier album des Ecossais occupait une place de choix, une place qu’il allait squatter un bon moment, bien aidé en celà par les prémisces de l’hiver sur la capitale. Depuis, The Twilight Sad a sorti un album de raretés et d’extraits live (“The Twilight Sad Killed My Parents And Hit The Road“), un album qui a su se faire un place, non pas au soleil, mais à l’abris de mon parapluie. The Twilight Sad est devenu le groupe que j’écoute les jours de pluie. Ce soir ils seront au Scopitone, en compagnie de Centenaire. Pour l’instant il fait beau sur Paris, le déluge est prévu aux alentours de 20h…

The Twilight SadI Became a Prostitute [mp3] (via la Blogotheque)

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Pour une raison que j’ignore, je m’étais détourné de la carrière de Dominique A.  Mon premier contact avec lui remonte pourtant au début des années 90, à l’époque de son deuxième album (“La Fossette“), encensé à l’époque par “l’Inrockuptible” Bernard Lenoir, dont je buvais les paroles sur les ondes de ma radio. Je m’immergeais dans le monde de la musique indé, après des années à écouter les tubes du Top50, comme tout adolescent pendant les 80’s. C’était aussi l’époque de mes premiers concerts. Les Cure de Robert Smith pour commencer… et puis Dominique A peu de temps après. Pour tout dire on venait plutôt voir les Little Rabbits et on avait eu en prime Dominique A et les Afghan Whigs.

Je me souviens d’un garçon timide, seul sur scène, qui chantait des chansons mélancoliques et minimalistes, le parfait exemple étant donné par son tube Le Courage des Oiseaux et sa boite à rythme un peu cheap. Est ce le fait de voir son nom aux Victoires de la Musique en 1995 qui m’a fait penser ça ? Toujours est il que j’ai ensuite associé Dominique A à de la “chanson française à texte”, un genre que je ne supporte pas (ne venez pas me parler du nouvel album de Benjamin Biolay). On dit que seuls les imbéciles ne changent pas d’avis.

Est ce la curiosité ou le remords qui m’a fait jeter une oreille à “La Musique“, son dernier album ? Peu importe. J’ai tout de suite compris mon erreur. Dominique A est un très grand compositeur français, un très grand compositeur tout court. Son dernier album est parait-il une tentative de refaire “La Fossette“, 15 ans après. Le minimalisme et les synthés un peu cheap sont en effet de sortie mais le bonhomme a fait du chemin depuis Le Courage des Oiseaux. Les morceaux de bravoure se nomment ici  Nanortalik, Le Sens, Des Etendues, Hôtel Congress, La Musique et Immortels, l’une des chansons de l’année à n’en pas douter.

A un moment où on ne parle, à juste titre, que de la qualité de la scène clermontoise, on découvre un somptueux album de pop-folk qui n’a pas pris sa source dans le Massif Central mais dans le Ballon d’Alsace. C’est en effet à Strasbourg que l’on trouve trace de Jacques Speyser et de ses acolytes du projet Original Folks, un projet en gestation depuis 4 ans. “Common Use” est un témoignage de ces 4 années de la vie d’un groupe, avec ses joies, ses peines, ses doutes et le départ de 2 membres (Pierre Walter et Stephan Nieser, qui apparaissent tout de même sur la pochette de l’album).

C’est donc désormais sous la forme d’un quintette qu’Original Folks œuvre pour le label strasbourgeois Herzfeld. Ce premier album, s’il ne reflète plus la situation actuelle du groupe, a permis de rassembler, de fédérer, autour de Jacques Speyser, instigateur du projet et songwriter des 12 titres qui composent l’album. C’est également lui la pierre angulaire des compositions de “Common Use”, lui que l’on entend au milieu des arpèges de guitares, sa voix chaude à la Matt Berninger nous rassurant dans cet océan de mélancolie.

Ni vraiment pop, ni vraiment folk, ce premier album d’Original Folks navigue entre les influences d’Outre-Manche et d’Outre-Atlantique, sans que l’on sache vraiment laquelle a sa préférence. Ce que l’on sait en revanche, c’est que Jacques Speyser s’y connaît pour trousser des mélodies qui n’ont rien à envier à ce qui se fait de mieux hors de l’Hexagone. De l’introductif Daze, sobre et aérien, au diptyque Six-wired bird of paradise dans une version chantée et une instrumentale, en passant par Holy Ghost, slowcore tendance Great Lake Swimmers, ou encore Passer-By et Golden Age, “Common Use” tutoie l’excellence et nous fait croire en de beaux lendemains qui chantent du côté de l’Alsace.

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Il y à 5 ans, les Pixies annonçaient leur reformation, réalisant ainsi le fantasme de nombreux indie-boys & girls qui n’avaient jamais eu la chance de voir les Bostoniens en concert. L’émotion avait été grande pour tout ceux qui, comme moi, avaient vu pour la première fois la bande à Black Francis, lors de leurs 2 passages au Zénith. L’émotion avait occultée le fait que le concert n’avait pas été aussi bon que l’on aurait pu le souhaiter, la faute à un groupe qui avait vieilli et surtout manquait de cohésion après ces nombreuses années de séparation. Le groupe laissait planer à l’époque la possibilité de composer un successeur à “Trompe le Monde”, autre fantasme de fans. Après nous avoir tenu le bec dans l’eau pendant pratiquement 5 années, les Pixies ont finalement décidé de regarder derrière plutôt que devant et de nous faire faire un bond dans le passé, en 1989 précisément, date de sortie de leur album “Doolittle”.

Pour les 20 ans de celui que beaucoup considèrent comme leur meilleur album, les Pixies proposent donc un “Doolittle tour v2.0″, une opération marketing qui laisse le fan partagé entre le sentiment d’être pris pour une vache à lait (après leur coffret “Minotaur” remarquez, ça va de soi) et l’envie d’entendre sur scène les titres de cet album majeur de l’histoire du rock indé. La raison l’emportant rarement dans ce genre de cas de conscience, c’est le portefeuille délesté de quelques 44 euros (sauf moi, merci Fred !) que l’on franchit les portes du Zénith parisien.

Le public est, comme on peut s’y attendre pour ce genre de concerts, majoritairement composé de trentenaires et de quadras dynamiques. Il réserve un accueil poli aux jeunots de Dinosaur Pile-up, trio US en charge de la première partie, dont la reprise d’un titres des Beatles ne peut masquer le fait que c’est bien Kurt Cobain qui devait orner les murs de leurs chambres d’ados. Le set des Pixies commence, lui, de façon surréaliste avec la diffusion accélérée du court-métrage « Un Chien andalou », co-écrit par Luis Bunuel et Salvador Dali, et source d’inspiration avouée de “Doolittle”, à commencer par Debaser (« Slicin’ up eyeballs/I want you to know »), le premier titre de l’album. Ce n’est pourtant pas avec lui que les Bostoniens ouvrent le bal mais avec une série de faces B de l’époque “Doolittle”. Dancing The Manta Ray, Weird at My School, Bailey’s Walk et Manta Ray, bien connus des plus fans d’entre nous, ont du mal à enflammer un public décontenancé, qui s’attendait à entendre un certain album et se coltine un film bizarre et des morceaux qu’il ne (re)connait pas. Kim Deal se fend d’ailleurs de quelques « Face B » en français entre les morceaux pour prévenir les plus intrigués parmi l’assistance.

Le set démarre donc vraiment au niveau de l’ambiance avec l’apparition de “Doolittle” sur l’écran géant et le riff si caractéristique de Debaser, point de départ annoncé de l’album joué dans son intégralité. Le son est bon, voire même très bon, bien meilleur en tout cas qu’il y à 5 ans. Le groupe est toujours aussi statique et disert (hormis Kim Deal) entre les morceaux mais peu importe, le plaisir est bien là. Les premiers rangs sont agités par quelques pogos sur Debaser et Tame avant que Wave of Mutilation ne fasse quelque peu retomber le soufflet. Des vidéos créées pour l’occasion sont projetées sur l’arrière de la scène, un petit plus non négligeable par rapport aux précédents concerts post-reformation. On admire donc les gouttes de sang qui perlent sur I Bleed ou le singe ornant la superbe pochette signée Vaughan Oliver sur Monkey Gone To Heaven. Kim Deal continue de jouer avec le public entre les morceaux en annonçant le dernier morceau…de la face A.

La Face B commence donc avec Mr Grieves et une nouvelle vidéo fort sympathique. David Lovering (le batteur) a son petit moment de gloire avec La, La, Love You sur laquelle il remplace Frank Black au chant, tandis que Kim Deal calme le jeu avec Silver. Un très bon Gouge Away conclut le set dans une ambiance enfin digne de celle entendue il y à 5 ans pour la reformation du groupe. Les 4 acolytes se congratulent et saluent le public à la manière d’acteurs de théâtre…avant de revenir quelques minutes plus tard pour un premier rappel. On y retrouve la version surf de Wave of Mutilation et surtout un Into The White dantesque, joué dans un écran de fumée blanche. Le groupe profite de l’occasion pour s’éclipser en douce…puis revient après de longues minutes. Les lumières ont été rallumées dans le Zénith, on se dit qu’on est quitte pour en rester là…mais les premières notes de Bone Machine résonnent. S’en suit Nimrod’s Son, Caribou et un Where’s My Mind trés attendu par le public mais au final un peu décevant. Re-salut théatral puis une sortie de scène, définitive cette fois-ci. Rendez-vous dans 5 ans pour le « Surfer Rosa ou Bossanova tour” ?

S’il y en a bien un à qui on ne va pas reprocher de ne pas tout faire pour que la power-pop américaine retrouve le rang qui était le sien dans les 90’s, c’est bien Chris Walla, l’une des deux têtes pensantes des excellents Death Cab For Cutie, auteur l’an passé d’un album solo honnête. Quand il ne compose pas pour DCFC, Chris Walla travaille pour les autres, fouine sur internet à la recherche d’artistes à produire. La production, c’est son dada…et vu le flair et le talent du bonhomme, ça à l’air moins risqué que le tiercé.

Le dernier poulain déniché par l’écurie Walla se nomme Michael Benjamin Lerner, une sorte de Ben Gibbard (DCFC) en plus jeune et en moins talentueux mais au potentiel intéressant. Il a en effet composé à lui tout seul la totalité des titres de “Telekinesis !”, son premier album. Lui le batteur de formation, assure ici les parties de guitares, le chant, le piano, sans que l’on trouve matière à redire. Enregistré en à peine 15 jours (Chris Walla partait ensuite en tournée avec DCFC), l’album jouit d’une grande homogénéité mélodique et d’un savoir-faire indéniable au niveau du songwriting.

En 11 titres et 31 petites minutes, Michael Lerner nous fait voyager quelques dizaines d’années en arrière, à une époque où la power-pop US roulait des mécaniques dans les charts. A l’écoute de cet album de Telekinesis, on pense immédiatement aux Fountains of Wayne (Imaginary Friend ; Awkward Kisser), aux Posies (Look To The East ; Foreign Room)…et à Death Cab for Cutie sur Great Lakes, sur lequel on croirait entendre chanter Ben Gibbard. A côté de ça, on trouve également quelques titres moins évocateurs mais tout aussi réussis, voire meilleurs, à l’image de Coast of Carolina et Tokyo, deux excellents singles qui prouvent que la power-pop US a encore de beaux jours devant elle.

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Je vous avais parlé l’an passé de mon coup de foudre pour un groupe de Portland, The Dimes, auteur d’un premier album que je jugeais très bon, auquel il ne manquait qu’un peu d’éclairage de la part de la blogosphère. Malgré une maille de plus en plus fine, il y a toujours des groupes pour réussir à passer à travers les filets des multiples audioblogs, webzines et autres sites de musique. Parmi ceux là, il y à quelques perles et The Dimes est vraiment un groupe qui mériterait de connaître un meilleur sort.

Leur deuxième album est en préparation et l’on peut d’ores et déjà écouter quelques titres d’un EP sorti en décembre dernier, sur leur page Myspace. Les 12 titres de l’album “The King Can Drink the Harbor Dry” seront tous en rapport avec l’histoire de la ville de Boston, lieu de résidence de Pierre Kaiser, l’un des membres de The Dimes. Le groupe poste également sur son site officiel des démos des nouveaux titres, accompagnées pour la plupart par un petit topo sur l’historique de la chanson. On y apprend notamment que le titre Save Me, Clara (qui ne figurera pas sur l’album) est un hommage à Clara Barton, institutrice et infirmière du XIXème, qui s’illustrât pendant la guerre civile américaine en portant assistance aux blessés, ce qui lui valut le surnom de “l’ange du champ de bataille”. Elle fonda par la suite l’entité US de la Croix Rouge.

The DimesSave Me, Clara (démo) [mp3]

The DimesSave Me, Clara (New England EP) [mp3]

The Dimes - Boston (2ème album) [mp3]

The DimesPaul Kern Can’t Sleep (1er album) [mp3]

The DimesBattle of San Jacinto (1er album) [mp3]

Site Officiel.

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Bon je continue un peu mon recyclage de chroniques publiées sur Indiepoprock, pour ceux qui ne les auraient pas lu là-bas (si si, j’en connais), avec “Humbug” le troisième album des Arctic Monkeys.


Que l’on ait fait partie des fans de la première heure, vouant un culte quasi-religieux à Alex Turner et sa bande, ou que l’on ait été un farouche détracteur de la baudruche hype Arctic Monkeys, surcôtée par une presse musicale en mal de « stars », il y a en tout cas peu de chances que l’on soit resté indifférent au sort du quatuor de Sheffield au cours des 3 dernières années. Pour couronner le tout, le temps d’une escapade avec son ami Miles Kane au sein de The Last Shadow Puppets, Alex Turner a pondu un petit bijou de pop orchestrale qui a eut le mérite de mettre d’accord fans et détracteurs des Monkeys. On guettait donc avec impatience le nouveau rejeton du quatuor, d’autant plus qu’il était précédé d’un énorme buzz suite à l’annonce de la participation de Josh Homme (Queens of The Stone Age) aux manettes.

Ce genre de super-collaboration ayant, par le passé, souvent débouché sur un « tout ça pour ça ? », on se gardait bien de crier victoire, malgré toute l’estime et l’admiration que l’on porte au petit surdoué Turner. Pourtant, le quatuor n’a pas perdu son temps dans le désert de Mojave, même si l’influence de Josh Homme sur les compos des Anglais est moins évidente au premier abord que les t-shirts Black Sabbath arborés par le groupe sur les photos officielles. N’allez pas croire pour autant que les Arctic Monkeys nous ont refait le coup de “Whatever People Say I Am, That’s What I’m Not” et à un degré moindre “Favourite Worst Nightmare”, à savoir un album bourré de tubes joués pieds au plancher, prêts à être beuglés en chœur par les loyaux sujets de sa gracieuse majesté dans tout bon pub qui se respecte. Autant leurs deux premiers albums sentaient la bière et le fish & chips à plein nez, autant “Humbug” respire plutôt le mezcal et les beignets de crotale. On savait Turner fan de Morricone depuis l’épisode Last Shadow Puppets, on en a la confirmation.

L’influence de leur séjour dans le désert se fait sentir dès l’introductif My Propeller, dans la ligne de basse très lourde, les riffs incisifs et la mélodie hypnotique. On ira pas jusqu’à parler d’un virage stoner mais on a du mal à reconnaître le son britpop-punk des débuts sur un Potion Approaching ou Fire and The Thud (avec Alison Mosshart de The Kills). Le reste est plus nuancé, à commencer par le premier single, Crying Lightning, qui illustre à merveille l’évolution mélodique donnée par Turner à son groupe. Tempo moins rythmé, chant plus posé, riffs de guitares anguleux, basse vrombissante, l’ambiance est ici plus sombre que sur les précédents albums. Cornerstone, le second single, est l’occasion pour Alex Turner de se prendre pour Morrissey et nous montrer ses talents de crooner. On peut d’ores et déjà prédire sans risque que “Humbug” sera, des trois, l’album des Arctic Monkeys qui se vendra le moins bien ; pas que l’on remette en doute sa qualité, loin de là, mais contrairement à ses prédécesseurs, il ne contient pas de véritables tubes fédérateurs comme pouvait l’être un I Bet You Look Good on The Dance Floor ou un Fluorescent Adolescent.

Au final, “Humbug” peut être considéré comme une étape dans la carrière des Arctic Monkeys, une transition, un passage obligé vers un son différent afin de se défaire d’une étiquette hype un peu trop collante. On reparlera d’Alex Tuner et des Arctic Monkeys dans les années à venir, soyez en sûr.

Lire les avis de Benjamin sur Playlist Society et Thibault sur la Quenelle Culturelle.

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